J’en ai marre de septembre noir !

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CONTRIBUTION (Tamurt) – Je suis né en septembre noir, en automne, une saison monotone, dans un pays sans âme, gouverné par un fantôme, dans une Kabylie rebelle qui n’en finit pas de souffrir le martyre, en luttant sur tous les fronts, d’une manière permanente contre tous les pouvoirs successifs qui continuent de renier  les fondements de la démocratie et des droits humains depuis l’indépendance en 1962 jusqu’à aujourd’hui.

J’ai passé 50 ans de ma vie comme une feuille desséchée, errant au gré des intempéries, survivant comme une ombre, effleurant à peine le sol comme un petit oiseau. J’ai perdu 50 ans de temps. J’ai erré en solitaire comme une épave malmenée par les vagues. J’ai supporté la vie comme un pénible fardeau. J’ai oublié de vivre et j’ai raconté durant mes insomnies toute l’histoire de mes souffrances aux étoiles, mes seules confidentes. J’ai vécu une longue nuit, traversée par de rares éclaircies

Aujourd’hui, j’aspire à fermer cette lugubre parenthèse pour recommencer une nouvelle vie, sur de solides bases, un nouvel état d’esprit. Je voudrais quitter cette jungle pleine de prédateurs et partir vers une contrée civilisée ou l’on ne jette pas les ordures par les fenêtres. J’en ai marre de vivre d’une manière mécanique, sans but, sans passion, sans joie. Je voudrais réinventer l’espérance, devenir optimiste et croire très fort en l’existence de l’amour, de la paix et du bonheur.  Je voudrais oublier le passé imparfait, décomposé, oublier ses morsures et ses blessures. J’aimerais conjuguer uniquement les verbes aimer et espérer au présent de l’éternité. Je voudrais devenir insouciant comme un adolescent, sobre comme un chameau, insensible comme une pierre. Comme un animal, je cesserai de penser, je m’amuserai comme un fou et je croquerai la vie à belles dents. Je voudrais transformer mes échecs en réussites en tenant compte des enseignements du passé.

Comme il n’est jamais trop tard pour bien faire, je travaillerai d’arrache-pied pour rattraper tout le temps perdu. Je combattrai avec force tous les enfers qui oseraient me faire face. Je me rapprocherai de la lune qui est sage, tendre et bienfaisante. Je combattrai le soleil torride et jaloux qui prend plaisir à brûler des rêves à peine éclos. Je sens un vent de renouveau frais et généreux, en train d’insuffler à mes poumons, de douces vagues de paix et de liberté, déployant des ailes géantes, prêtes à m’emporter vers des horizons calmes, bleus et radieux.

Hammar Boussad