Journée mondiale de la presse : Pourquoi les algériens ne lisent plus les journaux ?

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journaux algériens
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ALGÉRIE (Tamurt) – Le 3 mai, journée mondiale de la liberté de la presse coïncide, cette année, avec la baisse vertigineuse et inédite du nombre de journaux vendus en Algérie. En effet, les algériens ne lisent plus les journaux. Ce qui a poussé les éditeurs de presse à ne plus se soucier d’autre chose que de la publicité institutionnelle, distribuée par l’Anep, pour récolter le maximum d’argent avant de mettre la clé sous le paillasson. Certains gérants de journaux ont même été contraints de tripler le prix de la vente de leurs publications à l’instar de Liberté et El Watan. Ces derniers, pour rappel, n’ont pas échappé à la crise qui pulvérise de plein fouet la presse en Algérie.

Les lecteurs sont de plus en plus conscients que les journaux ne leur disent plus qu’une partie de la vérité quand ils ne cachent pas toutes les « grandes vérités ». Le fait que le pouvoir algérien n’est plus dénoncé par les journaux a fini, avec le temps, par discréditer tous les quotidiens algériens sans exception. Ce qui s’est passé au stade du 5 juillet,  mardi dernier, n’a été rapporté ni commenté par aucun journal algérien. Le fait que les 25 000 supporters kabyles aient hué l’hymne national algérien et s’en sont pris à Ahmed Ouyahia (en lui lançant des slogans hostiles), n’ont été repris par aucun quotidien.

Or, l’information a vite circulé grâce à Internet. Les lecteurs trouvent que, souvent, ce qui est rapporté par certains journaux électroniques et même par les réseaux sociaux, s’approchent plus de la vérité que ce qui écrit quotidiennement par les journaux. En outre, les lecteurs ne sont pas dupes. Le fait que certains journaux électroniques soient bloqués en Algérie est une preuve suffisante qui démontre que toute voix qui dérange est systématiquement étouffée en Algérie. Au rythme où vont les choses, il est clair que les jours des journaux algériens sont vraiment comptés.

Quand on sait que les journalistes des groupes Echourouk et Le temps d’Algérie (du milliardaire Ali Haddad) n’ont pas perçu leurs salaires depuis trois mois et ce ne sont que deux cas parmi tant d’autres, il est évident que l’on se dirigent inéluctablement vers la fin. Le pouvoir algérien ne fait, pour sa part, rien pour sauver cette presse dont il n’a plus besoin, contrairement aux années quatre-vingt-dix. Pour sa propagande, il se sert beaucoup plus des chaines de télévision comme Ennahar et Echourrouk. Tout en bloquant systématiquement tout journal électronique qui ose franchir la ligne rouge.

Pour rappel,  le journal en ligne TSA a été bloqué par le pouvoir pendant plusieurs jours à cause d’une caricature. Il a fallu que TSA licencie le caricaturiste en question pour que ce journal électronique soit de nouveau mis à la disposition des lecteurs. Depuis cet incident, le site Tout sur l’Algérie ne dérange plus le pouvoir. Pis encore, il vient de commettre un article pour dénigrer l’un des plus grands opposants au pouvoir algérien, le grand et talentueux romancier et essayiste Boualem Sansal. Sans doute, il s’agit là d’un gage de soumission au pouvoir algérien.

Tahar Khellaf