Kabylie : Les raisons du boycott politique et actif

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KABYLIE (TAMURT) – Nous souverainistes dans notre diversité, sommes depuis longtemps en rupture avec l’Etat-Nation et ses fondements. Nous défendons le droit à la souveraineté du peuple Kabyle dans son territoire : la Kabylie. Un statut politique et juridique de la Kabylie est une nécessité absolue comme réponse à notre problématique, au déni de l’Histoire et au déni du droit des peuples. Nous ne nous reconnaissons pas dans la matrice qui défit sur le plan doctrinal les éléments constitutifs de la Nation Algérienne, ni dans sa république falsificatrice. Et moins encore dans cet Etat jacobin et autocratique.

  • Notre pays c’est avant tout la Kabylie.

Nous nous reconnaissons comme peuple Kabyle avec nos référents historiques, avec notre système de valeurs, avec notre Langue, avec notre identité produite par notre propre Histoire, avec nos traditions et coutumes propre à nous, avec nos croyances et aussi avec notre attachement à cette terre sur laquelle tout notre vécu est bâti, avec aussi le vivre ensemble autour des règles acceptables par la conscience humaine. Et notamment le respect de la dignité humaine parce que nous sommes un peuple de fierté et attaché aux valeurs que l’Histoire a produit, aussi douloureuse et aussi dramatique soient-elles. Notre Histoire est une avancée humaine. Elle est en opposition frontale et irréconciliable à celle du pouvoir mortifère et annihilant. La Kabylie s’inscrit dans le mouvement positif de l’Histoire en intégrant du mieux que possible les éléments rationnels et modernes que l’humanité a produits.

  • Ces élections sont la honte de notre Histoire

Cette « élection », comme toutes les antérieures, aussi « transparentes » soient-elles, aussi « démocratiques » soient-elles ne peuvent être un enjeu majeur pour nous Kabyles. La voix de la Kabylie est toujours absente et la réalité parle d’elle-même et s’abstient de tout commentaire. Personne à part les souverainistes n’a porté la voie de la Kabylie. Le reste a soumis la Kabylie aux enjeux qui ne sont pas les siennes, a mis gravement en péril notre devenir.

Cette nouvelle effervescence autour de cette « élection », la spéculation autour du cinquième mandat de la momie Bouteflika est un non-événement pour nous. La fausse ou la vraie guerre entre clans mafieux tétant le même pouvoir est une façon de tuer le débat de fond et de prendre en otage les peuples d’Algérie, et notamment le peuple Kabyle. La Kabylie, dans son Histoire postcoloniale, a subi les pires répressions (1963, 1980, 1981, 2001) par ce même pouvoir avec le même régime qui n’a pas changé depuis 1962. Il ne changera pas sans soubresaut révolutionnaire.

Le cinquième mandat symbolise la honte de l’histoire et soulève d’un seul coup l’indignation et le réveil des consciences populaires. Elles sonnent la fin d’un règne mais pas d’un régime qui pour le moment il se maintient et jusqu’à quand. Elle sonne le départ d’une révolte populaire en réponse à des décennies d’humiliation et de privation de la parole, et la confiscation de l’espace public au sens de l’appropriation des libertés et de l’action collective dans tous les domaines de la vie tout court. Un règne de 20 ans absolu et sans partage comme tous les autres de Boumediene avec le parti unique, et puis avec le règne de Chadli qui a fini par la guerre civile qui a couté cher à ce pays.

  • Les élections ne servent ponctuellement que ceux qui les organisent !

Une constante dans ce pays : « élections » de misère et rendez-vous raté de l’Histoire. Cependant, cet évènement factice, est pour nous souverainistes une tribune pour porter notre projet pour la Kabylie. C’est aussi un moment de combat pour un boycott actif en appelant à la désobéissance civile pour empêcher ses élections en Kabylie.

Cette « élection » est une insulte portée au peuple Kabyle et aux autres peuples de ce pays. C’est une constante de ce pays depuis 1962. Elle porte le germe de l’implosion, un mal pour un bien, dirions-nous, pour nous souverainistes Kabyles. C’est contre ces éléments endogènes et systémiques propres aux fondements mêmes de l’Etat-Nation, propres à la nature même du régime, du système politique et du système colonial d’une autre époque mis en place depuis l’avènement de l’Algérie postcoloniale, que nous nous battons depuis toujours.

Le bal des prétendants au trône est monnaie courante depuis 1990 et alimente toutes les rumeurs et aiguisent tous les appétits et boulimies des opportunistes d’une certaine caste kabyle qui participent directement à l’extinction de la voix de la Kabylie. Ils occultent volontairement une réalité profonde celle d’un régime aux abois qui a mis dans un coma végétatif un pays et a mis à genou l’Histoire de ses peuples pour réduire à néant toute possibilité de s’affranchir de cette dictature arabo-islamiste soutenue par toutes les capitales occidentales et les capitales du Golf arabique. Une dictature de la pensée unique avec un langage colonial de dédain, de haine et d’intolérance à tout ce qui est différent.

C’est que la différence leur fait peur…

La Kabylie a toujours porté cette différence et cette affirmation, elle a toujours porté ce désir profond de s’affranchir de la tutelle centrale. Cette pensée unique s’articule depuis toujours autour de l’unicité d’un seul peuple, d’une seule langue, d’une seule religion, d’une seule identité, d’un seul territoire, d’une seule Histoire, d’un seul Etat jacobin héritage du colonialisme, d’un seul pouvoir auto-proclamé et d’une Nation qui englobe le tout dans le tout pour constituer ce paysage monolithique avec un régime dictatorial. Le système est unique dans son genre où les monarques se succèdent dans la même continuité avec plus d’arrogance plus après qu’avant, méprisants envers l’Histoire, les peuples et la réalité.

Les oligarques se sont constitués en véritable mafia militaro-politico-économico-financière qui s’est accaparée le pays, les institutions ainsi que l’appareil de l’Etat qui se finance et se maintient grâce à la maléfique rente pétrolière. Cette rente foisonne qui finance l’appareil répressif, les notables, les partis et les associations supplétives ainsi que la pègre locale.

C’est que la corruption est un système et un mode de gouvernance, un système largement répondu dans tous les domaines de la vie publique où toute dignité humaine s’achète et se vend au mépris de nos valeurs.

Le pays est livré au chaos, l’école -l’un des piliers du savoir- est abandonnée, la compétence qu’ils ont délaissée est transmise volontairement aux islamistes. Un racisme régional est aussi orchestré. Certaines régions se développent alors que d’autres se voient toujours sous tutelles -notamment la Kabylie.

Ils ont mis sous scellé toutes les libertés, ils ont bâillonné l’expression des peuples, ils ont quadrillé tous les territoires pour les contrôler, ils ont instauré un système d’indigénat comme au temps du colonialisme. Nous les kabyles et d’autres territoires nous retrouvons soumis par ce système de non droit, parfois pour nous punir pour non allégeance au pouvoir central et parfois pour être ouvertement réfractaires à sa majesté le roitelet du moment.

Le pays est vidé de ses compétences et de ses intelligences. Notre patrimoine culturel et civilisationnel est gravement menacé. Les maîtres d’aujourd’hui règnent tels les colons, mais avec moins d’intelligence car ils n’ont aucun sens du commun ni d’amour pour ce pays. Les despotes et les tyrans détruisent tout. Ils ont fait de ce pays leur propriété privée où les citoyens ne sont que des objets livrés au bon vouloir de l’administration coloniale.

Ils ont fait de ce pays la risée et la raillerie du monde entier.

Pour faire perdurer leur règne, ils ont fait de l’islamisme et du terrorisme une variable politique d’ajustement et idéologique. Il faut dire que l’islamise s’accommode bien avec la dictature puisqu’ils incarnent la négation de la liberté et de la régression sociétale pour mieux assujettir la société à une dictature morale et physique. Ils ont soumis le destin des peuples au bon vouloir du bon dieu. C’est que la fatalité doit être acceptée et doit s’imposer à nous comme civilisation. Nous serions réduits à l’esclavagisme au nom de dieu parce que pour eux dieu est le pouvoir et le pouvoir est dieu. Les mosquées fleurissent comme des champagnisions et s’imposent à nous dans un environnement où n’avons besoin ni de leur dieu ni de leur pouvoir. Nous avons besoin seulement de vivre ensemble dans la tolérance et l’intelligence pour nous bâtir sur des fondements stables, pérennes et rationnels.

Ils ont fait de ce pays la plus grande prison à ciel ouvert. Ils ont fait de ce pays-là la plus grande poubelle à ciel ouvert. Ils ont détruit l’essence même de la vie et du vivre ensemble avec des règles acceptables par la conscience humaine où l’intérêt général est dicté par le besoin de bâtir un monde où l’être humain s’épanouit.

L’agitation autour du rejet du 5ème mandat est le symbole même du malaise profond et de l’humiliation subie. Le rejet de la candidature de l’actuel président élu à vie comme dans toutes les dictatures arabo-islamistes, est aussi le symbole de l’absence d’une opposition politique réelle dans ce pays qui porte un changement réel de régime et du système de gouvernance. Le rejet du 5ième mandat ne constitue pas en soit un projet politique ni une alternance. Au contraire il est la continuité des fondamentaux que nous, souverainistes, rejetons en bloc.

Le véritable absent dans cette crise politique, dans ses élections est le débat de fond. Le rejet du règne de Bouteflika, même s’il est profondément légitime, ne constitue pas une alternance politique en l’absence de projet politique. Le dégagisme exprimé par les protestations actuelles est un aveu d’échec de toute la classe politique, alors dans ce cas le dégagisme doit concerner tout le monde sans exception et sans concession.

Cette agitation n’est pas dans le rejet des élections tout court et un appel à renverser le régime et mettre sur place une constituante pour déconstruire l’existant et laisser la voix des peuples s’exprimer. Au contraire elle sert ceux qui maintiennent le système actuel puisque le débat est cristallisé autour de ce rejet. La Kabylie a été depuis l’Algérie postcoloniale humiliée, réprimée, brimée et camisolée. Cette élection n’est qu’une humiliation en plus dans un environnement qui la dessert et la desservira puisqu’elle sera instrumentalisée contre ses propres intérêts majeurs. Participer à ces élections dans le cadre du rejet ou non du président sortant c’est participer à l’extinction de la voix de la Kabylie.

Le choix même de la date des élections, le 18 Avril, à la veille de la commémoration du 20 Avril, Printemps Berbère, est une insulte à notre mémoire collective, une provocation et un mépris à nos symboles. C’est une occasion pour nous d’affirmer notre volonté de nous affranchir de toutes les humiliations, de toutes les injustices inhérentes.
Cette « élection » est le symbole de la dépossession de notre patrimoine immatériel et matériel, de nos valeurs pour lesquelles nous sommes attachés. Elle est le symbole d’un colonialisme dont la seule réponse est dans notre auto-détermination comme peuple Kabyle attaché à son Histoire et ce quel que soit le statut politique et juridique de la Kabylie. Ce statut est notre débat à nous, entre Kabyles. Ce débat évacue finalement « l’élection » factice dont l’issue est dessinée par avance.

Nous, souverainistes Kabyles, dans son ensemble portons un projet de la Kabylie et pour la Kabylie. Nous portons la voix de la Kabylie, nous portons la fierté du peuple Kabyle. En conséquence, en ce qui me concerne comme souverainiste, j’appelle à un boycotte massif de cette élection, à un rejet massif et à une désobéissance civile et rentrer en résistance intelligente pour affirmer notre voie et porter la voix du peuple Kabyle.Je m’engagerai avec tous les souverainistes dans ce combat pour faire de ce rendez-vous le nôtre. Je m’engagerai avec fierté et assumerai ma part de responsabilité dans ce combat avec toute la famille politique qui partage ce destin commun :
Celui de la Kabylie et du peuple Kabyle.
Le moment est venu de balayer devant nos portes pour laisser place au vrai débat, le nôtre, celui du destin de notre peuple Kabyle et de la Kabylie.

Aziz Tari

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