Kabylie : pilonnage intensif

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CONTRIBUTION (Tamurt) – Par contre, le pouvoir algérien refuse l’accès aux Touaregs libyens qui tentent de quitter leur pays par les voies de transhumance historiques qu’ils partagent avec leurs frères d’Algérie, du Tchad, du Niger, du Mali et de Mauritanie.

Alors que la Tunisie a reçu un flot de 42.600 personnes selon l’AFP, personne ne s’est présenté à la frontière algérienne pour demander aide et assistance. Pour cause ! Ils craignent sans doute d’être livrés à leurs bourreaux. Et cette crainte est légitime eu égard au soutien adopté au régime de Khadafi, depuis le début de la révolte libyenne, par cette Algérie, elle-même sous la botte d’une dictature qui occupe une place prépondérante dans le goulag nord-africain.
Il faut admettre qu’en matière de syndicat du crime, les dictatures arabo-islamiques ont bien fait les choses. Elles se sont même réservé, en cas de coup dur, un sanctuaire en Arabie Saoudite, pour finir tranquillement leurs jours en toute impunité. Outre Ben Ali, le despote tunisien, cette retraite profite aussi aux musulmans non arabes par solidarité religieuse comme ce fut le cas pour Idi Amine Dada, le maréchal fou de l’Ouganda qui y a trouvé refuge jusqu’à sa mort en août 2003 alors même que des preuves tangibles l’ont culpabilisé de cannibalisme envers ses victimes.

La position de soutien inconditionnel du pouvoir algérien au régime de Khadafi est unique dans le monde. Ce soutien est maintenu alors même qu’un mandat d’arrêt est lancé contre le dictateur par la Cour Pénale Internationale (CPI).
Alors que le monde entier se réjouit de la prochaine chute de la bête malfaisante de Tripoli qui assassine sans état d’âme son propre peuple avec tous les moyens militaires dont il dispose, le régime algérien invoque la non-ingérence, la neutralité ou une fraternité douteuse. Comble de cynisme, on invoque aussi l’épouvantail Al Qaeda qui menacerait à la frontière alors qu’il s’apprête à élargir 7.000 islamistes encore incarcérés.
Il s’agit-là d’une fuite en avant qui renseigne plus que tout sur l’autisme d’un régime qui s’annonce capable de sacrifier tout le pays pour se maintenir au pouvoir.

Sur le terrain, l’aviation, l’infanterie portée, les arsenaux, la marine de guerre et les postes de commandement de Khadafi qui ont obéré le budget du pays durant 4 décennies, sont réduits en poussière. Malgré cela, il se prévaut encore de l’amour de son peuple dont il brûle les dernières richesses.

La décomposition de l’Algérie officielle continue son bonhomme de chemin et se manifeste par d’autres avatars qui touchent à l’histoire. Ben Bella qui a été l’indu récipiendaire de l’Algérie indépendante grâce à l’ex-puissance coloniale, ne se contente plus d’assumer la liquidation physique de certains opposants et la compromission d’autres par des exils dorés. Sa rage vengeresse irrépressible cible maintenant les héros défunts Abane Ramdane, Krim Belkacem et Mohamed Boudiaf. Mais tout compte fait, Ben Bella est dans son rôle. Il ne s’est jamais départi de la ligne de conduite antikabyle qu’il a adoptée depuis le Congrès de la Soumam. Pour se ménager l’impunité et la neutralisation d’éventuelles voix critiques officielles, dans sa diatribe, il n’a pas manqué de prier à ce que rien de fâcheux n’arrive à Bouteflika qu’il encense au passage. Lequel Bouteflika vient d’adresser un message de soutien sans équivoque au président yéménite Ali Abdallah Saleh, au nom du peuple algérien, au moment même où son armée assassine au jugé des citoyens.

Ce qui est piteux par contre, c’est l’attitude des officiels, notamment l’Organisation Nationale des Moudjahidine (O.N.M) dont M. Saïd Abadou, son Secrétaire Général vient de déclarer pour toute réplique que “ Ahmed Ben Bella est un symbole de la Révolution ”. À dire vrai, cette position d’Abadou était prévisible. Lui-même a exprimé à sa manière, il y a quelques semaines à peine, tout le bien qu’il pense des Kabyles, en bloquant un film sur Krim Belkacem au motif que Abane Ramdane occupe une séquence qu’il juge trop longue dans le scénario. Ce film “ D Argaz ”de Ahmed Rachedi, coécrit par le Commandant Azeddine et Boukhalfa AmazitSaïd, validé par la direction du Centre d’Études Historiques de la Guerre de Libération est bloqué depuis 2 ans et demi par le Ministère des Moudjahidine.
Saïd Abadou a fait sa déclaration le mardi 17 mai à Tuβiret (Bouira) où il a été, non pour la défense du souvenir de ces martyrs dont la mémoire a été bafouée, mais pour remettre des actes de propriété de logements à 48 bénéficiaires “spécial ayants droit”. La captation de la clientèle prime sur tout !

Ahmed Ben Bella, Abdelaziz Bouteflika, Saïd Abadou sont les chaînons d’une même lignée qui perpétue le combat de dévastation des élites kabyles inauguré par Messali, poursuivi par les ulémas assimilationnistes, institutionnalisé par l’Algérie indépendante et banalisé dans la pratique par le régime du clan d’Oujda.

L’asservissement et l’instrumentalisation par le pouvoir touchent toutes les institutions de l’État.
Bien avant Abadou et l’ONM, l’institution universitaire elle-même a été pervertie par le pouvoir pour célébrer Ben Bella. En mai 2005, les “universités algériennes réunies” lui ont attribué le titre de Docteur Honoris Causa pour “services rendus à la nation”. La cérémonie s’est déroulée à Tlemcen mais la récompense honorifique a été attribuée au nom de l’ensemble des universités du pays. Pour sa part, l’Université Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou a entériné sa quote-part de déshonneur par 21 membres du Conseil scientifique par PV daté du 26 avril 2005.

En plus de ces attaques anti-kabyles qui émanent du sérail et de sa première périphérie, la presse arabophone drague les caniveaux pour convoquer d’anciens émirs terroristes et de vagues écrivains à participer au lynchage du Kabyle.
Le 21 mai courant, El Khabar a déniché un candidat qui se nomme Tahar Benaïcha, originaire de Souf et qui serait un ancien journaliste de la télévision et présentement écrivain. Le sieur Benaïcha a soulagé ses viscères en s’en prenant simultanément à la première héroïne nationale Dihya, au magistère Mouloud Mammeri et en s’improvisant savant en toponymie.

Entre fiel et vanité intellectuelle, il dégage :
– J’ai nommé mon fils Zoheir, du nom de Zoheir Ben Kaïs El Balaoui … qui a tué Kahina.
– Si Kahina n’a pas été tuée, nous ne serions jamais musulmans.
– Mammeri “était habité par la Kabylie. Il était plus kabyle qu’Algérien et nationaliste”.
– Azeffun provient du vocable arabe Âaziffun qui veut dire musiciens.

En ces moments de terrible disette pour l’égo de la oumma arabe, Tahar Benaïcha glorifie un acte de lâcheté comme un haut fait d’arme. Les véritables combattants ne s’en prennent jamais aux femmes d’autant que Dihya a été faite prisonnière et donc assassinée. Il reconnaît au passage l’aura de Dihya, car sans son meurtre, “il ne serait pas devenu musulman” ; ce qui dénote l’indigence argumentaire des envahisseurs et la farouche opposition des Amazighs des Aurès.

En ce qui concerne Mouloud Mammeri, je m’abstiens volontiers d’associer son nom à de la vulgarité pure. Car il faut une grosse dose de patience pour expliquer à une nullité intégrale le généreux héritage scientifique, culturel et politique de Lmulud At Maεmer.

Actuellement, il y a en Algérie – pas seulement en Aurès ou en Kabylie – infiniment plus de prénoms Dihya ou Kahina que Zoheir Ben … Il y a quelques années de cela, de nombreuses familles algériennes emportées par un vertige de chauvinisme ont donné le prénom Sadam Hussein à leurs rejetons. En ce moment, ces jeunes devenus adultes cherchent désespérément à se débarrasser de cette épithète difficile à porter.

Avant de s’essayer à expliquer le sens du toponyme “Azeffun” qu’aucune horde du désert n’a foulé, Benaïcha sait-il seulement le sens de “Souf”, son pays natal ?

Grosso modo, la guerre menée actuellement contre la Kabylie est un palliatif à la frustration de tous ceux qui n’ont pas pris part à la libération du pays.

Pourtant, un communautarisme de très bon aloi a toujours existé et vécu sans heurts aux quatre coins d’Algérie. Pour exemple, en Oranie, l’inconscient collectif rend justice à la droiture kabyle. Dans ces contrées, pour affirmer la vérité d’une allégation ou d’un événement, on a coutume de dire : gal ha Zwawi (le Zwawi l’a affirmé), sachant que le mot zwawi qui désigne le Kabyle n’est nullement péjoratif. C’est cette symbiose qui repose sur le respect et la reconnaissance mutuels des peuples d’Algérie que le système veut à tout prix détruire.

La Kabylie a été à l’origine du Mouvement national. C’est incontestable ! En 1926 naissait l’Étoile Nord-Africaine à Paris. Cette première formation politique dans le but déclaré est l’indépendance de l’Algérie est antérieure à la création du mouvement des “Frères Musulmans égyptiens qui a vu le jour en 1928. Cette précocité de la prise de conscience du peuple kabyle est restée jusqu’au jour d’aujourd’hui en travers de la gorge de tous les planqués offshore.

En ce lundi 23 mai 2011, le chroniqueur Mustapha Hammouche du quotidien Liberté termine son écrit du jour ainsi :

“ À posteriori, le séparatisme type MAK s’en trouve légitimé. En voulant refouler, aux sens physique et psychique, la Kabylie, comme matrice revendicative, on veut déplacer l’affrontement politique entre progrès et régression vers un affrontement régionaliste entre “Arabes” et Kabyles. Et c’est l’État qui s’emploie à allumer l’incendie pour étouffer un débat”.

Au MAK, on lit les chroniques et on apprécie fort bien le professionnalisme et l’éthique de M. Hammouche. Largement mérités d’ailleurs. Sauf que cette fois, en voulant contrebalancer et équilibrer ses propos, il accole le terme sépara-tisme à l’action politique du MAK, alors qu’il a, à maintes reprises, attribué cette volonté séparatiste au pouvoir. Comme l’a si bien dit un autre chroniqueur d’un autre quotidien en qualifiant “ d’apartheid” la rétention et le refoulement des supporters kabyles lors de la finale de la coupe d’Algérie le 1er mais 2011.

Kabylie, le 23 mai 2011

Azru