Kabylie: Une Nation sans Etat

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Kabylie: Une Nation sans Etat
Kabylie: Une Nation sans Etat

Philadelphie-USA (Tamurt) – Face à la permanence de la politique anti-kabyle, quelques réalités doivent plus que jamais être rappelées, sur une population stigmatisée, et soumise comme peu d’autres à des politiques d’État particulièrement violentes. 

Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans  « la Nation ».

Et pourtant après  l’indépendance de 1962, la Kabylie est induit en erreur par une pseudo-souveraineté qu’il pense détenir parce que justement c’est de « l’Etat ».

Quels sont les motifs pour lesquels une nation a droit à un État qui soit «le sien» («le sien» voulant dire que les dirigeants de la nation définie culturellement sont des membres de celle-ci)? Le motif qui apparaît le plus clair est celui suivant lequel la survie et le développement d’une culture distincte supposent le contrôle d’un État distinct. Cela tient à ce que les États dans lesquels les nations sans État sont englobées ont été «homogénéisant» et ont cherché à supprimer les singularités des minorités nationales.

Lors de l’indépendance de l’Algérie, la Kabylie s’oppose au Bureau politique du FLN rassemblé autour d’Ahmed Ben Bella, qui s’appuie sur les forces de l’armée des frontières commandée par Houari Boumédiène. Fin août 1962, des affrontements éclatent dans l’Algérois et aux frontières de la Kabylie, faisant officiellement 1 000 morts. Ben Bella prend le pouvoir mais ses relations avec la Kabylie  restent tendues. En octobre 1962, il obtient de Mohand Oulhadj un accord autorisant le déploiement de l’ANP (Armée nationale populaire) sur le territoire de la Kabylie et entraînant la dissolution de la plupart de ses unités. En 1964, Mohand Oulhadj remet à l’État algérien, contre récépissé, un trésor comprenant notamment 46 lingots d’or et plusieurs pièces d’or et d’argent.

Sur le plan politique, la Kabylie est régulièrement le cadre de mouvements de contestation du régime d’Alger. Dès 1963, le FFS (Front des forces socialistes) emmené par Hocine Aït Ahmed et Yaha Abdelhafid met en cause l’autorité du parti unique. Jusqu’en 1965, l’ANP mène dans la région une répression qui fait plus de quatre cents morts.

En avril 1980, à la suite de l’interdiction d’une conférence de l’écrivain Mouloud Mammeri sur la poésie kabyle ancienne, émeutes et grèves éclatent à Tizi-Ouzou ; la Kabylie et les universités algéroises connaissent plusieurs mois de manifestations réclamant l’officialisation de la langue berbère : c’est le « Printemps berbère ». D’autres affrontements ont lieu à Tizi-Ouzou et Alger en 1984 et 1985. En 1994-1995, l’année scolaire fait l’objet d’un boycott appelé « grève du cartable ». En juin et juillet 1998, la région s’embrase à nouveau après l’assassinat du chanteur Lounès Matoub et à l’occasion de l’entrée en vigueur d’une loi généralisant l’usage de la langue arabe dans tous les domaines.

Toute l’erreur est là. Une erreur entretenue par la communauté internationale qui voit les Etats à travers la définition qu’en donne le droit international entraînant une confusion manifeste entre l’Etat qu’elle reconnait, un collectif d’âmes et une coquille vide, sans âme puisque sans nation et par la même un terroir où la Démocratie à défaut de servir une nation, sert une poignée d’individus constituée en Etat.

En effet seul l’appartenance à une « nation » génère une prise de conscience d’une identité nationale opposable à l’Etat et à son hégémonie.

C’est la raison pour laquelle l’Etat algérien  n’ayant pas construit des nations continue à dominer le peuple qui, non constitué en nations, sont divisés ethniquement et trimbalement.

Et l’Etat algérien continue à instrumentaliser le « peuple » dans ses différentes composantes pour arriver aux fins que l’on connait. Car sans être une nation, le peuple n’a pas de poids politique et ne constitue pas une force. En somme il n’est pas une « entité politique »

On comprend donc que la « démocratie » doit, pour embrasser les réalités de notre pays sans nations, être étymologiquement revue pour se référer à la « nation » et non au peuple.

Car lorsque l’on essaye d’introduire la démocratie dans un pays où le peuple ne s’est pas encore constitué en nation, on est en face non pas d’une collectivité humaine unie autour d’idéaux, de vision nationale, en somme une entité politique, mais de collectivités humaines éparses se regroupant en tribus, ethnies, castes. Cette situation est non seulement défavorable pour la démocratie mais elle sert les intérêts du pouvoir en place qui va jouer sur les sensibilités ethniques, tribales et claniques, sur les ressources économiques et financières à distribuer pour s’acquérir les faveurs (vote, soutien) des uns et des autres. Ce « peuple » est malléable et corvéable à merci, sans cohésion, sans solidarité et sans vision commune.

Cette situation forte commode pour le régime algérien explique pourquoi depuis l’indépendance, l’Etat algérien ne s’est  pas investis dans la construction des nations mais dans le maintien du statu quo racial, tribal et ethnique.

Rabah Arkam