Kabylie : Les viciations de l’intérieur

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KABYLIE (Tamurt) – La Kabylie vit un foisonnement de manifestations qui toutes ne lui veulent pas du bien. L’émergence des autonomistes et des indépendantistes a mis fin à son isolement voulu et entretenu par le régime dans le but de la singulariser auprès des Algériens comme province rebelle, réfractaire et séparatiste qui menace la stabilité et la sécurité de l’Algérie.

En réalité, les observateurs le savent et les Kabyles l’ont vécu dans leur chair qu’une guerre sanglante leur est imposée par le régime algérien depuis le début du millénaire et a coûté déjà la vie à 128 innocentes victimes.

Cette émergence du fait autonomiste puis indépendantiste qui refuse de façon rédhibitoire les élections à l’algérienne a aussi mis à nu la tradition qui consiste à considérer la Kabylie comme une niche électorale au bénéfice de partis algérianistes à ancrage local qui l’utilisent depuis toujours comme une chasse gardée pourvoyeuse de grasses rémunérations octroyées à leurs quotas d’élus qui contribuent à leur tour à maintenir le ronronnement perpétuel qui donne à leur parti respectif l’impression d’exister et de compter.

À cet assortiment faisandé composé de partis où chacun se place pour jouer un rôle dans le tutorat de la Kabylie s’ajoute un courant de militants autonomistes qui se veut centriste et équidistant entre les souverainistes et les algérianistes.
Ce courant propose une méthode d’adhésion ésotérique qui s’accoutre à la fois d’algérianisme, d’islamisme, de confrérisme et d’autonomisme. Dans l’action qu’il préconise, il veut ratisser dans tout l’éventail politique d’Algérie ; de l’extrême gauche jusqu’au FIS en passant par des ex Premiers ministres et le RAJ.
Comme objectif, il préconise l’émergence d’une Kabylie apaisée, fraternelle baignant sereinement dans l’islam « de nos ancêtres ». Il se refuse savamment à évoquer le déferlement du salafisme et la frénésie d’érection de mosquées en Kabylie. Subséquemment, ils suggèrent que ceux qui se revendiquent de Gaya, Massinissa, Micipça, Jugurtha, Tin Hinan, Dihya, Mammeri ou Kateb Yacine ne sont que des nostalgiques des temps impies que l’islam lumineux a effacés pour toujours.

On n’est pas loin de la thèse de Messali qui a décidé d’arrêter l’histoire de l’Algérie à la conquête musulmane au 7ème siècle. Ce néomessalisme relève de la même veine que l’acte perpétré par le Conseil scientifique de l’Université Mouloud Mammeri qui a octroyé, il y a quelques années, le doctorat honoris causa à Ben Bella.

Durant la même période, le ministre de l’islam se rend en Kabylie pour vanter « l’islam des ancêtres pour combattre l’extrémisme ». Hasard du calendrier ? Aucun observateur ne le croit. La concomitance est flagrante et les mœurs des autorités algériennes sont bien connues lorsqu’il s’agit de pourfendre la Kabylie.
Un autre faux hasard. Au même moment est organisée à la Maison de la Culture Mouloud Mammeri une « rencontre nationale sur la Tarika Rahmania ». Cette rencontre est initiée par la coordination locale des zaouias, devenues des sergents recruteurs zélés de Bouteflika depuis l’année 2000.

À cette offensive islamisante s’ajoute une recommandation surprenante qui émane d’un avocat kabyle fort connu qui propose tout simplement de « pénaliser l’atteinte aux religions et aux prophètes ». Quelle sens donner à cette enchère de la part d’un avocat d’inventer un nouveau délit d’ordre religieux dans un pays martyrisé par l’islamisme et l’autoritarisme militaire ?

« Les Berbères sont des ignorants et des sauvages que les Phéniciens et les Arabes ont tenté de civiliser ». Cette violente attaque raciste relayée par Chourouq un journal de même acabit, émane de Othmane Saadi, un apparatchik du sérail et le tribunal de Sidi Mhamed ne s’est pas autosaisi pour poursuivre cet affront. Heureusement que les Berbères et particulièrement les Kabyles ont échappé à la mission civilisatrice d’Othmane Saadi dont les effets sont très parlants de la part de ses frères sunnites d’Irak et de Syrie où il était ambassadeur de la RADP durant des années.

Les partis qui se prétendent à ancrage kabyle ne sont pas en reste. Tandis que l’un, qui a tourné définitivement la page où il prônait la laïcité s’échine aujourd’hui à nous vendre de l’islamisme version hamas algérien, l’autre affiche son mépris pour la Kabylie au point où il actionne ses élus pour faire la chasse au drapeau amaziγ et ahane désespérément derrière le pouvoir, les militaires, les islamistes, les neutres, le RND, le FLN, le TAJ avec une feuille blanche à laquelle personne ne veut émarger.

Le peuple kabyle subit une colonisation appliquée sur le terrain et ces partis algérianistes alléchés par les prébendes octroyées par le régime font semblant de l’ignorer.

Pour ceux pour lesquels le terme de colonialisme est exagéré, qu’ils nous disent donc comment appeler :
– le refus d’inscrire des prénoms kabyles et amazighs par des municipalités ;
– le rejet de l’enseignement de la langue kabyle ;
– la fermeture d’établissements de savoir et de culture d’initiative citoyenne ;
– les incursions militaires dans les domaines privés avec dégradations volontaires de biens et matériels ;
– les arrestations arbitraires de militants et de simples citoyens ;
– la mise sous séquestre de commerces et de moyens d’existence ;
– les humiliations de militants et citoyens kabyles aux aéroports à l’entrée et à la sortie ;
– les interpellations humiliantes et violentes de citoyens sur la voie publique ;
– les licenciements abusifs de militants des entreprises et des services publics ;
– et le plus périlleux des coups fourrés qui consiste à recruter, payer, manipuler et échauffer des repris de justice pour perturber et attaquer des militants pacifiques lors de meetings ?

On ne peut pas omettre les attaques, vexations et insultes que subissent les étudiantes et étudiants inscrits d’office dans des établissements universitaires hors de Kabylie et qu’aucune conscience intellectuelle ou citoyenne locales n’a dénoncées.

Malgré et en dépit de la corruption généralisée, du jeu néfaste de certains maires, du travail de sape des préfets, sous-préfets, secrétaires généraux de maires, des intimidations de la police et gendarmerie, les gesticulations d’un ancien et d’un actuel ministre, la résistance prend forme et s’affirme partout.

Azru Loukad