La France vend à l’Algérie des vaches malades

13

ECONOMIE (Tamurt) – Scandaleux ! Insensé ! Inadmissible… ! La France, pays qui jouit de la confiance de l’Office International des Epizooties (O I E), vend à l’Algérie des vaches malades. La preuve de cette arnaque qui risque de causer un grand préjudice au cheptel algérien est donnée l’année dernière par l’opération menée par l’importateur algérien, en l’occurrence le nommé Ali Bouchareb, demeurant à Aïn-témouchent et ayant le registre de commerce n°46/000842571 B10, contre l’éleveur Atmane Aouanouk demeurant au village de Timerzouga, commune de Fréha (Tizi-Ouzou).

Celui-ci, possédant déjà une quinzaine de vaches, a voulu augmenter le nombre de têtes de son bétail. C’est pourquoi, il a fait appel à Ali Bouchareb, importateur légal de cheptel, en lui faisant une commande de 20 vaches. Le prix de celles-ci, comme l’atteste la facture pro forma, est de 6. 634. 000, 00 DA. Il se trouve que ces vaches dont l’arrivage en Algérie a eu lieu au port d’Oran n’ont pas subi au niveau de LAZARET dudit port le test appelé la « tuberculination » pour déterminer si elles n’étaient pas atteintes de la tuberculose.

Le service vétérinaire compétent, en l’occurrence le service vétérinaire de Hammam Bouhadjar (Aïn Témouchent) s’est seulement contenté de la tuberculination qui aurait été faite au niveau du LAZARET de France. Les documents fournis à l’acheteur, c’est-à-dire à la victime, l’attestent. En effet, le service vétérinaire a fait subir aux 20 vaches les tests (réexamen) portant la brucellose, la leucose et l’IBR mais pas le test concernant la tuberculose. C’est cette maladie justement qui ruinera le client de l’étrange importateur.

Atmane Aouanouk prendra livraison de son cheptel le 27 décembre 2012. Comme il a pour règle de faire subir périodiquement des tests pour cheptel, plus exactement tous les six mois, voilà donc qu’il s’adresse au service vétérinaire de Fréha en date du premier juin 2013. Ce service détecte la tuberculose chez sept (07) vaches parmi celles acquises auprès de l’importateur, Ali Bouchareb, c’est-à-dire les vaches importées de France. Ces vaches, de race montbéliarde ; ayant réagi positivement au test sont référencées comme suit : 151422610003, 15667010001, 156667010007, 15667010010, 15667009003, 15142261002 et 151422613001. Sur demande du propriétaire, une expertise est établie par l’inspection vétérinaire de Tizi-Ouzou. La tuberculose est confirmée. Dès lors, l’ordre d’abattage des vaches malades est donné au malheureux propriétaire.

Le 07 octobre 2013, l’opération d’abattage est exécutée. Elle a eu lieu à l’abattoir d’Azazga. Les certificats délivrés par le Dr Nora Aknouche du service vétérinaire de l’abattoir d’Azazga et du Dr Bouadi N. épouse Challal le confirment. Au même moment, le reste du cheptel est mis en quarantaine. Depuis donc la détection et la confirmation de la tuberculose auprès de sept de ses vaches, Atmane Aouanouk est sommé de mettre son cheptel en quarantaine. Et ce qu’il a fait, et ce, rappelons-le, depuis le premier juin de l’année en cours.

Ses malheurs ayant pour source l’arnaque de l’importateur Ali Bouchareb ne sont pas pour autant terminés. Et comment ! Quand il a pris livraison de ses vaches montbéliardes, sept d’entre-elles n’avaient pas de boucles d’oreilles, c’est-à-dire leur fiche d’identité ou d’immatriculation. « A la question de savoir pourquoi elles n’avaient pas leurs boucles, Ali Bouchareb m’a répondu qu’elles étaient tombées dans le bateau, lors du voyage », a déclaré à notre intention Atmane Aouanouk. C’est pour cette raison aussi qu’il n’a pas assuré son cheptel importé. Par ailleurs, la vache portant le numéro 3803132689 a été reconnue et déclarée, après examen de fouille rectale en date 06 janvier 2013 par le Dr M. Kacimi, exerçant à Fréha, comme « non gestante ». Or la loi concernant l’importation de vache stipule que « toute vache importée doit être état de gestation ». Comme geste réparateur, Ali Bouchareb a remis une vache à sa victime mais celle-ci sera réformée. « Quant aux boucles d’oreilles manquantes, lesquelles constituaient toujours un obstacle pour l’assurance, témoigne Atmane Aouanouk, l’importateur m’a assuré que je pouvais faire des analyses et que je pouvais compter sur lui en cas de besoin, c’est-à-dire que c’est lui qui devait faire face à toute réparation en cas de nécessité ».

« Il se trouve, ajoute notre interlocuteur, que lorsque je suis déplacé jusqu’à sa ferme de Aïn-Témouchent pour l’informer de mon infortune et, par conséquent, lui rappeler ses engagements, il m’a envoyé faire paître ». « « Si tu veux obtenir réparation, adresse-toi à la justice mon petit gars ! », m’a tout simplement rétorqué Ali Bouchareb », a précisé Atmane Aouanouk.

Pour l’heure, la victime n’a que ses yeux pour pleurer et compter ses pertes qui s’élèvent à presque 10. 000, 00 DA par jour, sans compter les autres vaches qu’il a perdues et toujours parmi celles figurant parmi le lot d’importation. L’une est morte un mois et demi après son arrivée et au bout de 20 jours de maladie et la seconde trois mois après son arrivée. En tout donc, la victime de Ali Bouchareb a perdu neuf vaches. « Le prix d’une vache est de 328.000, 00 DA », reconnaît notre interlocuteur. La valeur totale des vaches perdues est de l’ordre donc de 2.952.000, 00 DA. Par ailleurs, depuis cette mise en quarantaine, le cheptel de Atmane Aouanouk consomme 15 bottes de foin et 08 quintaux d’aliment par jour. Le prix de botte est 600, 00 DA et le quintal d’aliment est 3.400, 00 DA. Enfin, deux travailleurs permanents dont le salaire mensuel de chacun est de 30.000, 00 DA. « Pendant toute la durée de la mise en quarantaine de mon cheptel, je n’ai pas le droit de vendre un quelconque animal », a déclaré Atmane Aouanouk. « Cependant, assure notre interlocuteur, je n’obtiens pas réparation pour le pertes les préjudices occasionnés par cette affaire, je déposerai plainte contre X et c’est la justice, elle seule, qui déterminera les différents niveaux de responsabilité ».

Mais en attendant que la justice fasse la lumière sur cette gravissime affaire, il y a lieu de s’interroger sur le pourquoi du non de la tuberculination dans l’espace du LAZARET d’Oran par les services vétérinaires compétents algériens. Pourquoi s’est-on contenté seulement de l’examen effectué au niveau du LAZARET français ? Cette question en entraîne d’autres. En effet, il y a lieu de s’interroger combien de vaches importées de l’étranger, de France notamment, n’ont pas été soumises à la tuberculination par les services vétérinaires algériens ? Combien d’éleveurs ont renforcé leurs cheptels par les vaches d’importation. Combien parmi ces éleveurs ont vendu à leur tour les vaches importées et à qui et dans quelles régions ?

La complexité de la question nous a poussé à nous rapprocher d’une notoriété vétérinaire à Tizi-Ouzou, le Dr Mohamed Lakhel en l’occurrence, et dont les travaux scientifiques font incontestablement autorité. Voici l’entretien :

-Tamurt : Est-ce que la tuberculose animale est transmissible à l’homme ? Si c’est oui, comment ?

– Dr Lakhel : Oui naturellement. La tuberculose animale est transmissible à l’homme par voie d’inhalation, par voie digestive après consommation du lait cru et de ses dérivés et/ou de viande mal cuite. Et lorsqu’on sait qu’il y a souvent un abattage qui se fait en dehors des établissements agréés et l’utilisation de lait cru dans la transformation ou la vente directe dans les crèmeries non contrôlées, le risque est vraiment énorme. Il s’agit d’un véritable danger pour la santé publique.

-Tamurt : D’où peut à votre avis provenir la tuberculose chez les vaches d’importation ?

-Dr Lakhel : Pour le savoir et le déterminer avec exactitude, il faudrait mener une enquête épidémiologique sur l’ensemble des vaches importées pour arriver à la source de contamination.

-Tamurt : Est-il raisonnable que nos éleveurs fassent confiance aux importateurs ?

-Dr Lakhel : Il ne s’agit pas de faire ou de ne pas faire confiance aux importateurs. Il s’agirait plutôt que les éleveurs fassent confiance à l’autorité vétérinaire, seule garante de la qualité sanitaire des produits animaliers et du cheptel introduits en Algérie.

-Tamurt : Est-ce que la tuberculose existe en Europe, particulièrement la France, principal pays fournisseur de vaches de l’Algérie ?

– Dr Lakhel : La tuberculose constitue actuellement une maladie ré-émergente dans beaucoup de pays. Et puisque vous citez l’exemple de la France, je vous informe que ce pays risque de perdre son statut de pays officiellement indemne de tuberculose auprès de l’Office International des Epizooties après une augmentation significative du nombre de cas de tuberculose chez le cheptel laitier et surtout dans les zones à forte densité d’animaux sauvages atteints, à l’instar du sanglier, du cerf et du blaireau qui sont les principaux réservoirs et vecteurs de la tuberculose.

Addenda : Nos lecteurs et lectrices auront remarqué, à la lecture de cet article, que l’avis du nommé Ali Bouchareb n’est pas recueilli par rapport à cette affaire. Non pas que nous avons failli à nos obligations journalistiques mais tout simplement nos appels téléphoniques à son bureau ont été vains. Les deux lignes téléphoniques de son bureau ne sont pas opérationnelles.