La galéjade du journal Echorouk

64

ALGERIE (Tamurt) – Voyons donc le canular d’Echourouk! Il écrit que Ferhat Mehenni percevrait un salaire de 13.000 euros par mois depuis octobre 2008. Ce salaire lui serait assuré par les services secrets marocains. Comment le leader du Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie (MAK) entre en possession de son salaire ? Par l’intermédiaire d’un certain Toudjni Mohamed-Rédha exerçant les fonctions de président d’une association dénommée Essahra El Maghribia.

Ferhat Mehenni aurait encore reçu une enveloppe de 30.000 dollars canadiens pour effacer des dettes contractées à Montréal. L’origine de ces dettes a trait aux frais de restauration, hôtellerie et bars. La plume de Djamel Laâlami ne s’arrête pas là. En effet, elle écrit encore que Ferhat Mehenni a reçu pour le compte du mouvement qu’il préside un montant de 200.000 euros devant servir à payer des « dépliants » et un autre de 50.000 euros pour imprimer des « affiches » en France.

Dans le cadre de la collaboration avec l’Union européenne, le MAK aurait également reçu une somme de pas moins de 40.000 euros, selon Echorouk. Après « les révélations financières », Echorouk passe aux « faits et gestes » du leader du MAK. Il souligne en effet que selon des renseignements, Ferhat Mehenni aurait proposé ses services au département de renseignements marocains pour contrecarrer la politique d’indépendance prônée par le POLISARIO. Selon des « renseignements concordants », le leader du MAK aurait tenu une réunion secrète avec le MOSSAD (services secrets israéliens). Le même homme, c’est-à-dire, Ferhat Mehenni, se serait encore rendu en Israël avec un faux passeport sous le nom de Carry LEWIS. Son déplacement au pays hébreu aurait eu comme objectif de demander aux autorités de ce pays d’assurer une aide aux minorités algériennes, tunisiennes, marocaines et libyennes. Enfin, Echorouk « révèle » que le fondateur du MAK aurait demandé à la France de « protéger » la Kabylie.

Le journaliste Djamel Laâlami a dû se fatiguer les méninges pour accoucher d’une telle fiction journalistique. Nous espérons qu’il en a reçu une belle prime, autrement, nous lui conseillons vivement de se lancer dans les romans policiers aux relents d’espionnage. Il gagnerait une fortune avec en prime respect et considération.

Épluchons donc ses « révélations » pour y apporter ce que nous jugeons être des interrogations légitimes. Notre première remarque concerne ce salaire de 13.000 euros que les services marocains octroieraient à Ferhat Mehenni.
Nos interrogations sont toutes simples. Depuis quand les services secrets ouvrent-ils leurs registres comptables aux journalistes ? Depuis quand les services secrets rendent-ils publique la liste de leurs agents? Comment notre confrère Djamel Laâlami qui, présumons-nous, a fait l’école de journalisme peut-il se révéler meilleur en contre-espionnage que le Département du renseignement et de la sécurité (DRS) ? Comment une réunion secrète entre Ferhat Mehenni et le MOSSAD est-elle devenue un secret de Polichinelle ? N’est-ce pas que Djamel Laâlami écrit bien « selon des renseignements concordants » ? Ce qui laisse entendre donc qu’il y a eu plusieurs fuites à propos de cette réunion. Sinon le MOSSAD aurait-il tenu carrément une conférence de presse?

Passons ensuite à ce faux passeport et à ce nom Carry LEWIS. L’auteur de l’article ne nous dit pas la nationalité officielle de Carry LEWIS, donc du pays qui risque d’intervenir pour élucider cette affaire impliquant la contrefaçon de ses documents officiels. La vérité réside ailleurs. À commencer par la méconnaissance totale de Ferhat Mehenni par le journal Echorouk. Car, dans le cas contraire, il commencerait à dresser un tant soit peu son profil psychologique pour ensuite espérer le dénigrer et à lui coller l’étiquette de « traître ». Nos amis lecteurs et amies lectrices doivent savoir que trois motifs peuvent pousser un homme à la trahison : le premier est la vengeance; le second est la cupidité (faiblesse pour l’argent et le matériel); et le troisième est le chantage. Or, le leader du MAK n’est touché par aucun de ces points énumérés. En effet, l’homme, depuis son jeune âge, n’a subi aucune attaque personnelle susceptible de nourrir dans son cœur un sentiment de vengeance.
en second lieu, Ferhat Mehenni a, par le passé, reçu de la part du pouvoir algérien une multitude de propositions devant faire de lui un homme immensément riche. A vrai dire, depuis bien avant l’avènement du multipartisme, soit à l’époque où le président Chadli Bendjedid était à la tête de l’État algérien, Ferhat Mehenni avait reçu des propositions fort alléchantes qu’il a toutes jetées à la poubelle. Cela lui a valu d’ailleurs beaucoup de respect de la part de ce même pouvoir. Enfin, la question de chantage n’a jamais touché Ferhat Mehenni ni de près ni de loin. Le leader autonomiste n’obéît qu’à ses motivations qui sont éminemment d’ordre moral. Quant aux ressources financières du MAK, elles proviennent exclusivement de la poche de ses militants et sympathisants alors que les ressources propres de Ferhat lui proviennent principalement des droits sur ses œuvres littéraires et artistiques.

Ces informations sont surtout destinées aux lecteurs d’Echorouk. Quant au peuple kabyle, il connaît fort bien ses hommes.

Enfin, nous nous interrogeons sur la finalité de l’article de ce journal arabophone. Deux principales hypothèses s’offrent à nos yeux.
la première : Echorouk, [journal financé par l’internationale islamiste->http://www.lematindz.net/news/2226-le-directeur-dechorouk-interpelle-par-scotland-yard.html] – ce n’est un secret pour personne – est chargé par son employeur de faire propager l’islamisme à outrance en Algérie, mais à commencer d’abord par détruire la Kabylie, bastion de la résistance identitaire, de la laïcité et de l’ouverture sur le monde. En effet, ce n’est pas la première fois qu’Echorouk a tenté de diaboliser la Kabylie. Et s’il avait échoué à chacune de ses tentatives c’est par ce qu’il avait agi avec maladresse et méconnaissance des Kabyles.

La deuxième hypothèse et la plus dangereuse, c’est de montrer au monde que le DRS ne surveille pas assez, voire pas du tout, la maison Algérie. Et, par conséquent, c’est une tentative d’Echorouk de désigner les Kabyles et la Kabylie à la vindicte populaire. Pire encore, c’est un appel aux gardiens de Dar El islam et autres relais étrangers pour intervenir. En clair, par ses exercices de propagande, ce journal est en train de faire dans une haute trahison.

En effet, si réellement Echorouk est convaincu de ce qu’il avance, pourquoi est-ce qu’il ne s’est pas adressé directement aux autorités algériennes concernées directement par l’affaire ? Pour notre part, nous sommes convaincus qu’il ne s’agit là que d’une galéjade. De mauvais goût certes, mais rien qu’une galéjade. En revanche, s’il n’est motivé que par le désir de propagande, nous lui conseillons de ménager un minimum d’effort pour la réussir. Car la propagande est un grand art. Nous pouvons même donner à titre gratuit une petite leçon de base à Echorouk sur la notion de propagande. Un agent spécialisé en la matière commence par révéler à son destinataire un certain ensemble de vérités. Celles-ci peuvent être vérifiables. C’est une fois qu’il constate qu’il a réellement gagné la confiance de la personne qu’il veut induire en erreur ou lancer sur une fausse piste, qu’il commence sa campagne de mensonges.
Alors, si Echorouk est désireux de lancer une campagne de propagande contre le MAK et son leader, il doit d’abord écrire quelques vérités sur eux, par exemple la fidélité indiscutable de la Kabylie pour le MAK et son leader. Une petite preuve? Les marches organisées le 20 avril dernier à Tizi-Ouzou, Bougie et Tuβiret. Consultez donc les rapports des renseignements généraux de la police et de la gendarmerie nationale.

Ah, nous allions oublier. La plume de Djamel Laâlami écrit que Ferhat Mehenni est le chanteur le moins écouté. Consultez donc les classements du hit-parade ou les journaux spécialisés dans les ventes de disques! Encore une propagande mal lancée!

Said Tissegouine