La Kabylie à l’épreuve de l’unité

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Si le choix de la date n’était pas fortuit, en ce sens que ces marches, dont la télé tenait à préciser qu’elles étaient spontanées, ont été préparées par le pouvoir algérien pour saborder la commémoration des évènements du printemps noir, il n’en demeure pas moins que le succès implacable de cette action initiée alors par le gouvernement d’Ali Benflis devait rappeler à ceux qui ne voulaient pas regarder les choses en face que la Kabylie martyrisée quelques mois auparavant n’avait pas bénéficié du même élan de solidarité. Pourtant et sans pour autant faire dans la comparaison des cadavres, le massacre commis en Kabylie par le régime d’Alger, était beaucoup plus tragique. De par l’ampleur de ses dégâts, humains et matériels que de par sa durée.

À l’exception de quelques chroniqueurs, trop peu de personnes dans nos médias et même au sein de ce qu’on appelle la classe politique avaient relevé cette incroyable indifférence de l’Algérie arabophone à l’égard de ce qui se passait en Kabylie. Les braves jeunes des régions kabyles ont pu réentendre un demi-siècle après, ce que leurs aînés entendaient, durant le combat libérateur, les habitants de l’ouest dire : « wach bihoum ezzwawa mâa frança » (Qu’ont-ils ces kabyles contre la France ?).

Pourtant, ce n’est pas faute d’avoir bénéficié de l’appui du peuple kabyle, dans les moments difficiles, que les algériens -hors Kabylie- ne se sont pas manifesté. Doit-on rappeler que le premier noyau de résistance contre l’intégrisme a vu le jour à Igoudjal, alors que la Kabylie était à l’époque épargnée, tant il est vrai que la violence n’a pas encore été transposée sur son territoire.

Les inconditionnels de l’unité peuvent-ils apporter une réponse à une question, celle de savoir s’il est possible pour eux d’imaginer un instant le gouvernement français tirer sur la foule dans une des régions de France sans que cela n’émeuve et ne fasse bouger tous les citoyens de ce pays. Tout cela démontre, si besoin est, aux forces politiques kabyles qu’il est vain de s’efforcer à inscrire leur action dans un destin national inexistant. Les évènements récents ont montré qu’on ne peut pas demander pour les autres ce qu’ils n’ont jamais revendiqué. Sadi l’aura appris à ses dépens. Dans une capitale de 4 millions d’âmes, il a du mal à rassembler derrière lui plus d’une vingtaine de personnes. Les propos injurieux et racistes, quand bien même on a voulu les imputer à quelques baltaguias envoyés par le régime, n’en cachent pas moins une haine viscérale du reste de l’Algérie à l’égard de tout ce qui émerge de cette Kabylie. Fut-il dans son intérêt !

Les kabyles ont compris depuis longtemps que l’unité est à réinventer.