La Kabylie laïque face à l’inquisition

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CONTRIBUTION (Tamurt) – Avant lui, pour d’autres motifs aussi obsolètes que dérisoires, Hocine Hocini et Salem Fellak n’ont conservé leur liberté et leur honneur intact que grâce à la formidable mobilisation du peuple kabyle. Ce soutien a permis de soustraire deux hommes honnêtes et courageux au dogmatisme salafiste qui caractérise de plus en plus les institutions algériennes.

D’autres victimes, cette fois-ci au nombre de dix, sont convoquées demain devant les tribunaux de l’Inquisition. Aussi fallacieux soit-il, le motif ne fait apparemment pas réagir les juges qui savent pertinemment que la comparution de ces innocents est contraire à toute équité, à la législation en vigueur et au simple bon sens.

Dans ce pays où les terroristes islamistes font office de police des mœurs au service des seigneurs de guerre installés au plus haut niveau de l’État, la chasse à la liberté est ouverte. Pour ceux qui feignent d’oublier, rappelons juste que cette alliance est l’amer résultat de la politique du clan qui a usurpé le pourvoir à l’indépendance de l’Algérie en 1962. Ce clan, aujourd’hui bien installé, a juré de tyranniser le peuple kabyle jusqu’à ce qu’il cesse de revendiquer la reconnaissance de son identité, sa liberté et son choix à un avenir différent de celui que les tyrans au pouvoir lui réservent.

Les multiples provocations qui ciblent la Kabylie actuellement, une région laïque, historiquement hostile aux terroristes islamistes et à la dictature des généraux, traduisent on ne peut mieux l’antikabylisme qui anime les fonctionnaires de l’État algérien et leurs relais sur le terrain. Il apparait clairement que le but recherché est l’étouffement par la terreur de la demande de liberté qu’exigent Tahar Amichi et ses amis membres du grandissant Mouvement pour l’autonome de la Kabylie.

Il existe des pays, comme l’Algérie, où l’évocation du mot liberté suffit pour faire trembler toutes les institutions avant de déstabiliser les plus hautes autorités. Cette crainte de la liberté neutralise tous les progrès et empêche toute prospérité. Bien que le pays soit riche par la seule grâce de dame nature, la pauvreté demeure endémique dans ce pays classé parmi les plus corrompus au monde. L’aubaine financière dont il dispose actuellement est consacrée au maintien des profiteurs actuels au pouvoir. Sur le terrain, cela se traduit par le consentement malheureux de certains Kabyles disposés à renoncer à leur idéal de liberté et de dignité contre une poignée de dinars ou une quelconque promotion administrative. Le rôle de ces sous-traitants est d’intriguer, traumatiser, torpiller, tenter de domestiquer la revendication de liberté chère aux Kabyles. Pourtant, quand ce pays se porte mal, il fait appel aux Kabyles, et dès que le danger est écarté, il double le nombre de mosquées pour « salafiser » nos traditions et multiplie le nombre de policiers et de militaires dans la région, mais sans en garantir la sécurité.

Qui ne sait que la justice en Algérie est soumise aux ordres?

Depuis 1962, les jugements sont dictés par le clan au pouvoir à chaque fois qu’une affaire touche aux délits d’opinions. Dans ce pays, que ses jeunes fuient au péril de leur vie en affrontant la haute mer sur des embarcations de fortune, on libère les terroristes les plus sanguinaires et on convoque le jeune Tahar Amichi devant les tribunaux de la république pour avoir écrit le mot « liberté ».

Comment cacher sa révolte ou continuer à croire en ce pays, dont l’indépendance a été arrachée au prix d’une guerre sanglante qui a endeuillé chaque famille et dont les dirigeants autoproclamés nous refusent encore aujourd’hui la liberté si chèrement payée?

Le procès de Tahar Amichi ne devrait pas avoir lieu. Tahar n’aurait même pas dû être convoqué. Néanmoins, cette pratique nous renseigne sur la gravité de la menace sur les libertés du peuple kabyle. Un simple coup d’œil de profane sur le contenu de la constitution et autres lois suffit à s’assurer que ce sont plutôt les magistrats instructeurs de cette affaire, les policiers et autres auxiliaires de la justice algérienne qui devraient répondre de leur décision de poursuivre Tahar en justice sous le faux prétexte de destruction de bien public. Dans cette affaire, c’est la justice algérienne qui devrait être sur le banc des accusés.

Le peuple kabyle, atrocement opprimé, n’attend rien des discours pleurnichards. Après l’assassinat de 128 des nôtres en 2001, il sait désormais qu’il n’a pas droit à une existence digne dans l’Algérie indépendante. Discourir sur une improbable désobéissance civile à l’échelle de toute l’Algérie revient à obstruer la marche des Kabyles vers la liberté. Quant au leader du MAK, Mass Mehenni, faut-il encore rappeler à ses détracteurs qu’il est le seul à franchir la ligne que personne d’autre n’ose franchir? Grâce à Ferhat, ce qui paraissait impossible est désormais devenu possible et le peuple kabyle peut ainsi concrétiser son rêve. Le grand Gandhi disait : croire en quelque chose et ne pas le vivre, c’est malhonnête.