La Kabylie otage de l’arabo-islamisme

3
Islamistes
Islamistes

Contribution (Tamurt) – Les raisons des ces manœuvres et contrairement aux simplifications utilitaires dont font preuve certains, ne relèvent point d’une débrouillardise politicienne dictée par une quelconque conjoncture. Elles ont été mûrement réfléchies et modelées avant leurs mises en œuvre effectives. D’ailleurs, les idéologues islamo-baathistes ont souvent présenté cette région comme un îlot raté de la conquête d’islamisation.

Si le panarabisme en tant que doctrine diverge de l’islam, du moins dans la forme, politique, il le rejoint à merveille dans le fond et les objectifs. Aussi, le nationalisme arabe entretient-il délibérément un certain flou vis-à-vis de l’islamisme qui lui sert souvent de locomotive. Une telle confusion lui permet en tout cas d’adapter ses actions à un tas de conjonctures.

Subséquemment, si la stratégie conçue par l’alliance des militaires et du Baath au moyen orient, penchait plutôt vers l’exaltation de la souche arabe en raison d’une forte présence de communautés arabes chrétiennes. Au Maghreb c’est la religion qui est mise en exergue pour accomplir cette même besogne. La locomotive religieuse islamiste serait donc investie de la tâche historique qui consisterait à parachever l’arabisation des minorités culturelles et linguistiques tels les berbères. Un processus perçu comme irréversible si l’on s’en tient à la réputée formule d’un de leur idéologues en l’occurrence Ben-Badis qui simplifie en s’évertuant que « l’islam a fait de nous des Arabes. »

Cependant, le rejet franc et massif que subit l’arabisation institutionnelle parmi les populations berbères, notamment en Kabylie est venu contrarier ce schéma nébuleux. Les mots d’ordres ainsi que les slogans qui retentissaient dans les manifestations et martelant que « l’Algérie n’est pas arabe » et invitant les uns et les autres à « corriger l’histoire » ont profondément ébranlé les dessins de cette idéologie. La permanence et la détermination de ce combat a fait que la Kabylie est vue par le reste des Berbères du monde comme la « Prusse », voire « la Mecque » de la berbérité et de la résistance à l’acculturation institutionnelle.

Les berbères des pays vivant un déni et une persécution féroce se sont réveillés et tentent aujourd’hui de faire entendre leurs voix. Ainsi des berbères libyens, égyptiens ont re-découvert via la chanson et les nouveaux médias l’étendue de leur histoire et de leur identité. Ce processus de rejet de l’acculturation forcée et planifiée était tant accompagné d’un réveil identitaire et d’une réappropriation culturelle et linguistique. Et c’est autour de la Kabylie que s’est cristallisée cette renaissance inespérée. C’est aussi cela qui a fait d’elle une cible de choix pour les extrémistes de tout bord qui l’assaillent aujourd’hui de toute part.

Rappelons-nous l’extraordinaire unanimisme qui s’est dégagé, au lendemain du printemps noir, entre les militaires au pouvoir et les islamistes du Hamas, dont le leader Mahfoud NAHNAH, avait sommé Bouteflika de déployer l’armée en Kabylie.

Ca n’est donc pas un hasard si le régime algérien, sponsorisé par les meneurs de l’idéologie raciste panarabe et leurs filiales islamistes, s’acharnent en ce moment même sur la Kabylie et ses symboles. Il suffit de se rapporter aux discours pour saisir la profondeur et la continuité de telles manouvres. Tantôt assimilés au « juif », autrement dit l’ennemi de Dieu et des hommes, selon leurs visions doctrinales, tantôt présenté comme un vulgaire mercenaire bâtard et avatar de la colonisation, le kabyle a de ce fait très tôt été désigné comme l’ « autre » dont la légitimité est entachée par la traîtrise et qui ne peut être qu’un « ennemi de l’intérieur » auquel il faudrait tôt ou tard régler son compte.

Bref, les kabyles et le reste des berbères qui osent affirmer leurs différences sont identifiés par un processus continuel de qualificatifs deshumanisants et de surcroits culpabilisants. Paradoxalement cela n’a aucune corrélation directe avec la pratique supposée ou effective de la religion. Pour s’en convaincre, il suffit de remonter aux émeutes de Berriane (Ghardaïa) en Janvier 2009. Dans leur acharnement, les arabes de « chaambas » aidés par la police, désignaient bizarrement les Mozabites par les mêmes qualificatifs culpabilisants. La rigueur religieuse dont sont réputés à juste titre les berbères du Mzab ne leur a été d’aucun secours devant le déferlement des réquisitoires infamants et ignominieux.

Du reste, tous les indices démontrent qu’un panel d’actions diaboliques fut mis en place par le pouvoir en vue de mettre à genoux cette région. L’opération s’étant accélérée au lendemain des événements du printemps noir et la division, le dénigrement et la manipulation par l’argent et la terreur, s’y sont propagés telle une peste. Ainsi, les personnages emblématiques de la région font l’objet d’une compagne de dénigrement systématique et généralisée. La dynamique pacifiste initiée par le mouvement citoyen des arches est étouffée dans l’œuf. Le pouvoir n’a pas hésité à mobiliser les grands moyens pour venir à bout des espoirs de démocratisation dont la Kabylie constituait jusque lors un fief et un modèle.

Les conséquences de cette mise en quarantaine sont cataclysmiques, Tamurt (le pays kabyle) connaît un taux de suicides effrayant. Il ne se passe pas une seule semaine sans laquelle, de nouveaux cas ne soient signalés, quelque part en Kabylie par les médias. La paupérisation s’est étendue à toutes les franges de la société. Le terrorisme a fait de cette région son fief au point ou des familles ont été contraintes de quitter leurs domiciles.

Sur le plan économique, la presse écrite fait écho de nombreux projets fiables délocalisés sur des décisions strictement politiques tels la raffinerie de pétrole de Béjaia ainsi qu’ une centrale thermoélectrique devant approvisionner toute la région d’Azzefoun ( le Matindz.net) En somme, hormis l’exil et le suicide, aucune autre perspective heureuse ne semble s’y profiler à l’horizon.

Au milieu de ce décor méphistophélique, des prêcheurs intégristes sont mobilisés dans toutes les localités de la région. Très visible par leurs uniformes, ceux ci profitent de l’hospitalité des gens de la région pour conduire tantôt un prosélytisme culpabilisant et tantôt des descentes intimidantes parfois assez violentes. Des projets de mosquées grandioses sont bâtis à coups de milliards pour des villages dont certains n’excèdent point quelques centaine de résidents. .Des témoignages concordants confirment la fréquence de cette pratique qui s’est produite dans plus d’une localité. Des donateurs « anonymes » surgissent tout d’un coup de nulle part et se proposent de financer ces lieux de cultes. Selon toute vraisemblance, l’argent viendrait de certains cercles du pouvoir mais également de fonds nébuleux Saoudiens comme nous l’ont confirment certains témoins !

Un tel climat de confusion généralisée justifie à lui seul que nous nous interrogions sur le sort qui sera réservé à cette région rebelle. Parviendra t- elle cette fois-ci encore à se relever de cet état de paralysie dans lequel, elle a été précipitée de manière impitoyable ? Il en va de l’avenir de toute une nation, celle des berbères, d’une langue et d’un idéal démocratique et laïc pour toute l’Afrique du nord. Il parait évident que de ce point de vue, les berbères de la diaspora ont une responsabilité historique d’autant plus qu’ ils vivent dans des pays démocratiques et disposent d’une liberté de parole et d’action assez conséquente.

Mohand-Ali ALLIOUI
Doctorant en SIC à l’université de Provence