La romancière kabyle Sarah Haider à Mediapart : « L’unité nationale est fictive en Algérie »

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Sarah Haidar
Sarah Haidar

CULTURE (Tamurt) – La talentueuse romancière kabyle (originaire de la wilaya de Tizi Ouzou), auteure de plusieurs romans dans plusieurs langues a déclaré que l’unité nationale est fictive en Algérie. Sarah Haider, connue pour son anticonformisme et son courage mais aussi et surtout pour son talent littéraire, a affirmé, dans l’interview qu’elle a accordé au journaliste français Antoine Perraud de Mediapart :

« L’unité nationale ressassée à tout bout de champ est fictive en Algérie. C’est – paradoxe de la décolonisation – une importation du système jacobin français. Il suffit de parcourir le pays pour prendre conscience de l’inanité d’un tel modèle – qui n’existe pratiquement nulle part ». Être soudés, ajoute Sarah Haider, unis, comme un seul homme, c’est impossible, en Algérie notamment où sévissent un racisme virulent et un régionalisme extraordinaire.

« L’unité nationale, fictive, se limite à la centralité du pouvoir et aux frontières physiques. Nous en subissons pourtant tous les désavantages : absence d’ouverture à l’Autre, mépris des différences.

Nous payons ce mimétisme qui a fait adopter à l’Algérie, dès l’indépendance, le modèle propre à la puissance coloniale française : l’immensité du territoire algérien, sa richesse culturelle et ethnique, sont devenues une menace pour le pouvoir du FLN. D’où cette centralisation autoritaire, qui n’a cessé de parer aux périls au lieu d’imaginer un gouvernement en adéquation avec la nature et l’histoire algériennes. La diversité fait la richesse et non l’unité », explique avace sagacité Sarah Haider.

Cette dernière ajoute en précisant qu’en Kabylie « existent certes des contraintes héritées du système tribal – sur lesquelles est venu de surcroît se greffer un islam traditionaliste –, mais cela n’a rien à voir avec les servitudes rencontrées dans les villes algériennes de l’intérieur, où je suis obligée quasiment de porter le voile pour circuler sans encombre ». Rappelons que le dernier roman publié par Sarah Haider, en 2016, est intitulé « La morsure du Coquelicot ». Sarah Haider est également journaliste dans la rubrique culturelle du Soir d’Algérie.

Tahar Khellaf