Lâché par Rebrab : Abrous rejoint Haddad

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Abrous O.
Abrous O.

ALGERIE (Tamurt) – Après avoir dirigé, pendant près de deux décennies, « Liberté », le journal de l’homme d’affaires Issad Rebrab, Abrous Outoudert, qui est un véritable professionnel de la presse contrairement à la majorité des directeurs de journaux en Algérie, vient d’être officiellement installé par l’autre homme d’affaires kabyle, Ali Haddad, à la tête de son groupe de presse regroupant deux journaux et deux chaines de télévision. Plusieurs interrogations s’imposent suite à ce choix et à ce revirement de la part d’un homme qui est loin d’être un adolescent ni en politique ni dans la presse.

D’abord, Abrous Outoudert n’a pas du tout le profil de quelqu’un qui serait prêt à tout pour faire carrière car la sienne est derrière lui. Il avait fait ses preuves depuis des décennies dans plusieurs créneaux notamment dans celui de l’édition puis celui de la presse en gérant l’un des quotidiens les plus difficiles à piloter à l’époque, à savoir « Liberté ». Un quotidien qui était, jusqu’à un passé récent un grand tirage très influent surtout dans la région de Kabylie et dans l’Algérois. Mais depuis au moins cinq années « Liberté » a énormément régressé et ses ventes ne cessent de péricliter. De même que sa ligne éditoriale est difficilement identifiable sans compter les revirements que la ligne en question subit continuellement.

Revenons à Abrous Outoudert que tout le monde croyait parti pour profiter d’une retraite bien méritée après tant d’années de labeur. Il n’en n’est rien. Abrous n’est pas parti mais il reste tout en changeant carrément de famille politique. Il quitte Rebrab qui est l’enfant de son patelin (un critère à ne pas négliger du tout dans ce genre de choix) pour prendre en main le groupe de presse d’Ali Haddad, connu pour être un adversaire des plus acharnés de Rebrab. D’ailleurs, rappelle-t-on, quand il y a eu la guerre entre l’ancien Premier ministre Abdelmadjid Tebboune et le clan de Bouteflika, le journal « Liberté », propriété de Rebrab, n’a pas hésité à mener une campagne de dénigrement frontale et assumée contre Ali Haddad.

Dernièrement aussi, Ali Haddad n’a pas hésité à épingler Issad Rebrab suite à des déclarations faites à l’étranger (en France) quant aux « blocages » de ses investissements de la part du pouvoir algérien. Il est clair donc que les deux hommes appartiennent à deux clans « ennemis ». D’ailleurs, le FCE (Forum des Chefs d’Entreprises) que préside Ali Haddad depuis deux mandats, reste inaccessible à Issad Rebrab, ce qui démontre que ce dernier, plutôt proche du clan du général Tewfik, selon de nombreux observateurs, est loin de partager quoi que ce soit avec Ali Haddad. Quand on sait qu’un journal et une chaine de télévision sont d’abord et avant tout des organes de propagande politique, il devient impossible de ne pas s’interroger sur ce passage de Abrous Outoudert d’un extrême à l’autre au moment où tous les indicateurs sont au rouge en Algérie à cause de la guerre de clans qui bat son plein actuellement en perspective des élections présidentielles très incertaines, prévues en avril 2019.

A moins que Abrous Outoudert n’ait voulu se venger, en quelque sorte, de Rebrab si c’est ce dernier qui l’avait éconduit de la direction de « Liberté ». Une piste très peu plausible, Abrous étant connu pour sa sagesse et son sens de la mesure, maintes fois prouvées. Il avait fait preuve de beaucoup de retenue à la veille des élections présidentielles de 2004, où il avait démissionné du même journal « Liberté », parce qu’on avait voulu le manipuler et faire de lui une marionnette dans une autre guerre de clans à la veille d’une même échéance électorale, celle de 2004, ayant vu Bouteflika briguer un second mandat. Mais à l’époque, personne n’avait imaginé que Bouteflika allait rester vingt ans à la tête de l’Etat en dépit et contre tout et contre tous. Personne n’aurait, non plus, cru que Abrous Outoudert allait passer de « Liberté » au « Temps d’Algérie » et « Dzair-TV » avec autant de légèreté.

Tarik Haddouche