L‘album d’Oulahlou a eu un très grand succès en Kabylie – Silence… On censure!

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CULTURE (Tamurt) – Son courage et sa lucidité le portent naturellement à dénoncer injustices et dérives, inconscience manipulation. Il n’en fallut pas plus pour provoquer l’ire des « décideurs » algériens qui ont muselé la presse à laquelle ils ont fait interdiction de parler de cet artiste féru de Slimane Azem, de Matoub, de Ferhat et de la langue française.

Le « boycott » médiatique organisé contre cet artiste hors du commun et son nouvel album « Silence, on tue! » rappelle les autodafés d’un autre âge. Pour amoindrir son impact, les gouvernants poussent les médias à encadrer et ouater de silence une chanson au verbe par trop bruyant. Trop déstabilisant pour un régime corrompu et incompétent. Comme la musique et les paroles de cet artiste généreux et désintéressé sont inattaquables, ce n’est pas le dénigrement qui pourra en venir à bout, on s’en remet au silence! Cela ne l’atteint pas. Il sait l’immense succès populaire que son œuvre rencontre. Ce n’est pas parce que personne n’a le droit d’en parler dans les rédactions, y compris chez Berbère-TV, que ses disques ne se vendent pas. Loin s’en faut. Casser le thermomètre ne fait pas retomber la fièvre.

Commençons par la première chanson : elle s’intitule « Viva l’Algérie ». C’est la seule, de tout le tapage qui a été orchestré par le pouvoir via ses relais « artistes » durant plus d’une année, qui explique avec précision qu’« One Two Three, Viva l’Algérie 2009-2010 » n’est qu’une nouvelle manière de l’État de détourner l’attention du peuple. Il évoquera aussi le temps où les Kabyles ne disaient jamais que le peuple égyptien n’est pas « Ech-Chaâb Ech-chaqiq » comme on n’a jamais cessé de nous le chanter… À propos de la Kabylie, dans « Viva l’Algérie », Oulahlou nous rappelle que le pouvoir ne « surveille » que cette région. Mieux encore, « Ils ne surveillent que ce que dit Ferhat »… Les milliards envoyés au Polisario n’ont pas été oubliés non plus. Il conclura par dire « Manipulation derrière manipulation, où va l’Algérie! ». Tout cela pour vous dire que cette chanson n’a pas été du goût, non pas du pouvoir uniquement, mais aussi de ses relais qui n’osent pas s’attaquer à son auteur et le traiter de tous les noms d’oiseux puisqu’il s’agit de réalités que personne ne peut nier.

Ensuite, la vie pénible de Fadma Ath Mansour a été chantée avant qu’Oulahlou ne lance un appel au Président français dans une chanson intitulée « Mass Sarko ». Là, Oulahlou parle de la détresse des jeunes et de leur étouffement dans leur pays. Il chantera : « Mass Sarko, donne-nous des visas » avant de dire qu’il est pénible de vivre dans un pays où règnent l’injustice, l’arabisation et l’islamisme… Enfin, l’intolérance et les interdits. Les services qui « détiennent toutes les clés » sont appelés ici KGB et cela sous-entends beaucoup de choses…

Oulahlou rendra ensuite un hommage émouvant au martyr kabyle, Améziane Mehenni, fils de Ferhat : çà, c’est inédit et Oulahlou n’a pas mâché ses mots : « Il fait gris, il va pleuvoir sur Paris, C’est ma chanson : Améziane gît sur le trottoir, le trottoir est plein de sang. Un coup de laboratoire parfaitement exécuté dans le dos de montagnard, ce poète de liberté… Chut… Silence, on tue en silence ». Et de conclure : « Aux Kabyles, il reste la prison, l’exil ou la mitraillette! »

C’est ainsi que se termine cette chanson où la raison d’État est invoquée pour dénoncer l’indifférence de la France…

L’album d’Oulahlou s’achève par un conte berbère mis en musique : c’est l’Histoire de la jeune fille enlevée par l’Ogre et sauvée par ses sept frères.

Avant de saluer Oulahlou pour ce travail, au moment où le marché de l’art est « pollué » par toutes sortes de « charlatans » et de spécialistes de la brosse à reluire les chaussures crasses des assassins au pouvoir, ces larbins médiatisés à outrance, nous dirons que l’album d’Oulahlou (C’est le 10e) n’a pas eu besoin de « publicité » pour avoir un énorme succès. En attendant… Silence… On censure!

Chahrazed HADJAM et Kamel SOUAMI