L’Algérie de tous les maux…

12

Contribution (Tamurt) – La ghettoïsation des quartiers, des villages et des cités condamne les plus pauvres à l’exclusion. Vanné par le rejet sempiternel de l’administration algérienne, le jeune kabyle passe ses journées à se tourner les pouces en espérant de jours meilleurs. Mais, que dalle ! La traîtrise du pouvoir d’Alger ne peut acquiescer l’entrebâillement d’une liberté à peine visible.  Dans la fraîcheur matinale, le dos scotché au mur, devenu un salon de détente à ciel ouvert, le jeune oisif garde un œil de sentinelle. L’air débonnaire, il scrute les passants en longueur de journée. De préférence, la gent féminine.

Le vide sentimental lesté par les carences affectives noie les blancs-becs oisifs dans des rêvasseries à foison. La violation des femmes se fait en primo par les yeux, imaginant leurs corps veloutés, leurs poitrines galbées… des films hollywoodiens et bollywoodiens sont tournés dans la boite crânienne des nouveaux réalisateurs. Virtuels.

L’alcool et les psychotropes ont bouffi leurs visages estampant des cernes emplis de chagrins, de mélancolie et de tædium vitæ. Ce n’est ni par plaisir, ni par amour qu’ils engloutissent leur chagrin dans l’alcool, mais par la force de déception et d’abattement moral. Devant le fait accompli, le prétendant à la vie d’adulte ne trouve d’autres moyens que de braver la mort. Inconsciemment et insouciamment. La mort est devenue une ortie familière.

Les tentatives d’en sortir de ce cercle vicieux tournent souvent en eau de boudin. L’agressivité brutale dans le comportement et dans les paroles ne peut aussi justifier cet excès de zèle d’une population en perte totale de repères. Une crise émotionnelle et intellectuelle brouillant toutes les cartes. Les stupéfiants et l’alcool sont devenus une douce compagnie qu’apprivoisent des milliers de chômeurs, croyant trouver leur bonheur perdu. Pour un oui ou pour un non, ils déversent leur raz de marée de violence sur tout ce qu’ils trouvent en travers de leur chemin.

Le chômage endémique n’a fait qu’empirer la vulnérabilité d’une économie poussive qui bringuebale et avance à la vitesse de l’escargot. Sans emploi, les postulants au travail ne voient pas la couleur de l’argent. Ils battent de l’aile pour trouver du travail, souvent précaire, qui n’arrange guère leur situation, déjà catastrophique. Les sans-emplois se heurtent à la sacro-sainte « expérience », ce qui présage souvent d’un avant-goût de ce qui va suivre.

La rue est devenue un théâtre à ciel ouvert, une arène où se mêlent des gens formant un hourvari inextricable et faisant un barnum de tous les diables. N’ayant rien d’autre à faire, les personnes oisives s’étirent de tout leur long en se levant tard dans la journée, car n’ayant d’autres à faire que de roupiller à volonté. Entre farniente et fainéantise, un voile de douleur rêche embue leurs yeux, adoptant ainsi un tempérament impulsif et malavisé.

Tant que le pouvoir persiste dans la marginalisation et le mépris de ce qu’il considère comme la tourbe des bas-fonds, la récolte ne peut être qu’un champ d’épines. Le matraquage des classes sociales se poursuit en silence devant un mutisme des plus ahurissants de nos prétendus intellectuels.

La non-violence doit être la force du faible, et aucunement la perversion brutale de la pensée et le débridement moral ne doivent prendre le dessus sur le pacifisme. La récupération politique de tout mouvement à l’état embryonnaire bat à tout rompre. C’est à cette fin qu’il faut faire la distinction entre activisme et militantisme pacifiste. Le MAK se pose comme la meilleure alternative pour une Kabylie qui ne cesse de se rétrécir comme une peau de chagrin. La loi du lévirat a fait que la veuve Algérie s’est mariée de force à un alité en agonie. Boutef est agrafé à une chaise roulante téléguidée au gré d’une mafia qui ne dit pas son nom. Les « psychos-politique » prédisent un sombre avenir, à l’Algérie, aux couleurs des ténèbres.

Bachir Djaider