L’Algérie sans président et sans gouvernement

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Gouvernement algerien
Gouvernement algerien

ALGERIE (TAMURT) – Vingt ans après que Abdelaziz Bouteflika ait pris les rênes du pays, l’Algérie se retrouve dans une situation d’impasse totale. En plus de la révolte populaire contre Abdelaziz Bouteflika qui bat son plein depuis le 22 février dernier, le pays est actuellement sans gouvernement depuis quatre jours. L’Algérie est également sans président puisque celui qui est présenté comme tel n’est ni visible ni audible.

Mais c’est à partir du 28 avril prochain que la situation empirera encore davantage puisque le mandat officiel de Abdelaziz Bouteflika expirera. Après cette date, Bouteflika, qui ne quittera pas la présidence puisqu’il a décidé de prolonger son mandat en défiant la Constitution, sera un président illégitime, non élu et illégal. L’Algérie entrera dans une phase anticonstitutionnelle puisque le prolongement du mandat présidentiel n’est aucunement prévu par la Constitution algérienne pourtant remaniée plusieurs fois par le même Bouteflika dans le but d’en faire un texte de loi sur mesure. Mais, sans doute, le fait que le peuple pouvait se soulever comme un seul contre ce président inamovible a sans doute échappé aux concepteurs de cette Constitution « personnelle » qui avait permis, en 2009 à Bouteflika, d’accéder à un troisième mandat alors que la Constitution algérienne de l’époque limitait la longévité d’un président à deux mandats. Bouteflika, pour demeurer sur le trône, n’a pas hésité à lifter la Constitution à sa guise, avec la complicité de plusieurs partis et personnalités politiques qui n’avaient pas dénoncé ce dépassement grave y compris ceux qui l’appellent, depuis le 22 février 2019 à renoncer au pouvoir.

Après vingt ans de manigances tous azimuts, Bouteflika a conduit le pays vers l’impasse. Sa soif du pouvoir lui a fermé les yeux sur une réalité plutôt biologique et naturelle : son âge avancé et sa maladie grave et handicapante. Si vraiment Bouteflika voulait servir son pays, et non pas sa propre carrière, comment alors, en vingt ans de règne, n’a-t-il pas « préparé » un successeur qui ferait l’unanimité dans les rangs des clans qui gravitent autour de lui ? Bien au contraire, durant ces deux décennies, Bouteflika a passé son temps à promouvoir l’incompétence et la médiocrité à tous les niveaux en battant tous les records en la matière.

L’exemple de la désignation de El Hadi Ould Ali, qui n’a aucun diplôme et qui n’a jamais travaillé, comme ministre de la Jeunesse et des Sports, en est l’illustration la plus édifiante. Le fait aussi qu’aucune personnalité d’envergure nationale n’ait pu émerger pour postuler aux élections présidentielles qui devait se dérouler le 8 avril prochain est une conséquente directe de la politique de « la terre brûlée » pratiquée par Bouteflika et son cabinet noir dirigé par son frère Said. A entendre les larbins de Bouteflika parler de « bilan positif et de grands exploits » de ce dernier après vingt ans à la tête de l’Etat, on se demande s’il parlent bien de l’Algérie ou d’un tout autre pays invisible, celui-là, à l’image du président qui n’a pas prononcé de discours devant le peuple depuis six ans.

Tarik Haddouche