L’Algerie un « pays pathétique » où « deux cents têtes » font la pluie et le beau temps

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Paris a accueilli la XIXe Conférence des ambassadeurs (181 chefs de mission) – « un événement majeur de la diplomatie française », précise le Quai d’Orsay, en marge de laquelle des diplomates vont à la rencontre des journalistes sous le sceau du “off absolu” (impossibilité de citer la source).
Le grand intérêt de ces rendez-vous aura été d’entendre le satisfecit de nos ambassadeurs au Maghreb, sur le ton modeste et martial adopté par le chef de l’État. Leur “nous” très collectif permet de valoriser le succès de la conférence de Paris sur la Libye (soixante-trois participants, 15 milliards de dollars d’avoirs libyens bientôt dégelés) et de gommer les doutes exprimés sur l’option militaire par Alain Juppé au début de la crise. Oubliée sa recherche du dialogue avec le clan Kadhafi pour son éviction “en douceur”. Le ton est donné : « Le succès est là et il faut aller de l’avant » ; « Assez de retours en arrière » ; « Positionnons-nous avec la jeunesse et les forces de renouveau. »

Nos diplomates ne doutent pas de la suite. À croire que le souffle de la liberté au Maghreb les a hissés sur un nuage. En Tunisie comme en Égypte, « le pays tourne, l’administration et les institutions fonctionnent ». Le pronostic est rassurant avant les élections du 23 octobre. Le bloc islamiste tunisien semble incapable de rassembler plus de 25 % de l’électorat, face au centre droit (libéral, estimé à 35 %) et aux socialistes (20 %). Comme en Égypte, les partis prônent une transition démocratique : « Les islamistes sont un mouvement divisé et composite. Ils n’ont pas de modèle politique. Ils ne veulent pas le pouvoir. » Ils le proclament : « Notre seule charia c’est la démocratie et la liberté. » Certes, mais ils l’avaient dit aussi ailleurs…
On se réjouit : « Ce pays de dix millions d’habitants vivait sous cloche. Il se banalise. C’est un laboratoire. » L’aveuglement initial de la France est oublié. « Nous vivons sous un ciel sans nuages. »

Malgré des débuts un peu chahutés, notre nouvel ambassadeur à Tunis, le sémillant Boris Boillon, a remonté la pente. Sa jeunesse est une arme : il est en prise directe avec les “blogueurs” et les “twitteurs” qui ont accompagné cette révolution.

Les 1 270 entreprises françaises présentes en Tunisie devraient en profiter. La Tunisie bénéficie déjà de 1,5 milliard d’euros d’investissements directs français. Un plan de 350 millions d’euros aidera à la transition. La France sera généreuse : 90 000 visas ont été attribués et deux charters de retours volontaires sont arrivés à Djerba. Le retour se fait dans de bonnes conditions : « On leur finance leur microentreprise. »

Au palmarès des pays secoués, le Maroc a pris de l’avance, engagé dans une ambitieuse politique de réformes. La contestation sociale née le 20 février est même un atout : « Le souverain a trouvé avec ce mouvement l’outil qui lui a permis de balayer des obstacles qui le gênaient pour appliquer les réformes promises depuis des années. »

Un léger doute cependant : « La vitesse du changement n’est pas garantie. Si cela ne tenait qu’au roi, il irait plus loin et plus vite. » Le palais pousse à la roue, la Constitution proposée est bonne, « mais les partis ne semblent pas prêts à entrer dans le jeu ». Dans cette société rurale à 35 %, on observe encore « des comportements anciens d’allégeance qui continuent à peser ». Premier investisseur direct avec 700 entreprises françaises implantées, premier client et premier fournisseur, la France a des atouts dans « ce Maroc qui veut se brancher sur les métiers mondiaux, base d’assaut sur les marchés africains ».

Pour l’Algérie au contraire, le constat est cruel. Ce « pays pathétique » est le grand perdant. Les mots sont sévères : « Ce bloc monolithique ne comprend rien, il est dépassé. » Dans ce régime où « deux cents têtes » font la pluie et le beau temps, « les autorités continuent à contresens ». Les Algériens sont passifs : « Cela fait de la peine de voir ce peuple tué, qui n’a pas plus de ressort. » Dans le nouveau paysage géopolitique du Maghreb, l’Algérie devient préoccupante : « C’est un mastodonte qui va nous gêner ».

Frédéric Pons