Et l’amour renaît de ses cendres

1
femme divorcée

CONTRIBUTION (Tamurt) – Djamila est une femme divorcée depuis une dizaine d’années environ. Elle doit avoir entre 40 et 45 ans. Depuis son divorce, elle égrène ses jours dans la solitude et la monotonie. Sa fille sortie, elle se retrouve complètement seule à la maison. Elle contemple tristement son visage menacé par les rides, sur le miroir, et des idées noires commencent à assaillir son esprit. Des larmes commencent à perler sur son visage. Elle décide de réagir pour ne pas sombrer dans la déprime.

Elle prit sa boite de maquillage longtemps abandonnée dans l’étagère. En quelques instants, ses lèvres fines se transforment en coquelicots. Ses yeux doux et noirs prennent de l’éclat. Ses beaux cils sont dessinés avec soin. Quelques coups de peigne suffisent pour coiffer ses cheveux longs et soyeux. Elle choisit la plus belle robe dans son armoire, une robe bleu-ciel ornée d’étoiles, de fleurs et de cœurs aux couleurs chatoyantes et assorties. Cette robe mettait en valeur son corps qui n’a pas encore perdu toute sa sensualité. Elle regarda de nouveau dans son miroir. Elle a du mal à reconnaître cette nouvelle femme qui a rajeuni d’au moins une dizaine d’années. Avec son nouveau look, elle se sentait plus légère, plus détendue, moins stressée. Elle décida de sortir prendre de l’air pour oublier radicalement ses chagrins et ses soucis. Depuis son divorce, elle a sombré dans le désespoir et la mélancolie, oubliant de vivre, s’absorbant totalement dans l’éducation de son unique fille. En cours de route, elle contemplait le charme incroyable de Bejaia, une ville ou la mer et la montagne s’unissent harmonieusement pour offrir aux touristes un décor de rêve et inspirer les poètes et les amoureux. C’était le début de l’été, les touristes commençaient à affluer en masse vers la ville de Yemma Guraya.

Fatiguée, Djamila décide de boire une boisson fraîche dans le salon de thé « Asirem », pour se reposer et se désaltérer. Elle choisit un coin ou elle pouvait admirer la mer et commanda un jus d’orange. En attendant d’être servie, elle médita sur les conditions de vie difficiles d’une femme divorcée avec un enfant  à charge. Elle se rappela les moments de joie éphémères vécus avec son ex-mari durant la première année de leur mariage. Ensuite, comme le Titanic, le bateau de leur union a chaviré pour des raisons futiles et subjectives. Perdue dans ses pensées, Djamila n’a pas vu un jeune homme qui s’approchait de sa table. Comme dans un rêve, elle entendait une voix qui lui disait :

-Mademoiselle, est-ce que je peux m’asseoir à tes cotes ?

Sortie de son rêve, elle voit devant elle un beau jeune homme qui lui souriait et la dévorait des yeux, en la priant d’une voix douce et polie de l’autoriser à s’asseoir à ses côtés. Djamila garda le silence. Le jeune homme, las d’attendre une réponse qui ne vient pas, prit une chaise et s’assit à côté d’elle. Djamila sentit son sang affluer vers ses tempes, son cœur battre plus fort et tous ses sens endormis depuis des années, se mettre en éveil. Surprise comme une adolescente sans expérience, elle ne sut comment réagir. Encouragé par son silence, le jeune homme lui dit :

-Mon nom est Saïd. Je te connais même si toi, tu ne me connais pas. Je n’habite pas loin de ton quartier. Chaque jour, j’attends ton passage vers l’école primaire ou tu enseignes pour admirer ta beauté. J’ai d’ailleurs composé un poème spécialement pour toi, Djamila. Permets-moi de te le réciter. Sans attendre sa réponse, il entama la lecture :

« Je voudrais te dire tant de choses qui me tiennent à cœur ma rose. Te dire comme c’est triste d’aimer. Sans pouvoir l’exprimer, j’aimerais te raconter l’amour et la beauté. Ce monde tellement radieux que j’ai rêvé dans tes yeux ». Perdue dans ses rêves, dans un monde romantique, Djamila n’a pas vu le temps passer. Elle regarde sa montre.16h30. Elle doit partir. Sa fille va bientôt rentrer. Devinant ses intentions, Saïd la supplie d’une voix mielleuse et insistante : Quand et ou pourrais-je te revoir ?

Tout en marchant, elle répond machinalement : Demain, même heure, même lieu. En cours de route, elle ne pût s’empêcher de penser à ce jeune homme qui a enflammé ses désirs. Elle sentit sa féminité endormie renaitre de ses cendres. Arrivée à la maison, elle regarda le miroir qui lui renvoya une image rayonnante. Elle pensa dans son for intérieur : -Est-il vrai que je suis toujours belle, que je peux plaire aux autres et susciter des désirs ? Elle sourit à cette éventualité. Elle contempla une dernière fois son corps avant d’aller dormir. Cette nuit, elle a fait de beaux rêves. Elle se voyait princesse au royaume de l’amour, entourée par des anges qui veillaient sur elle.

Le lendemain, elle prépara avec minutie son rendez-vous avec Saïd. Avant de sortir, elle s’assura pour la énième fois que tout était parfait : sa coiffure, son maquillage, ses habits…Elle mit un parfum qu’elle acheta spécialement pour l’occasion. Elle arriva juste à l’heure prévue. Saïd l’attendait déjà avec un bouquet de roses à la main. Ils restèrent quelques instants  dans un coin du salon de thé. Saïd lui prit la main et noua ses doigts sur les siens avec délicatesse. Ce geste enflamma ses sens et son cœur se met à battre la chamade. Les yeux dans les yeux, elle écoutait Saïd lui dire combien elle est belle avec des mots doux et romantiques qu’il a inventés pour la circonstance. Quelques instants après, il l’invite à faire une promenade dans la plage de Boulimat, loin des regards de ceux qui les connaissaient. Voguant dans un nuage bleu, Djamila accepte l’aventure. Apres la promenade, sentant son amie grisée par son amour, Saïd lui demande s’ils pouvaient se rencontrer dans un lieu intime, loin des envieux et des bruits de la ville. Djamila ne pouvait rien refuser à son amoureux. Elle lui fixe rendez-vous dans sa maison pour le lendemain à 14 heures. Ils seront seuls. Sa fille est partie en vacances chez son père. Je laisse le soin aux lecteurs d’imaginer la suite de l’histoire.

Hammar Boussad