L’anonyme a toujours raison

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Durant tout le temps que l’OTAN bombardait la Libye, des voix anonymes inondaient la scène médiatique algérienne pour tenter d’expliquer la position du régime. Sourcés des Affaires étrangères, de l’armée ou de la Présidence, ces anonymes ont été nombreux à venir pallier la parole officielle, absente ou passablement incohérente. On connaissait l’économie parallèle, les pouvoirs et la justice parallèle, il faut maintenant admettre une diplomatie parallèle et souterraine qui relègue comme le ministère du Commerce ou celui de la Justice les institutions officielles à des corps vidés par éviscération. La diplomatie n’est évidemment pas un art de la vérité, mais on peut s’indigner du manque d’honnêteté récurrent du régime algérien, truquant les élections, les chiffres du chômage ou l’argumentaire.

Si ce n’était aussi triste, on pourrait rire de l’Algérie officielle qui invoque l’humanitaire pour abriter le tortionnaire Hannibal El Gueddafi après avoir oublié les humains bombardés au Scud par le «guide» libyen. Et sourire en lisant que «l’Algérie ne reconnaîtra le CNT que lorsque celui-ci mettra en place un gouvernement représentatif de toutes les tendances du pays», ce qui impliquerait que l’Algérie ne pourrait se reconnaître elle-même. Question : au-delà de la crédibilité de ces sources anonymes, info ou intox, qui dirige la diplomatie, le Président célibataire ou le couple légitime DRS-armée ? Dans tous les cas, l’Algérie, le plus grand pays d’Afrique, a aujourd’hui deux frontières fermées, avec le Maroc et la Libye, à laquelle il faut ajouter celle avec la Mauritanie puisque il n’y a pas de poste-frontière terrestre officiel. Il faudrait aussi inclure les frontières avec le Mali et le Niger, impraticables, la frontière tunisienne, encore hésitante, et la frontière maritime avec l’Europe du Sud, sous la surveillance permanente des gardes-côtes algériens qui traquent les harraga, ceux-ci ayant repris leur activité.

En 10 ans, l’Algérie s’est retrouvée isolée sur le plan diplomatique et géographique, faisant du pays une grande prison tenue par un geôlier dépassé et grincheux, qui préfère condamner un attentat en Norvège plutôt que dans son pays. C’est cohérent, dirait une source anonyme, l’Algérie ressemble aujourd’hui à son Président. Célibataire, têtue, seule, orpheline. Et anonyme.

Chawki Amari

El WATAN

03.09.2011