Larbi Belkhir est mort – Au suivant, prient les Algériens !

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La presse algérienne n’a pas manqué d’imagination pour désigner le général Larbi Belkheir : « le décideur », « l’homme de l’ombre », « le parrain des généraux », « le cardinal de Frenda », « l’homme du sérail », « le baron de la maffia politico-financière », « le chef du Cabinet noir », « l’homme fort du régime… » Tous ces sobriquets reflètent l’incroyable puissance de ce personnage. Cependant, le qualificatif qui lui sied le plus lui a été attribué par des transfuges de l’armée algérienne qui l’ont surnommé, à juste titre « le cancer de l’Algérie ».

Larbi Belkhir ne fut pas un simple cancer dans notre pays. Ce fut une tumeur maligne et ravageuse. Elle a rongé l’organisme institutionnel, le corps social et le tissu économique de l’Algérie.

La tumeur de l’Algérie s’est déclarée en 1958 quand ce fils de Bachaga originaire de Tiaret avait rejoint l’armée française en pleine Guerre de libération. Depuis, le sous-officier Belkheir combat l’ALN sous le drapeau français. Les « exploits » du sergent Belkheir dans la chasse aux « fellagas » lui valurent une promotion au grade de sous-lieutenant. Contrairement à ce qu’annonce sa biographie officielle, Belkheir n’a jamais déserté l’armée française en 1961. Selon divers témoignages, c’est l’administration coloniale qui le dépêcha en Tunisie pour espionner le GPRA. D’ailleurs, en dehors des archives françaises, on ne retrouve aucune trace de son « passé héroïque ». Après l’Indépendance, il occupa plusieurs postes sensibles dans la hiérarchie civile et militaire.

Mais comment est-il arrivé à s’incruster au cœur du régime algérien ? Belkheir, selon le témoignage de ceux qui l’ont côtoyé, ne parlait pas trop, mais il agissait vite et tranchait dans le vif, au propre et au figuré. Il savait faire profil bas quand il n’était pas en position de force et pouvait faire des concessions et accepter les seconds rôles. La patience était sa devise. Mais dès lors qu’il sentait le vent tourner en sa faveur, il en profitait pour rebondir. À force de jouer l’équilibriste, Belkheir se construsit l’image d’un homme incontournable.

En 1979, il fut l’un des hommes qui avaient désigné Chadli Bendjedid comme successeur de l’ancien président Houari Boumediene. Dans les déclarations officielles, on le présente souvent comme chef de cabinet ou secrétaire général à la présidence. Or, son véritable rôle était de tenir les équilibres très fragiles entre la présidence, l’armée et les services secrets. Ce rôle, il l’assuma avec brio. Dans les cercles de décisions, Belkheir avait toujours son mot à dire. C’est lui qui décidait, dans l’ombre, des nominations, des privilèges, des limogeages et même des liquidations physiques. Certains l’accusent d’avoir commandité plusieurs assassinats politiques en Algérie dont celui de l’opposant Ali Mecili, tué à Paris en avril 1987 et celui du président Mohamed Boudiaf, assassiné en juin 1992.

En affaires, Larbi Belkheir était l’un des hommes les plus corrompus d’Algérie. Il aimait l’argent et le luxe. Certaines sources sont allées jusqu’à dire qu’il percevait un pourcentage de la Sonatrach. Ses filles héritent de plusieurs villas, d’une centaine d’appartements en Algérie et à l’étranger, de plusieurs minoteries, des actions dans de nombreuses multinationales et surtout d’une dizaine de comptes bancaires en Suisse, en France et en Espagne. Un chroniqueur algérien a écrit récemment : « Belkheir plonge sur tout ce qui a une apparence plus au moins ronde, que ce soit un douro, un baril de pétrole ou un grain de blé… »

Finalement, qu’a-t-il emporté avec lui ? Rien. Cela devrait donner à réfléchir à ses acolytes, ses sbires et ses larbins.

Sachez, messieurs, qu’aucun Algérien ne pleurera votre mort. Au contraire, nous serons heureux de voir l’Algérie et l’humanité entière se débarrasser de votre fange.

À qui le tour maintenant ? S’il te plaît Toufik, peux-tu être le prochain à expirer ?

Allez, au suivant !

Arezki Ben