Larebâa n At Iraten : L’Algérie coloniale réprime la célébration de la journée de la Nation Kabyle

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KABYLIE (Tamurt) – Le pouvoir colonial d’Alger, toujours conseillé par les boutes-feux et les va-t-on en guerre, a, encore une fois, franchi le Rubicon. En effet, lorsque la grande famille militante et patriotique du Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie (MAK), dont la devise est le pacifisme, s’apprêtait à commémorer la journée de la nation kabyle laquelle se rapporte à la date du 14 juin, voilà que le pouvoir colonial d’Alger a décidé de procéder à la contrariété de la volonté populaire.

Ces faits regrettables que nous relatons à l’intention de nos lecteurs, que l’histoire, connue pour son implacabilité, se sont déroulés à Larbaâ-Nath-Irathen, région, devons-nous rappeler, qui a enregistré huit martyrs lors des événements sanglants du printemps noir de 2001.

Il était exactement 22 heures hier, moment choisi depuis longtemps par les vaillants organisateurs du MAK, pour donner le coup d’envoi des actions commémoratives de la journée de la Nation kabyle lesquelles se résumaient à la tenue d’un meeting populaire, le feu d’artifice, l’allumage de bougies et le lever des couleurs nationales kabyles, quand les nombreux citoyens, venus honorer ce rendez-vous, ont constaté la mort dans l’âme que le lieu choisi à cet effet a été occupé par des individus, aux aspirations incertaines, pour soit disant participer à un gala. Ce « gala », comme la suite des événements le prouvera par la suite, n’a été en fait qu’un prétexte pour empêcher le déroulement du rendez-vous de la grande famille militante et patriotique du MAK. Celle-ci, par le biais de ses responsables et organisateurs, a décidé, dans le but évident d’éviter à tout prix de subir les effets d’une provocation programmée, de changer de place pour assurer l’exécution des actes commémoratifs. Quand on jouit de l’adhésion inconditionnelle des populations, un changement de lieu, même opérée à la dernière minute et à titre improviste, rien n’est difficile. En effet, en quelques minutes, voilà que la grande famille militante et patriotique du MAK est à nouveau rassemblée dans ce nouveau lieu. L’atmosphère était baignée dans un fonds de musique et chants de feu Lounès Matoub. Ayant constaté que son « gala » de contrariété n’a pas empêché le grand rassemblement du MAK, le pouvoir criminel d’Alger a décidé de passer à ce qu’il croyait être la solution de rechange et, par conséquent, payante. Cette fois-ci effectivement, ce sont des centaines de policiers qui sont « lâchés » sur les manifestants du MAK avec ordre d’utiliser la violence. Certains policiers étaient en tenue et d’autres en civil. Cependant, tous ont usé de leurs armes pour agresser physiquement les manifestants du MAK.  Relever au passage que le chef de daïra de Larbaâ-Nath-Irathen était au commissariat de cette ville avant cet assaut criminel donné par les flics. Il reste à déterminer cependant le rôle que ce petit commis de l’Etat a joué dans cette triste affaire. Il reste que l’offensive criminelle des policiers enragés a été traduite par l’interpellation musclée de pas moins de cinq militants du MAK. Il s’agit des nommés Derdour Akli, Yuva Djouaher, Muhend Sadi, Mouloud Sekli et Khellaf  Aït-Chebib et qui n’est autre que le cousin du Président du MAK, Bouaziz Aït-Chebib.

A noter que l’utilisation par les policiers de leurs armes de services –pistolets automatiques  – a été traduite par la dégaine et la prise en joue des manifestants tout en manœuvrant (enlèvement du cran de sûreté).

Les 5 manifestants ont été emmenés au commissariat menottes aux poignets. Est-ce seulement cela qu’ont subi ces militants de la cause kabyle ? Non ! On est même loin de cela. En effet, une fois dans les tristes locaux du commissariat, les policiers, certainement entraînés à la torture, ont sauvagement tabassés les six militants du MAK dont le « tort » est de militer pour l’émancipation de leur peuple. Lors du passage à tabac, digne de ceux de la GESTAPO d’Adolph Hiltler lors de la Seconde guerre mondiale, les policiers tortionnaires n’ont même pas fait débarrasser leurs victimes de leurs menottes. Le nommé Khellaf Aït-Chebib a été identifié comme le cousin du Président du MAK lors de la procédure de remplissage des fiches de renseignement , un policier zélé a intervenu avec une violence inouïe et il s’est rué sur lui à coup de poings et de pieds. Un des terribles coups du policier enragé a été si violent qu’il a déboité l’épaule de la victime. Celle-ci qui était maintenue immobile sur la table et les poignets « emprisonnés », devons-nous rappeler, par les menottes, était tombée par terre tellement le coup reçu était violent.

Pendant ces séances de torture au commissariat, la population de Larevâa n At Iraten s’est mobilisée aux côtés des manifestants du MAK pour exiger la libération de leurs camarades. Devant la pression des manifestants, les responsables du commissariat ont finalement décidé de les relâcher. Toutefois, c’est dans un état lamentable que les cinq victimes se sont retrouvées dehors. Un examen médical s’avéra urgent. Les voilà donc à l’hôpital de la ville de Larevâa n At Iraten. Les médecins de cet établissement hospitalier, sans doute terrorisés à l’idée de s’acquitter loyalement de leur mission médicale, après un semblant examen médical, ont également fait délivrer aux cinq victimes des certificats médicaux ne reflétant aucunement le véritable degré des traumatismes subis par leurs corps à la suite des tortures policières.  Cette vérité sera connue plus tard quand le jeune Khellaf Aït-Chebib sera examiné par un traumatologue exerçant dans son cabinet privé. Voici les faits ayant mis à nu non seulement la famille médicale de l’hôpital de Larevâa n At Iraten, mais aussi celle du CHU Nedir Mohamed de Tizi-Ouzou. Les médecins de l’hôpital de Larevâa n At Iraten ont invoqué au jeune Khellaf  Aït-Chebib leur incompétence médicale à le soigner du déboitement de l’os de son épaule d’où la délivrance d’un certificat de son admission au CHU Nedir Mohamed, service de traumatologie, plus compétent pour lui y prodiguer des soins appropriés. Une fois arrivé à ce CHU, les responsables concernés ont refusé de le prendre en charge en prétextant que les soins dont il avait besoin relevaient de la compétence de leurs confrères de l’hôpital de Larevâa n At Iraten. Ayant compris ce jeu malsain – lequel est condamnable par la déontologie médicale – et surtout souffrant le martyre de son épaule déboitée, voilà le jeune Khellaf Aït-Chebib qui se dirige vers un traumatologue privé. Celui-ci lui assurera les soins nécessaires. Et au même temps, il lui révélera que l’insignifiance du certificat médical qui lui a été délivré par les médecins de l’hôpital de Larevâa n At Iraten . « C’est un certificat médical bidon qu’ils t’ont délivré ! », dira ce traumatologue privé au jeune Khellaf Aït-Chebib, victime, rappelons-le, de l’agressivité au 3ème degré d’un policier dans les locaux du commissariat de Larevâa n At Iraten . Voilà les faits « têtus » qui se sont déroulé à Larbaâ-Nath-Irathen à l’occasion de la 14ème commémoration de la Journée nationale kabyle.

A noter enfin qu’en dépit de ces heurts et la violation flagrante des Droits humains par les policiers de Larevâa n At Iraten, la vaillante famille du MAK poursuivit sa manifestation commémorative. Dans la douleur bien sûr mais avec beaucoup de conviction et surtout d’espoir.

Notons enfin qu’à l’occasion de ce rendez-vous du MAK, la ville de Larevâa n At Iraten et ses alentours dont les axes routiers y donnant accès ont été assiégés par des policiers. C’est d’ailleurs dans l’un de ces barrages implanté à l’intérieur de la ville  que  quatre militants du MAK, originaires du village At-Issaâd, ont été interpellés et conduits manu militari u commissariat pour  subir des tortures morales. Quant aux drapeaux kabyles que les malheureux avaient sur eux, les policiers, toute honte bue, les ont déchirés sans le moindre état d’âme. La manière avec laquelle ils ont opéré prouve que les flics et ceux qui les ont chargés de cette besogne nourrissent une haine sans borne à l’endroit de tout ce qui symbolise le kabyle. Affaire à suivre.

Tissegouine

Said Tissegouine