Le 19 mai 1956/1981, Pour que personne n’oublie !

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KABYLIE (Tamurt) – Le 19 mai est décrété « journée nationale de l’Etudiant » en Algérie, fêtée par les communautés lycéennes et universitaires. En référence d’abord au 19 mai 1956, une date historique pendant laquelle, les étudiants algériens avaient décidé de déserter les lycées, pour rejoindre les rangs de l’ALN ( armé de libération nationale). Libérer leur pays, du joug colonial, était une priorité. Mais cette date évoque surtout “l’année 1981”. Une année après les évènements d’Avril 1980 qui ont éclaté en Kabylie, Bougie (Béjaïa) avait rendez-vous avec un autre printemps : Une marche y est initiée par des établissements publics et administratifs (lycées, unités économiques et de services). Les manifestants scandent des mots d’ordre tels que:
– Non au détournement du projet universitaire de Bougie.
– Reconnaissance des langues populaires (arabe algérien et tamazight).
– Résolution des problèmes de la jeunesse du département.
– Pour les libertés démocratiques.

Les forces de l’ordre interviennent et la répression engendre l’affrontement. Des actes de vandalisme sont enregistrés et un couvre-feu a, semble-t-il, été instauré à Bougie à partir de 18h 30.

Des arrestations massives touchent les membres des collectifs et comités culturels de la région. Trente et un militants sont arrêtés. Les chefs d’inculpation sont :
– Rassemblement, incitation au rassemblement, participation et distribution de tracts à but de propagande.

Dans une lettre ouverte au président Chadli Bendjedid, envoyée probablement au courant du mois de novembre 1981 de la prison civile de Bougie, ces inculpés dénoncent les sévices corporels (coups de pieds, coups de poing, violences au niveau de l’appareil génital) et autres tortures, morales (attente, intimidation avec armes, menaces…). Ils dénoncent également le non-respect du délai de garde à vue (allant jusqu’à 120h).

Dans cette lettre, les détenus signalent au Président de la République qu’ils ont été contraints de reconnaître des faits qu’ils n’ont jamais commis et de signer obligatoirement les procès verbaux, la liste des inculpée grande.

Les membres des collectifs d’étudiants, militants du MCB (Mouvement culturel berbère), sont arrêtés par la police à Alger, suite à l’incident du 19 mai 1981. Lors de l’interrogatoire dans les locaux de la police, les inculpés sont interrogés sur leurs opinions, leur position vis-à-vis de la question berbère, leurs activités au sein du collectif démocratique à l’université et l’incident du 19 mai.

Aujourd’hui un groupe d’étudiants à Bougie, en marge des activités prévus dans le cadre de la célébration de ce double évènement, lancent un appel pour l’établissement d’une liste de tous les détenus et ce pour le devoir de memoire et pour l’histoire en general.

S. Bouaziz