Le changement dans la continuité : Bouteflika nomme et dégomme ses premiers ministres

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ALGÉRIE (Tamurt) –  Un kabyle remplacé par un Kabyle. C’est la seule décision politique prise depuis les dernières législatives, mettant ainsi fin à une inertie qui aura duré presque 4 mois.
La presse algérienne est longuement revenue ce matin sur cet évènement politique. La photo de Sellal occupe toutes les unes des journaux.

Toutefois, à l’image de ses prédécesseurs qui ont occupé cet important poste sous l’ère de Bouteflika, depuis 1999, Ahmed Benbitour, Ben Flis, Abdelazziz Belkhadem, Ouyahia n’a présenté aucun bilan. Il est parti comme il est venu. Un comportement digne des républiques bananières. Les Algériens ne connaîtront rien de sa gestion catastrophique.

Personne ne saura où sont partis les milliards de pétrole et du gaz exportés. Les scandales financiers qui ont éclaboussé les hautes sphères du gouvernement d’Ahmed Ouyahia, tel que celui du coût de l’autoroute est-ouest, pour ne citer que cet exemple, sont passés à côté.
Les ambitions personnelles sont placées loin devant celles du peuple algérien.
Sellal, âgé de 64 ans, proche collaborateur de Bouteflika, connaît bien les arcanes du pouvoir. De parents originaires de Kabylie, il était dans le sérail depuis fort longtemps. Sa nomination, même si elle n’était pas attendue, n’a surpris personne, lui qui a toujours été directeur de campagne de Bouteflika en 1999, en 2004 et en 2009.

La nomination de Sellal, annoncé via un communiqué laconique qui laisse autant d’interrogations sur la manière dont Ahmed Ouayhia été scellé (a-t-il démissionné ou a-t-il été démis de ses fonctions ?), est un fait qui n’intéresse pas les Algériens, notamment les Kabyles. A Tizi-Ouzou, c’est un non évènement.

« Dans ce pays, il se passe des choses contraire à la logique. En principe, Sellal doit répondre de sa gestion catastrophique du secteur d’eau. Jamais les Algériens n’ont connu une crise d’eau comme celle de cette année. Les décideurs l’ont récompensé », nous dira Samira, étudiante d’Alger.
« Bonnet blanc, blanc bonnet », commente un vieux de la capitale du Djurdjura rencontré ce matin dans un café maure à Tizi ville ». «Ouyahia, Sellal ou autre, il n’y aura aucun changement. C’est la politique d’un état militaro-policier qui va continuer à régner comme mode de gestion. La nomination d’un Kabyle de service veut dire que le pouvoir prépare toujours d’autres mauvaises surprises aux Kabyles. C’est presque une insulte pour notre région », ajouta notre interlocuteur, qui s’est un peu étonné d’apprendre que Sellal est d’origine kabyle.

Cet avis est partagé par nombre de citoyens. Personne ne voit un changement. Des nouveaux bacheliers, rencontrés devant l’université Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou pour s’inscrire, s’interrogent : « qui est-ce Sellal ? Y a un changement d’une personne, pas un changement de politique. La misère collera toujours à peau du peuple», fera remarquer
Said.

Par contre, pour le devenir d’Ahmed Ouyahia, qui a occupé plusieurs fois le poste de premier ministre depuis 1995, sous l’ère de Zeroual, puis avec Bouteflika, son poste de ministre de la justice lors des évènement de la Kabylie, ou plus de 126 jeunes ont été tués par les service de sécurité, reste la tâche noire de sa carrière. Pour services rendus au pouvoir, il n’a jamais caché ses ambitions de postuler au poste de la présidence. Il est même annoncé en 2014 pour remplacer Bouteflika. C’est tout naturellement qu’il se voit dans le costume d’un présidentiable.

Mais l’enfant de Bouadnane sait bien que ce n’est pas le peuple algérien qui va le placer. Il doit impérativement convaincre les décideurs, les vrais, les invisibles. Leur choix est-il déjà fait? Une chose est sûre, les ambitions de Bouteflika de placer son frère à sa place en 2014 sont complètements évaporées après l’avènement du printemps arabe. Il a peur d’un soulèvement populaire.

Quand Sellal se moquait de Saïd Sadi

En 2009, lors d’une visite de travail qu’il avait effectué à Tizi-Ouzou, en sa qualité de premier responsable du secteur de ressources en eau, un tableau sur la distribution d’eau lui a été exposé au barrage d’eau de Taksebt par des responsables locaux du même secteur. A la fin, pour signifier que Dr Sadi est un régionaliste, il avait fait une déclaration du moins surprenante et devant la présence des journalistes. « N’oubliez pas de donner la priorité de la distribution d’eau à la commune d’Ahgribs, et surtout au village de Saïd Sadi. Sinon il va nous créer des problèmes». Entre Saïd Sadi et un Kabyle de service comme Sellal, la différence ne se discute même pas.

Nadia Iflis

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