Le dernier souffle de la laïcité kabyle

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CONTRIBUTION (Tamurt) – Contrairement aux autres berbères, les Kabyles étaient les seuls ou plutôt ceux qui avaient l’organisation la plus égalitaire. Mais ce qui allait étonner les uns et les autres, c’est bien cet amour du peuple kabyle, de son attachement indestructible de sa liberté et de son indépendance.

Nous avons pu observer à travers l’Histoire les dérives des civilisations lorsque la religion devenait le centre des débats. Les croisades en sont la meilleure illustration. Chez nous, on a su très vite séparer l’aspect religieux de l’aspect politique. Ainsi, avant l’invasion arabe et l’introduction de l’islam par ces derniers en terre amazighe, nulle décision ne se prenait en dehors des assemblées de villages.

L’Émir Abdel Kader s’était rendu à l’évidence, lorsqu’il vint réclamer des impôts à un peuple qu’il n’avait jamais daigné respecter. Ce peuple-là ne se battra jamais au nom d’une religion, quelle qu’elle soit. Bien avant lui, la régence turque d’Alger ou les Arabes les ayant précédés avaient dû se résoudre à ce constat. Ce peuple-là ne laissera jamais une croyance orienter son quotidien.

Des siècles d’arabisation et d’islamisation, entrepris par les Arabes, suivis par les Turcs et les Français, est maintenant en phase d’achèvement par l’Algérie ont complètement changé le visage d’une société qui, jadis, ne jurait qu’au nom de toutes les croyances. Empêchant ainsi toute forme d’intolérance.

Aujourd’hui, une seule donnée suffit à ébranler toute cette organisation, qui avait impressionné bon nombre de visiteurs dans les temps anciens. Le pourcentage de mosquées en Kabylie dépasse d’une façon vertigineuse celui des écoles ou autres organismes socio-médicaux ! L’État algérien tient un point d’honneur à élever une mosquée par village quand, au même moment, les étudiants kabyles sont forcés d’aller ailleurs (Sétif, Oran, Alger, Jijel, etc.), par manque d’infrastructures dans les villes kabyles.

Si on s’y intéresse de plus près, on comprendrait très vite que les seuls investissements en Kabylie se limitent à la construction de mosquées et de prisons. Peut-on s’en étonner si, de nos jours, l’influence grandissante de l’islam met à mal les valeurs pour lesquelles certains ont sacrifié leurs existences à lutter et à préserver un système légué de génération en génération ?

Il est tout à fait compréhensible dans ce cas de figure que des habitants excédés puissent passer aux actes et empêcher la construction de nouvelles mosquées comme cela s’est passé à Aghrib. Ne peut-on pas qualifier de telles manœuvres comme, un manque de confiance de l’État algérien envers sa propre politique ? Car tout le monde pourrait s’accorder à penser que tout se gère, que tout se décide, mais que la conscience reste hors de portée de tout pouvoir, chose que ne semble apparemment pas comprendre la junte militaire algérienne.

Chacun a le droit d’exercer sa religion, du moment que celle-ci ne prévaut pas sur les droits civiques. Chacun a le droit d’avoir foi en Dieu, du moment qu’elle n’empêche pas l’autrui d’avoir une foi différente. Nos valeurs nous interdisent de favoriser une confession au détriment d’une autre, nous interdisent de porter atteinte à la vie privée.

J’ose espérer qu’en 2011, un vendredi, une jeune fille, sans voile, sans escorte et sans peur, pourra passer près d’une mosquée sans craindre pour sa sécurité.