Le drapeau amazigh indésirable dans les manifestations ?

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Dr Malika Baraka
Dr Malika Baraka

CONTRIBUTION DE MALIKA BARAK (TAMURT) – Mais qui a donc décidé d’appeler à éviter le port du drapeau amazigh lors des actuelles manifestations populaires ? Qui a passé ce mot d’ordre ?

Mis à part le drapeau géant porté par les manifestants à Kherrata et les quelques drapeaux érigés sur la statue de la place de la République à Paris, très rares sont les emblèmes amazighs brandis par les milliers de manifestants y compris en Kabylie où, étrangement, même les étudiants ont soigneusement évité de montrer le moindre bout du drapeau amazigh !
La raison m’a été donnée par un manifestant rencontré sur la place de la République, cela en langue kabyle et d’une voix irritée, car il était courroucé par la présence des drapeaux amazighs. Ce n’est pas, m’a-t-il expliqué, une marque d’hostilité desa part envers l’amazighité, mais c’est qu’il s’agit de montrer un peuple algérien uni dans ce bras de fer contre les tenants du pouvoir, et donc, ce n’est pas le moment ! Et c’est une erreur !
Voilà donc la réponse et le sentiment sans doute partagé de ceux qui veulent « dégager » le système en reproduisant, en toute bonne foi peut-être, ses codes et son mode de pensée.

Pour mieux comprendre mes propos, je recommande l’excellente réflexion de Mokrane Gacem sur le système algérien, parue sur le site du journal « le Matin d’Algérie » sous le titre : « Qu’est-ce que le système algérien ? Et comment en finir avec lui ? ». Dans ce texte, ce système dont tout le monde parle, mais qu’on a du mal à définir, est décrit comme un système très singulier « qui contient la matrice féconde et inamovible de l’arbitraire et du despotisme. Son ossature est assise sur l’articulation de 3 éléments fondamentaux : 1/ l’idéologie arabo-islamique à laquelle a adhéré Messali Hadj lors du congrès du pacte arabe à Jérusalem en 1931, pacte conclu entre le panarabisme et le panislamisme». Les adhérents à cette idéologie ont eu malheureusement le dessus sur les « Algérianistes » dans le mouvement national ; « 2 / la préservation en 1962 de l’État colonial avec la conservation de sa structure, son fonctionnement et sa mission qui était de servir les intérêts exclusifs du colon et de maintenir le peuple algérien dans la soumission et la servitude ; 3/ la primauté du militaire sur le politique en violation des résolutions du congrès de la Soummam. »

En s’interdisant de manière délibérée le drapeau amazigh, on reproduit, inconsciemment ou pas, tous les identifiants de ce système :
– on continue dans la falsification de l’histoire et dans le déni de la place de l’identité première du pays. Si on veut parler de ce qui unit les Algériens, l’amazighité est le seul référent commun à tous les Algériens qu’ils soient arabophones, amazighophones, francophones, musulmans,chrétiens ou autres. Et c’est cette dimension fondatrice qu’on s’empresse, paradoxalement, de cacher sous le tapis, car le moment serait à l’unité et non à la division?
– on perpétue l’appartenance à la  » Oummaarabiawaislamya  » à l’origine de notre errance identitaire et de l’idée confuse qu’on se fait des contours de l’État et du sens de la citoyenneté. C’est une appartenance idéologique qui est supérieureà toutes les autres y compris l’appartenance à la terre d’Algérie. Pour preuve, beaucoup d’Algériens se sentent plus proches et plus solidaires des communautés en souffrance aux confins lointains du monde arabo musulman que de leurs propres concitoyens coupables de rupture avec celui-ci. Dans le même ordre d’idées, n’a-t-on pas lu dans une tribune d’un ancien haut dignitaire du pays, l’affirmation selon laquelle Novembre 54 a permis la restauration unÉtat algérien qui aurait existé au 16ème siècle ( ?) dans l’idée que la régence turque n’est aucunement considérée comme un fait colonial, mais comme une autorité assimiléealgérienne car légitimée par son appartenance à la « Ouma islamya » ?
– on continue de nier la pluralité de l’Algérie et donc, la réalité de la société algérienne. Quand bien même ce drapeau eut été l’étendard identitaire exclusif des amazighophones, pour quelle raison ne peuvent-ils pas s’exprimer tels qu’ils sont et de la manière qu’ils souhaitent contre le 5e mandat et le système ? L’impact, au contraire, ne serait-il pas plus important si tous les Algériens, quelles que soient leurs langues et leurs spécificités, faisaient œuvre d’adhésion à cette grande bataille ? Si les Algériens ne s’acceptent pas avec leurs différences, on est encore dans lamême configuration et aucune construction démocratique n’est possible ni d’unité, car celle-ci n’est pas l’uniformité, mais l’union des diversités et leur respect. C’est donc bien le moment de monter la pluralitéalgérienne en mouvement pour construire un avenir commun.

Ce mode de pensée a aliéné tous les Algériens y compris ceux qui en sont victimes et qui veulent se rendre invisibles, étant persuadés eux-mêmes que leur effacement est un gage de réussite de tout projet national. Et pourtant, s’agissant des Kabyles, ils ont déjà payé très cher une telle attitude et l’Algérie n’ y a rien gagné. C’est ainsi que le système a remarquablement perduré en jouant sur la peur de la division et en faisant de ceux qui revendiquent le respect de leur droits des éternels ennemis de l’intérieur voulant détruire le pays. C’est également ainsi que ce système a passé le cap dangereux du 14 juin 2001 lors de la marche historique de la Kabylie vers Alger. Il y a près de vingt ans, ce régime aurait pu tomber si les Algériens des autres régions avaient rejoint les manifestants de Kabylie, Mais la Kabylie n’étant pas dans la « Oumma » par son refus de l’identité arabe et sa pratique non rigoriste de l’islam, la manipulation des mentalités a toujours réussi à faire inspirer de la défiance envers elle, et les autres Algériens,hormisquelquesrares voix,sont donc restés au mieux dans l’expectative. De même,posons-nous la question de savoir pourquoi est-ce une évidence qu’il est impossible à un Kabyle de devenir président de la République algérienne et d’incarner la Nation ? Toutes ces questions sont à poser avec franchise et sans tabou si on veut restaurer la confiance entre Algériens et réparer les fractures subies.

Même si les situations ne sont pas comparables, il est intéressant d’observer le mouvement des « Gilets Jaunes » en France. Avec des identités régionales moins marquées que les nôtres, on a vu les Gilets Jaunes manifester avec des drapeaux régionaux, des drapeaux corses, bretons, normands, occitans, savoyards à côté du drapeau français. Ils se reconnaissent et se revendiquent tous comme le peuple français. Leurs spécificités ne sont pas considérées comme des divisions, mais comme des additions pour amplifier l’expression de leurs colères.
L’Algérie nouvelle devra se repenser profondément si elle ne veut pas prendre le risque de perdurer sur la même trajectoire y compris avec de nouvelles générations à la commande.

On est en droit d’espérer, en entendant les mots d’ordre des manifestants et notamment de la jeunesse réclamant une « Algérie libre et démocratique », qu’un vent nouveau s’est levé mais il reste des réflexes lourds, intériorisés, imprimés par le système qu’il faut savoir identifier pour en finir avec lui définitivement.
Selon Mokrane Gacem, « la seule rupture qui vaille avec le système est celle de saper ses fondements si on veut rendre l’indépendance de l’Algérie et de son peuple efficients ». Et cela passe nécessairement par :
-la rupture avec le concept de la « Oumma » pour aller à une vraie cohésion nationale. Une déconstruction mentale est à faire pour porter un regard neuf sur ce que nous sommes et assumer la réalité multiculturelle dela nation algérienne, résultat de notre histoire multimillénairesur cette terre amazighe.
-la refondation moderne et démocratique de l’État qui doit refléter cette pluralité et qui doit veiller au respect des droits individuels et collectifs de tous ses citoyens pour une communauté de destin.

-la réactualisation de la résolution du congrès de la Soummam concernant la primauté du politique sur le militaire et la prise en compte des réalités territoriales.

A côté du drapeau algérien, symbole du sang versé des martyrs de la révolution pour la libération de la terre d’Algérie, le drapeau amazigh est à porter très haut, avec dignité et fierté car il est le symbole de cette rupture avec la trahison post indépendance, de la volonté de retrouver une Algérie authentique, riche de sa pluralité et libérée de toutes les idéologies destructrices.

Malika Baraka

10 COMMENTAIRES

  1. Le drapeau kabyle a été créé par la France en 1971 par Jacques Bénet donc les kabyles ne sont même pas indépendants eux-mêmes

  2. Azul . Salam . Bonjour . Il ne faudrait pas qu’ on ne rejoue les événements de 80 de 88 , de 2001. les Kabyles vont se sacrifier encore une fois et les autres vont tirer les marrons du feu , comme l’ avait si bien prédit Mouloud Féraoun . justement , la dame a manqué de logique , elle aurait du répondre  » puisque voue prétendez que l’ amazighité est intégrée dans la Conscience des Algériens , au contraire vous deviez l’exhiber et la montrer au monde entier , que le peuple algérien se retrouve dans un creuset commun , celle son Identité multi – millénaire  » . moi, je trouve qu’ il y a manipulation selon certaines informations que j’ai glanés par ci par là . d’ailleurs l’armée a procédé à des provocations contre les populations en Kabylie ,selon Madame Hocini sur RT .

  3. L’anti-kabylisme est ce qui unit toute l’Algeristan. En 1963 les criminels de boumediene ne sont pas venus ni d’Israel ni de France mais des autres régions d’Algérie. Les memes vont en chair à canons de l’arabisme « libérer  » l’Egypte plus tard. L’homme est mu par les affinités profondes, C’est dire qu’il ne faut jamais croire à une cohabitation avec ceux qui ne partagent pas l’éthique. C’est l’erreur des kabyles naifs qui font dans les compromis sur la vision et se font prendre par les manifestations extérieurs- les actes- dissociés des PARCOURS. A’ travers les actes sans leur préalables ont est passifs. Inscrire son identité au CERTAIN c’est mettre en prime abord les déterminants sémantiques. Les arabes nous imposent l’arabe puis discutent la graphie de thamazight, pour la simple raison d’avoir accépté l’Etat unique arabe….

  4. Idéologiquement inféodé à l’arabo-islamisme, molgré son appartenance aux enfants de généraux génocidaires, AP porte dans son ADN, l’antikabylisme primaire comme héritage et marque de fabrique des putchistes de 62.

  5. Algerie Patriotique me semble etre le lien sémantique polituque entre les KDS et le régime. Ils feignent d’une part l’ouverture, mais conditionnée à la domestication des kabyles.

  6. Pour qu’ une autonomie soit viable il faut un gouvernement central démocratique, or il se trouve que le régime criminel est d’ ordre féodal. Ce qui est écrit dans les textes ne les conditionne pas. La force est son unique légitimité et le reste est secondaire. Sauf un État Républicain Amazigh sans triptyque hypocrite pourrait garantir l’ équilibre régional. Or on est loin de pouvoir déterminer cette État. Ils dominent par les armes.

  7. APatriotique traduit exactement la vision du régime allogène. Il est le prototype du journal sectaire qui n’accepte aucun débat de fond. C’ de bonne guerre, nous avons nos journaux tels que Tamurt, lematin etc pour exprimer nos opinions.! Mme Baraka est je crois, membre fondatrice du RPK, qui en est revenu à la demande d’une autonomie pour la kabylie dans le cadre d’une « grande Algerie. » Or l’autonomie est une véritable camisole, qu’accepte d’endosser de façon bien volontaire celui qui s’y soumet. Sinon pourquoi les Catalans, autonomes, avec un parlement et un gouvernement votent pour leur indépendance ??

  8. La Dame est trop intelligente pour laisser croire en une synthèse équitable entre deux visions du monde, comme le montrent les divisions vérticales sur le plan des déterminants achetyptiques en Algérie. Adhérer à un flux venu d’ailleurs c’est inhiber sa vision. C’est ce que l’on a toujours suggèré à la Kabylie. Sur Algerie Patriotique la prise de position du PRK a été massacrée, j’ai meme posté une dizaine de postes qui ont été censurés, alors que les positions arabocentriques avaient été publiées. Donc de deux choses l’une, ou ils n’ont pas compris l’enjeu ou bien le role serait celui de nous subordonner au fait accompli d’une Algérie arabe qui se traduira en Tamazight, chose que nous combattons.
    Il serait plus sage de rester en silence plutot que de sommer sa voie au vacarme informe, du reste agité par les diffèrentes castes. Nous devrions toujours avoir comme moteur notre temps politique en fonction d’un agenda décidé par nous. Ne pas se faire conditionner. Un bidon vide fait plus de bruit.

  9. L’ennui avec les autonomistes algérianistes, c’est de faire fi de l’histoire, et de continuer à donner crédit à une démarche d’intégration a un pays qui ne vous reconnaîtra jamais pour ce que vous êtes. La folie disait A Enstein » c’est de continuer à appliquer à un problème, la même solution qui a échoué, et s’attendre à des résultats différents. » Vous êtes exactement dans la même configuration du mouvement des « oulamas » des années trente qui demandaient à la france leur intégration en préservant leur statut personnel soumis au droit musulman. Vous connaissez le socle idéologique de ce régime, qu’il a reproduit, aujourd’hui a l’échelle de tout ce pays et qu’il tente de greffer de force en kabylie, seule région réfractaire, cette idéologie qui ne reconnaît pas la citoyenneté, mais juste une oumma de croyants, qui a institué les bases d’un nouveau servage au 21 ième siècle, avec l’intelligence du colon français en moins, c’est a ce système qui vous demandez ni plus ni moins que de se faire « hara kiri », pour satisfaire a des exigences démocratiques. Dans votre analyse, vous occultez la composante humaine différente entre la kabylie et le reste de l’Algérie, parce que cette composante, en dehors du fait religieux, est basée sur des valeurs distinctes, des valeurs liées au terroir en dehors de toute idéologie importée, même en religion, la kabylie est plus tolérante. Cette différence de valeurs est perçue par le système et le reste des algériens comme une menace à une pseudo unité nationale fantasmée depuis le mouvement national. L’Algerie et la kabylie sont deux entités distinctes, depuis l’antiquité, il n’existe aucune preuve de l’unité totale de ce territoire, sauf peut-être durant le règne de Massinissa, et l’Algerie d’aujourd’hui ne peut exister qu’en faisant disparaître la kabylie. L’aliénation la plus profonde pour un kabyle, est celle qui se fait oublier, qui s’incruste dans son inconscient pour le faire adhérer au mythe de l’algérianité. Après 57 ans de vie commune faite de malheur et de désespoir, il est temps de tourner la page et de reprendre chacun sa liberté.

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