Le FFS dépose plainte contre le RCD

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KABYLIE (Tamurt) – Le Front des Forces Socialistes (FFS) vient officiellement de déposer plainte au tribunal de Tizi-Ouzou pour diffamation contre les élus du Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD). Accusé d’apologie du terrorisme et de soutien à l’idéologie islamiste, le FFS a préféré la justice pour trancher cette question, aussi vieille que la guerre civile algérienne.

La session de l’Assemblée Populaire de la Wilaya ( APW) de Tizi-Ouzou, du 09.03.2010, n’a pas encore livré tous ses secrets. Après le soutien exprimé par les élus du RCD au retour des gendarmes en Kabylie, s’alignant de facto sur la position du parti du pouvoir, le FLN, une autre affaire vient d’éclabousser les deux partis majoritaires dans la région. Les allégations du RCD accusant le FFS de soutien « à l’idéologie intégriste » n’ont pas été du goût du plus vieux parti kabyle.

En effet, le FFS cherche officiellement à déposer plainte en diffamation contre le RCD, parti initiateur de la résistance populaire avec les [[groupes de légitime défense*]] (GLD) et responsable selon certains de dérives sécuritaires. Les signataires des accords de Saint-Egidio [[** accords signés à Rome entre le courant réconciliateur et la mouvance islamiste algérienne]] considèrent diffamatoires les accusations pour apologie des crimes terroristes et soutien à son idéologie. Rappelons que les deux partis kabyles ont toujours eu des positions opposées face au terrorisme islamiste.

La genèse de ce différent remonte au deuxième jour de la dite session de l’APW, lorsqu’un élu du RCD a accusé le FFS de « soutien à une idéologie intégriste » avant d’ajouter que « c’est le FFS qui a ramené le terrorisme en Kabylie ». En guise de preuves, l’élu en question a souligné que « le FFS s’est toujours opposé à la tenue d’une session consacrée exclusivement à la situation sécuritaire en Kabylie ».

De son côté, le parti d’Ait Ahmed a déclaré, par la voix de M. Farid Bouaziz, fédéral de Tizi-Ouzou, qu’il allait ester en justice l’élu RCD auteur d’accusations graves contre un parti qui n’a pas cessé, depuis sa création, de servir le pays. L’information est confirmée par un communiqué des élus FFS à l’APW, estimant « grave d’accuser un parti de connivence avec le terrorisme, dans un hémicycle portant le nom d’un homme tombé sous ses balles un certain 12 octobre 2006 (Rabah Aissat du FFS, ex-président d’APW NDLR) ».

D’autre part, on peut lire dans la déclaration du FFS « vous préférez dénigrer un parti qui met le doigt sur vos faiblesses, votre incompétence, votre ineptie. Vous l’accusez d’avoir ramené le terrorisme dans la région ! Rien que ça ! Vous osez parce que vous étiez à court d’arguments politiques ».
Le fédéral du FFS fera savoir que le parti a déjà sollicité un groupe d’avocats pour lancer la procédure judiciaire.

Cette énième scène de ménage entre les FFS et le RCD, au grand dam de leurs militants kabyles, réconforte les clients du régime et leur assure un champ de manœuvre encore plus large pour opérer leurs salles besognes en Kabylie.

Depuis l’apparition du terrorisme, le FFS prônait un retour à la paix avant d’entamer toutes discussions entre les différents belligérants. Le RCD, quant à lui, optait pour le tout sécuritaire et s’oppose à toutes négociations avec les terroristes islamistes.
Cette différence de stratégie devant un phénomène qui n’arrête pas d’endeuiller la Kabylie a atteint son paroxysme lors de l’assassinat du célèbre chanteur kabyle Matoub Lwenas. Le parti de Hocine Ait Ahmed avait accusé sur le champ le pourvoir d’être derrière cet abominable assassinat. Said Sadi a, d’emblée, désigné le tristement célèbre Hattab d’en être le commanditaire.

Le bon sens aurait voulu que nos deux partis exigent une enquête sérieuse, voire indépendante, permettant de démasquer les assassins, les conditions et les raisons de ce crime. Cela aurait été une belle façon de rendre hommage à celui qui a porté la Kabylie dans son cœur durant toute sa vie.

Hélas, les déclarations à chaud de nos deux partis n’étaient dictées que par leurs lignes politiques réciproques. Ce positionnement a fait dire à plus d’un Kabyle qu’en agissant ainsi on a assassiné Lwenas une deuxième fois.

Amnay Aït Ifilkou & Lyazid Abid