Le lait est inexistant depuis plus d’une semaine dans la wilaya de Tizi-Ouzou

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Au début, les grévistes se sont seulement contentés d’exiger le retour de leur camarade. Par la suite, ils ont ajouté à leur feuille de revendications « une réponse » à leur demande d’une commission d’enquête formulée au printemps dernier. Hélas, jusqu’au jour d’aujourd’hui, la partie de bras de fer entre les grévistes et la direction de l’entreprise se poursuit et le lait, par conséquent, toujours absent sur les étals des commerçants.

Et curieusement, c’est motus de la part des autorités compétentes sur cette situation qui ne peut plus durer. Même les petits « employés » de la région désignés par le Département du Renseignement et de la Sécurité (DRS) pour chauffer les chaises de l’hémicycle Zirout Youcef n’ont pas jugé utile de s’impliquer dans ce dossier. Quant aux Chouyoukhs et autres derviches qui n’arrêtent pas de rabattre les oreilles des citoyens, leurs prêches portent seulement sur époque révolue. D’ailleurs, pour ces hommes portant barbe et djellaba, la production et la consommation de lait ne sont pas les garantes de l’ « Eden » de l’au-delà. C’est également le grand silence de la part de ces dizaines « d’associations de quartier » se prenant pour des partis politiques.

Même le Front des Forces Socialistes (FFS) n’a pas jugé utile d’interrompre sa « sieste » pour une petite histoire de lait. Seule la famille politique du Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD) a jugé bon de dénoncer cet état de fait qui fait tant de mal à l’ensemble de la population de la wilaya de Tizi-Ouzou. Le parti de Mohcène Bellabès (successeur du Dr Saïd Sadi à la tête du RCD) est allé même jusqu’à diagnostiquer le mal de la laiterie de Draâ Ben Khedda. En effet, selon la famille politique du RCD, ces grèves répétitives au niveau des ateliers de production de l’ex-ONALAIT rentrent dans le cadre d’opérations de sabotage visant à déstabiliser la Kabylie. Dans une déclaration rendue publique signée par son Bureau Régional de Tizi-Ouzou et dont nous détenons une copie, le parti de Mocène Bellabès constate qu’ « à la laiterie de DBK, quelques pseudos syndicalistes, reniés par leur tutelle même, prennent en otage, de nouveau, toute une région (les 400 ouvriers de la laiterie, les centaines de transporteurs–distributeurs, les éleveurs et toute la population de Kabylie) sans que cela ne fasse réagir la puissance publique plongée dans cette léthargie « ramadhanienne ». Les rédacteurs de la déclaration estiment également que « la tension créée autour du lait, en cette période précise, pose légitimement des interrogations ». « Nous nous donnons le droit de supposer que cet acharnement récurrent à dévitaliser, par tous les moyens, la Kabylie, poursuit la plume du Bureau Régional RCD de Tizi-Ouzou, vise, en réalité, à soumettre cette région qui refuse d’abdiquer ». « La Kabylie, dynamique, imaginative et créatrice de richesse fait peur », observe le parti de Mohcène Bellabès avant de poursuivre : « Tout est fait pour l’empêcher d’avancer et de continuer à se battre, pouvant ainsi servir d’exemple au reste de l’Algérie ». Les rédacteurs du document signalent que « l’autre énigme est aussi l’attentisme et le silence imposés à la grande majorité des ouvriers pour accepter, sans réagir, que leur outil de travail et conséquemment leur gagne pain, soient vulgairement sabotés ».

La déclaration poursuit implacablement : « Durant toute cette agitation, l’absence de revendications sociales et salariales ressort de manière paradoxale. Les arrières pensées sont ailleurs lorsqu’on sait l’amélioration conséquente des conditions de travail et la valorisation des grilles salariales dans cette usine. Fidèle à ses engagements en faveur des luttes sociales, le RCD qui a eu à intervenir dans le règlement de ce conflit, notamment dans sa dimension humaine et sociale, considère, en toute responsabilité, que les enjeux qui sous-tendent ces troubles sont purement d’ordre politique et aux antipodes des intérêts des travailleurs et de la région ».

Enfin, le Bureau Régional RCD de Tizi-Ouzou dit exprimer « sa disponibilité pour toute initiative qui vise la protection des intérêts des travailleurs et la préservation de tout outil de production et appelle tout un chacun à la solidarité et la vigilance ».

De Tizi-Ouzou, par Saïd Tissegouine