Le MAK à Ath-Mesbah (Ath-Douala) : « Notre combat est juste »

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KABYLIE (Tamurt) – C’est M. Hsen Graïchi, psychologue de formation, qui a ouvert le bal le premier. « Il m’a fallu atteindre l’âge de vingt ans pour entendre parler d’Imache Amar », lance-t-il d’emblée à l’assistance. (Imache Amar, l’un des pères fondateurs du mouvement national algérien, est originaire du grand village Ath-Mesbah). « Et si j’ai mis tant de retard pour apprendre la vérité, continue l’orateur, c’est parce que le pouvoir algérien n’a rien fait pour faire connaître du public ce grand militant ». Pour M. Hsen Graïchi, Messali Hadj qui était « maçon de formation » et partisan de la « ouma royale » n’était rien devant Imache Amar qui, lui était porteur d’un projet de modernité. L’orateur ira jusqu’à affirmer qu’ « aujourd’hui encore l’affrontement se passe entre deux courants : l’arabo-bâathiste et le projet moderne prôné par la Kabylie ». L’intervenant tentera de prouver ensuite que « les malheurs successifs frappant la Kabylie » sont liés intimement à l’hégémonie que tente sans cesse d’asseoir sur l’Algérie entière ce courant idéologique dit « l’arabo-baâthisme ».

L’école sinistrée où l’enfant kabyle est forcé d’apprendre une langue qui n’est qui n’est pas la sienne et apprendre dans une langue qui n’est pas la sienne, les feux de forêts par « l’ANP », la complicité entre l’Etat algérien, le terrorisme et le voyoutisme contre la Kabylie, les événements sanglants du printemps 2001 sont entre autres des « preuves » de non reconnaissance de la société traditionnelle kabyle par les tenants de l’arabo-baâthisme.

M. Hsen Graïchi, après avoir mis en évidence certaines évidences bien scientifiques quant à l’épanouissement de l’individu, a plaidé pour « l’autodétermination » de la Kabylie dès lors que c’est la seule voie possible qui reste pour assurer la survie du peuple kabyle et l’ensemble de ses éléments identitaires. Pour sa part, le président du MAK a déclaré d’emblée que l’autodétermination est « notre droit le plus inaliénable ». « Aussi, ajoute-t-il en substance, notre combat est juste ! ».

M. Bouaziz Aït-Chebib conditionne toutefois la victoire du peuple kabyle face à ses adversaires à l’union de tous ses enfants. Une fois ce préambule fait avec réussite puisque il a été accueilli par des ovations, le président du MAK s’atèle ensuite à démonter la falsification de l’histoire de l’Algérie ordonnée et dirigée par Alger, et ce, en rappelant, avec références scientifiques à l’appui, l’histoire plusieurs fois millénaires du peuple kabyle. Et de fil en aiguille, le premier responsable du MAK arrive à la guerre d’indépendance de l’Algérie dont la proclamation de Novembre 1954 a été faite en Kabylie et le congrès de la Soummam, porteur et projectionniste d’une Algérie moderne. M. Bouaziz Aït-Chebib, en sa qualité de spécialiste des sciences politiques, connaît parfaitement la portée véritable des concepts déclaratifs, c’est-à-dire des mots constituant une idée ou des idées.

C’est pourquoi, à l’issue de ce rendez-vous d’Ath-Mesbah, il a déclaré tout haut et sans ambages que la déclaration de Novembre I954, laquelle a été pensée et rédigée en fonction de l’exigence de la situation du moment, est à présent dépassée. « La référence, déclare-t-il avec véhémence, demeure pour nous le congrès de la Soummam/ ». Les propos du président du MAK concernant la déclaration de Novembre 1954 se veulent comme une barrière aux arabo-islamistes prétendant avoir participé à la guerre de libération nationale. « La guerre de libération nationale, affirme avec solennité l’orateur, a été faite par les Kabyles ». « Aujourd’hui, à notre grand regret, ajoute-t-il, des chenapans, n’hésitent pas à qualifier la Kabylie de Hizb França ». Chargeant à nouveau les partisans de l’arabo-islamisme, le président du MAK les a accuse d’avoir copié sur la méthode de l’administration coloniale française en essayant de diviser la Kabylie en deux : la Petite et la Grande Kabylie.

Ce point permettra à l’assistance d’apprendre de la bouche de M. Bouaziz Aït-Chebib le grand mérite de Krim Belkacem, « soucieux de réunifier à nouveau la Kabylie, a pensé et exigé de ses vis-à-vis que l’Algérie en guerre fut divisée en wilayas d’où l’identification de l’ensemble de la Kabylie comme wilaya 3 ». Ce point expliqué, l’orateur démontrera également à travers une multitude d’exemple la spécificité de la Kabylie d’où son exigence à l’autodétermination ne relève que de l’ordre naturel des choses. Le président du MAK ira jusqu’à démontrer qu’il n’y a que certains Kabyles qui n’arrivent pas à comprendre leur appartenance à un peuple. « Si en 2001, pendant que nos jeunes tombaient sous les balles meurtrières des gendarmes, aucun Algérien, politique ou intellectuel, n’a pas jugé utile de nous adresser un message de soutien ou de sympathie alors que la mobilisation se fait grande à chaque fois qu’un Palestinien se fait tuer, c’est parce que justement ces Algériens nous ont toujours vus comme un peuple non seulement à part entière mais aussi comme un peuple non arabe. Autrement dit, ces Algériens se sentent beaucoup plus proches des Palestiniens que de nous autres les Kabyles », explique l’intervenant pour ajouter aussitôt : « Ces responsables politiques algériens ne connaissent les Kabyles qu’à l’approche des élections, et ce, pour le besoin de leurs voix ». A partir de là, le président du MAK réaffirme que toute échéance électorale organisée par le régime d’Alger ne peut en aucun cas concerner le peuple kabyle ». « Seul le référendum sur l’autodétermination du peuple kabyle nous intéresse », dit-il avant de céder le micro à M. Hocine Azem, Secrétaire Nationale aux Relations Extérieures du MAK. Celui-ci, connu pour son verbe cru et fort, à peine pris le micro entre ses mains mit le feu aux poudres. « Il n’y a que les moutons et ceux convoitant le matériel qui peuvent être intéressés par la participation à ces élections, notamment avec ce nouveau code communal ». Il se trouve justement qu’il y avait parmi l’assistance la présence de certains individus nourrissant l’intention de porter candidats sur une liste des indépendants. D’ailleurs, avant le début du meeting, ils se sont identifiés comme tels. Ils ont eu également l’honnêteté de reconnaître que le rendez-vous du MAK ne pouvait que les déranger en ces moments et en ces lieux. C’est pourquoi, en entendant les propos « durs » de M. Hocine Azem, ils ont tiqué. Ils ont même demandé à prendre la parole au nom de la démocratie pour justifier leur « choix ». La famille militante et patriotique du MAK, la grande amoureuse de la démocratie, accepta même si c’était contraire aux règles d’un meeting. Il y aura en tout deux interventions des partisans de la participation aux élections locales. Le troisième personnage –car ils n’étaient que trois parmi l’assistance nombreuse à embrasser ces élections—refusera d’intervenir. Ces deux interventions, d’un piètre niveau, ne feront qu’ ajouter des points au MAK. Nous verrons cela plus loin. Donc, en ce qui le concerne, M. Hocine Azem, en parfait connaisseur des codes communal et wilayal, s’attellera à prouver que l’élu n’aura pour rôle que celui de « pantin » avec le nouveau code communal puisque le véritable décideur ne sera autre que l’administrateur, à savoir le chef de daïra et le wali.

Le Secrétaire National aux Relations Extérieures du MAK ira jusqu’à dire que les véritables décisions sont prises lors « des conclaves de généraux ». M. Hocine Azem ne se montrera pas tendre à l’endroit des militaires. Du coup, il n’hésitera pas à mettre en avant le principe selon lequel les grands ennemis et destructeurs de la Kabylie ne sont autres que « les généraux ». « Lors des dernières intempéries, chez-nous les présidents des APC n’obtenaient même de réponse des chefs de daïras et walis qu’ils tentaient de joindre par téléphone alors que dans les autres régions d’Algérie touchées par les intempéries, militaires et hélicoptères y étaient mobilisés », assure l’orateur. Après avoir longuement parlé sur les mœurs politiques algériennes, M. Hocine Azem déclare en substance que « le vote chez nous n’est que duperie ».

Dès lors, il plaidera par l’autodétermination de la Kabylie, « ère où l’élu pourra réellement jouer son rôle d’élu ». Quand il termine son intervention, voilà les deux partisans de participation aux élections qui prennent le micro. Le premier à prendre la parole n’a pas caché « la sympathie et le respect inconditionnels » qu’il a toujours nourris à l’endroit de M. Ferhat M’henni. L’homme, très mal à l’aise devant l’hostilité de l’assistance laquelle ne cesse de le huer, a commis plusieurs bourdes. Il a déclaré que la Kabylie ne doit pas laisser la voie libre au FLN et au RND et « ce qui arrivera si les indépendants et les partis politiques de la région ne participent à la course électorale ». Il s’est également trompé sur plusieurs points d’ordre historique. Il ne savait pas également que ce n’était pas M. Ferhat M’henni qui était à la tête du MAK. Il ne savait pas non plus que M. Ferhat M’henni dirigeait le Gouvernement Provisoire Kabyle (GPK). A Un moment donné, sa confusion était telle qu’il a failli être sujet à une syncope. Comme échappatoire, il choisit d’abandonner la partie. Le second a fait pire que le premier. En effet, croyant bien dire, il n’a fait en réalité que développer et encourager le sectarisme. « En votant pour quelqu’un de mon village, je sais qu’il travaillera davantage au profit de mon village », dit-il médiocrement. En somme, les deux hommes viennent de dérouler « le tapis rouge » pour le président du MAK lequel a décidé d’apporter des éléments de réponses.

M. Bouaziz Aït-Chebib a commencé par citer le nom du véritable président du MAK (le sien) et rappelé les véritables fonctions de M. Ferhat M’henni. Ensuite, il a rétabli l’exactitude des faits relatifs à la période de la décennie I990, plus exactement lors de la grève du cartable. Débarrassé de « l’obligeance » d’épargner le FFS et le RCD, le président du MAK rappela que le premier parti cité a signé une alliance avec le RND à Béjaia et le second avec le FLN à Tizi-Ouzou. Très à l’aise dans sa position, M. Bouaziz Aït-Chebib citera simultanément les déclarations faites par Karim Tabou et le Dr Saïd Sadi par rapport au nouveau code communal. Karim Tabou a bien déclaré qu’ « à travers le nouveau code communal qui réduit davantage les prérogatives des élus, le pouvoir veut faire des communes ses postes avancés au sein de la société, et ce, dans le cadre d’une politique globale qui vise à faire de l’Algérie un vaste commissariat ». Quant au Dr Saïd Sadi, il a qualifié le nouveau code communal de « code pénal bis pour les élus ».

Le président du MAK avancera une multitude d’autres arguments quant à la justesse des positions du MAK. Pendant qu’il parlait, l’assistance chauffée à blanc, scandait «Ulac l’vot ulac ! », « Ulac l’vot ulac ! », « (..,,) ». Ayant jugé la mise au point considérée à sa juste valeur, le président du MAK passa le micro à M. Mohand-Ouamar Hachim. Celui-ci, à son tour, développa un discours dans le sens de la nécessité pour le peuple kabyle d’arriver à son autodétermination. L’homme puisa ses arguments dans les pages d’histoire et de la réalité d’aujourd’hui. L’intervenant n’hésita pas à identifier, comme l’ont fait les vielles femmes kabyles avant lui, le conflit armé opposant les forces du FFS aux troupes du gouvernement à la guerre « entre les Kabyles et les Arabes ».

Saïd Tissegouine

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