Un drapeau amazigh en hommage aux martyrs de la révolution 1954-1962

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IFRI, OUZELLAGEN (Tamurt) – Il y avait beaucoup de monde hier à Ifri-Ouzellaguen, plus exactement sur les lieux mêmes qui ont abrité, il y a de cela exactement 58 ans, les travaux du Front de Libération Nationale (FLN), en guerre depuis deux ans déjà contre la France coloniale, lesquels ont porté sur les nouveaux mécanismes de guerre à enclencher contre l’ennemi mais aussi sur les voies et références de l’Algérie indépendante.

Ces travaux, les premiers du genre en ce qui concerne le FLN, sont connus sous l’appellation de « Congrès de la Soummam ». Ce congrès, l’histoire l’appuie, a été l’œuvre exclusive des hommes et des femmes kabyles. Et hier encore, soit 58 ans après cette rencontre historique, les « pèlerins » rencontrés sur les lieux, hommes, femmes et enfants étaient tous kabyles. Même les mouvements et organisations politiques sont kabyles. En effet, seuls le Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie (MAK), le Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD) et le Front des Forces Socialistes (FFS) et le Forum Socialiste pour la Liberté et la Démocratie (FSLD) (aile dissidente du FFS qui est dirigée par Khaled Tazaghart), en tant que forces politiques, se sont inclinées à la mémoire de celles et ceux qui ont pensé et réalisé le congrès de la Soummam, porteur d’une vision moderne et basé sur l’authenticité du peuple algérien.

S’agissant de la nature de la manifestation, la famille militante et patriotique du MAK a innové cette fois-ci. En effet, à la place et lieu de la gerbe de fleurs habituelle, c’est le drapeau amazigh qui a fait l’objet d’un dépôt au pied du Monument aux morts. Ce geste symbolique fut exécuté par le président du MAK en personne, Bouaziz Aït-Chebib, mais aidé toutefois par certains militants à l’instar de Rachid n’Ath Ali Oukaci.

Cette occasion sera également mise à profit par Bouaziz Aït-Chebib pour rappeler
la dimension véritable du congrès de la Soummam et, au même temps, rappela tout aussi l’appartenance ethnique et la vision politique de ses concepteurs, et, par ricochet, le rejet du « Kabyle » même à cette époque de certains autres algériens car ceux-ci avaient une idéologie moulée dans l’arabo-islamisme. Ahmed Ben Bella et Mohamed Boudiaf n’avaient pas participé au congrès de la Soummam car ils n’adhéraient pas à son esprit.

Bouaziz Aït-Chebib signala également que le combat et la politique du MAK ne sont que la suite logique du congrès de la Soummam. De même, l’orateur mit en avant la falsification de l’histoire ; chose qui ne relève pas de l’inédit. « Ce sont toujours les autres qui ont écrit l’histoire à notre place, souligne le président du MAK avant de poursuivre : « Il est clair quand c’est l’autre qui écrit l’histoire, il l’écrit selon sa propre vision et selon ses propres intérêts. C’est à nous que revient l’obligation d’écrire notre histoire pour éviter les erreurs et les mensonges ».

Le premier responsable du MAK, loin des clichés officiels habituels, s’est montré aussi très critique à l’endroit de ses concitoyens. Il a même déploré certaines habitudes qui prêtent à la passivité des femmes et hommes kabyles car « elles vont dans le sens réfléchi et tracé par le pouvoir arabo-islmaiste d’Alger ». C’est le cas par exemple de l’absence d’écriture en tamazight sur les panneaux indicateurs routiers, les devantures des commerces, la timidité et la frustration à s’identifier en tant que Kabyles dans certains lieux et à certains événements, le large pas d’avance pris devant la langue kabyle par le français et l’arabe sur le territoire même de la Kabylie et de tant d’autres cadres où l’expression et le comportement kabyles sont relégués au second plan.

Ce constat sera également souligné par Rachid n’Ath Ali Oukaci. Ce militant et cadre du MAK, pourtant polyglotte, dira que la langue kabyle n’a rien à envier aux autres langues du monde. L’homme citera l’exemple des Québéquois, qui fiers de leur origine et de leur langue, ont réussi à faire primer dans leur pays le français devant l’anglais, pourtant langue largement majoritaire au Canada.

Reprenant la parole, Bouaziz Aït-Chebib, qui a mis à profit ce rendez-vous d’Ifri-Ouzellaguène, à informé l’assistance des prochains rendez-vous politiques du MAK. Le premier lequel se traduira par un rassemblement entre les cadres et militants du Mouvement pour l’Autodétermination du M’zab (MAM), le Mouvement pour l’Autodétermination Chaoui (MAC) et le Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie (MAK) est prévu pour le 30 de ce mois à la place Lounès Matoub de Tizi-Ouzou. Le second, qui portera sur la conférence nationale kabyle (CNK), est prévu pour la journée du 31 octobre 2014. Le lieu devant abriter cette rencontre n’est pas encore choisi. Ce qui est sûr, c’est beaucoup de villages se sont proposés pour abriter cette rencontre que d’aucuns considèrent d’ores et déjà comme historique. Au sujet de cette CNK, le président du MAK a réitéré qu’elle s’ouvrira à toutes les forces vives kabyles.

Addenda : Les membres de la famille politique du FSLD, dirigé par Khaled Tazaghart, ont tenu à poser pour la postérité devant les caméras et autres appareils photographiques avec le drapeau kabyle. C’est d’ailleurs au MAK qu’ils ont emprunté pour cette occasion l’emblème national de la Kabylie. Par ailleurs, ils ont crié : « Vive la Kabylie et vive notre drapeau ! ».
Notons également que les orateurs du FSLD et, avant eux, ceux du FFS, ont, dans leurs discours respectifs, tiré à boulets rouges sur le pouvoir algérien.