Le phénomène prend de l’ampleur à Tizi Ouzou – Ces enfants exploités dans les travaux forcés

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Le phénomène est latent. Personne ne se soucie de ce drame. Y compris les parents de ces enfants à la fleur de l’âge et qui travaillent à longueur de journées dans des chantiers, au grand bonheur des entrepreneurs des travaux publics et les nouveaux riches qui ne s’encombrent pas et surtout ne s’offusquent pas de cette nouvelle forme d’exploitation et d’esclavagisme des temps modernes avec la bénédiction d’un Etat absent à tous les niveaux.

Certes, partout dans le monde les moins jeunes et les étudiants « bricolent » durant la période des vacances pour gagner ce qui est appelé l’argent de poche, mais exploiter des enfants, dont l’âge ne dépasse pas les 16 ans dans la construction de bâtiments, qui poussent d’ailleurs comme des champignons dans la ville de Tizi-Ouzou, est un drame qui ne dit pas nom. Où est l’Etat ? Où est la sécurité sociale ? Que fait l’inspection du travail ? Rien.

Tout le monde est complice. Le comble, c’est qu’aucune association, ni aucune ligue de la défense des droits de l’homme, ou de l’enfant ni aucun parti politique n’a jamais soufflé un mot sur l’exploitation des mineurs dans les travaux forcés. En se rendant dans un chantier à la nouvelle ville de Tizi-Ouzou, sur une vingtaine d’ouvriers, 8 d’entre eux ont moins de 18 ans. Ils sont payés à raison 6 00 dinars la journée.

Interpellé à ce sujet, l’entrepreneur nous explique sans aucune gêne : « je leur donne à manger. Je n’ai jamais forcé quelqu’un à venir travailler. En plu, s la main d’œuvre se fait de plus en plus rare. Où veux-tu que je trouve des ouvriers? », tente t-il de nuancer. Même le reste de l’équipe, c’est-à-dire les adultes, aucun d’eux n’est déclaré à la sécurité sociale. C’est sur le dos des ces misérable travailleurs qui bossent toute la journée sous un soleil de plomb qu’une minorité de suceurs de sang, s’enrichit en toute impunité.

La mafia du foncier, qui brade les espaces verts dans les grandes villes de la Kabylie, relais de bras longs du pouvoir central d’Alger, n’est guère inquiétée. L’exploitation des enfants n’est jamais évoqué même dans lors des discutions dans les cafés. Les enfants sont également exploités dans d’autres secteurs d’activité. Dans la restauration, où de petits enfants triment plus de 14 heures par jour.

Rafik, un jeune de 15 ans, travaille dans une sandwicherie au centre ville de Tizi-Ouzou, de l’aube jusqu’au crépuscule depuis l’âgé de 13, âge auquel il a quitté l’école. « Je travaille environs 12 heures par jour et sans répit. J’ai droit à une seule journée de repos une fois par 15 jours. La fin du mois le patron me glisse 10 000 dinars. Parfois moins », nous dira le petit Rafik, et d’ajouter : « le patron est très dur avec nous, il ne donne même pas à manger. Mais mon objectif, ce n’est pas de rester ici éternellement. Chaque mois, j’économise 3000 dinars pour, un jour, acheter un visa ou payer un place de Harga sur une barque pour quitter à jamais ce pays. Je ne veux même pas qu’on m’enterre ici». Une phrase lourde de sens qui résume à elle seule le drame que vit une bonne partie de nos enfants.

Cet exemple n’est qu’un seul cas entres des milliers et des milliers d’autres. Les enfants soufrent en silence, leurs droits sont « violés », « bafoués ». La tragédie, c’est que même les parents exploitent leurs propres enfants.

Nadia Iflis