Le poète et maquisard Mohamed Ben Hannafi enterré aujourd’hui dans son village natal

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Le nombre de personnes présentes à un enterrement est un indicateur généralement fort fiable sur l’empreinte laissée ici-bas par le défunt.
Eh bien, il était difficile de se frayer un passage ou trouver une petite place ce matin au cimetière, pourtant grand et espacé, du village d’Aït-Sidi-Athmane dans la commune des Ouacifs à l’occasion de l’enterrement du poète et maquisard Mohamed Aït-Tahar connu sous l’appellation de Mohamed Ben Hannafi. La foule, venue faire l’adieu au grand homme, était très émue et très attristée.

Parmi cette immense foule, figurent des personnalités politiques, administratives, artistiques et culturelles. Du côté de la représentation officielle, relevons la présence du président de l’APW de Tizi-Ouzou, M. Mahfoud Bellabès, le wali et les directeurs de ses services déconcentrés sans compter les nombreux chefs de Daïras. Du côté politique, toutes les représentations des formations politiques ont été remarquées. En effet, les Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD), le Front des Forces Socialistes, le Rassemblement National Démocratique (RND), le Front de Libération National (FLN), et tant d’autres. Les partis politiques comme le RCD, RND et FLN ont été représentés, en sus de leurs cadres et militants, mais aussi par leurs députés respectifs. Parmi les personnalités du monde artistique, la présence de Kamel Hammadi n’est pas passée inaperçue. Kamel Hammadi a accepté même de poser avec les cadres et militants du Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie (MAK).

A propos justement du MAK, sa présence à Aït-Sidi-Athmane a été nombreuse, pleine d’amitié et de sympathie à l’égard de la famille du défunt mais aussi officielle. Notons d’abord, que la première délégation du MAK, laquelle a été conduite par M. Karim Rahmane, s’est rendu la veille à la maison mortuaire où d’ailleurs elle assisté jusqu’au matin à la veillée funèbre.

Ce matin encore, une autre délégation s’est rendue à l’enterrement pour ne quitter la cérémonie qu’une fois le défunt mis en terre. De son côté, le président du MAK, M. Bouaziz Aït-Chebib, a, dans un entretien accordé hier à la chaîne de radio Radio-Pays, a rendu un vibrant hommage au poète et maquisard Mohamed Ben Hannafi et a présenté à sa famille, en son nom et en celui de toute la famille militante et patriotique du MAK toutes ses condoléances. Cette sortie médiatique du président du MAK a été faite au micro de Hamid Lamara.

Pour revenir à l’événement d’aujourd’hui, nous devons relever que la dépouille du poète et maquisard a été emportée de la maison mortuaire jusqu’au cimetière par les éléments de la protection civile, et ce, sous l’incessant mitraillage des appareils photographiques des journalistes et reporters. Et la mise en terre de la dépouille a été faite après la prière du D’ohr. La lecture de la fatiha a été faite par le propre neveu du défunt, M. Hocine M’hamed dit Cheikh Hamid. Celui-ci est un authentique érudit. En sus du droit musulman qu’il enseigne d’où donc sa parfaite maîtrise de l’arabe académique, il parle aussi un kabyle châtié et un français impeccable. Dans sa fatiha, le neveu de feu Mohamed ben Hannafi a appelé la foule présente à la cérémonie à veiller à valeurs kabyles ancestrales et à préserver et servir la langue kabyle. A propos du disparu, il dira de lui que de son vivant, il n’a jamais accordé une importance à la chose matérielle mais veillé scrupuleusement à la sauvegarde des valeurs morales. L’orateur révélera également que, de son vivant, son oncle maternel (feu Mohamed Ben Hannafi) lisait au moins deux versets coraniques par jour.

Par ailleurs, le quiproquo concernant le lieu de la mort du poète et maquisard a été enlevé ce matin. En effet, ses proches ont déclaré qu’il est mort à Boukhalfa (Tizi-Ouzou) chez sa fille et entouré de ses enfants et proches et non au CHU de Tizi-Ouzou tel qu’il a été rapporté la première fois par certains canaux d’information.Cheikh Hamid révélera également que son oncle a étudié à la perfection le coran à l’école coranique de Sidhi Ouidhriss, dans la commune d’Illoula, daïra de Bouzguène. Son implication dans le mouvement national lui valu d’embrasser la Révolution de Novembre I954. Durant la guerre de libération nationale, feu Mohamed Ben Hannafi était commissaire du peuple. Son combat dans les rangs du FLN, il le mena dans les régions de Tiaret, Mdrissa et Frenda. Et deux après la fin de la guerre, soit en I964, feu Mohamed Ben Hannafi rentra dans sa Kabylie natale. Cependant, le combattant du FLN n’a jamais demandé une quelconque reconnaissance officielle de sa participation à la libération du pays en dépit de l’insistance de certains de ses camarades de lutte, devenus quant à eux de grands responsables au sein des institutions de la république. En effet, certains étaient devenus des officiers supérieurs de l’ANP et d’autres des ministres. Feu Mohamed Ben Hannafi avait toujours la même réponse à la bouche : « Je n’ai fait que mes obligations et devoirs envers ma patrie. Et si je l’ai fait, ce n’est pas certainement pas pour tirer des dividendes matérielles mais pour tirer une satisfaction d’ordre moral ».

Ce profil de la vie du poète et maquisard Mohamed Ben Hannafi, bon nombre de personnes l’ont ignoré jusqu’à sa mort. En ce qui le concerne, le chanteur et compositeur kabyle, Kamel Hammadi dira que « c’est une erreur et, surtout, pas juste d’attendre que quelqu’un soit mort pour parler de tous ses mérites ». Dans ses réponses aux questions de journalistes, Kamel Hammadi apportera beaucoup d’éléments sur la vie du poète disparu et de ses œuvres. Le célèbre chanteur et compositeur kabyle révélera également que beaucoup d’écrits de feu Mohamed Ben Hannafi ont disparu et, par conséquent, ça vaut vraiment la peine d’effectuer des recherches en vue de les retrouver.

Nous terminons cet écrit par la citation de feu Cheikh M’hamed El Anka : « Les véritables morts sont ceux qui sont partis sans laisser de quoi se rappeler d’eux ». En somme donc, le poète et maquisard Mohamed Ben Hannafi demeurera toujours vivant dans les cœurs.