Le porte parole national du RND à Tizi-Ouzou, Miloud Chorfi : « Oui pour la révision de la constitution mais non à la constituante !»

9

TIZI-OUZOU (Tamurt) – L’alliance autour du programme présidentiel qui s’effiloche, la Coordination Nationale pour le Changement et la Démocratie (CNCD) qui ne cesse de harceler les détenteurs du pouvoir algérien, la menace de l’intervention de l’OTAN (Organisation du Traité de l’Atlantique Nord) au pays de Bouteflika, la constituante proposée par Abdelhamid Mehri avec l’encouragement de Hocine Aït-Ahmed, la Kabylie qui revendique à cor et à cri son autonomie, les élections législatives de 2012, l’après Bouteflika sont des raisons valables pour la famille politique du Rassemblement Nationale Démocratique (RND) de se réunir aujourd’hui à l’Institut National des Techniques Hôtelières et Touristiques (INTHT) de Tizi-Ouzou, sous la présidence de son porte-parole national, Miloud Chorfi.

Fidèle à la logique de son parti lequel prône toujours l’optimisme, le bras droit d’Ahmed Ouyahia a, devant une assistance fort nombreuse et composée des deux sexes, plaidé pour la révision de la constitution et, du même coup, « démontré » l’inopportunité de la mise sur pied d’une constituante telle que proposée par Abdelhamid Mehri avec l’encouragement de Hocine Aït-Ahmed. « L’Algérie a vécu durant de longues années sur les fondements d’une constitution et, par conséquent, nous ne pouvons nous permettre le luxe de nous en défaire ».

S’agissant des manifestations organisées hebdomadairement par la CNCD où est mis en avant le slogan, « le rempart de la peur est brisé », le porte-parole du RND répond avec subtilité à ses initiateurs : « En ce qui nous concerne, nous n’avons pas attendu la date du 12 février 2011 pour briser le rempart de la peur. En effet, ce fameux rempart de la peur, nous l’avons brisé un certain 1er Novembre 1954 ». S’agissant des mouvements de révolte ayant touché les pays voisins comme la Libye, l’Egypte, la Tunisie, et ce, sous l’appui des pays occidentaux lesquels ont actionné à cet effet les redoutables mécanismes de l’OTAN, le bras droit d’Ahmed Ouyahia a déclaré sans sourciller que l’Algérie ne sera pas touchée par ces phénomènes de révolte dès lors que « notre pays a vécu jusqu’à maintenant dans des conjonctures tout-à-fait autres que celles concernant ces pays qui connaissent actuellement les mouvements que l’on sait ». Enfin, Miloud Chorfi a affirmé que les institutions élues poursuivront leurs missions républicaines jusqu’à leur terme légal. Autrement,M. Abdelaziz Bouteflika terminera son mandat présidentiel. Idem concernant, les représentants des première et deuxièmes chambres (APN et sénat).

Concernant l’insécurité que subit la Kabylie depuis pas mal de temps déjà, le parti de M. Ahmed Ouyahia ne le nie pas. D’ailleurs, son bureau de Tizi-Ouzou a salué la visite effectuée par M. Daho Ould Kablia, ministre de l’intérieur et des collectivités locales et le directeur de la sûreté nationale, le général-major Hamel, jeudi dernier dans la capitale du Djurdjura. La même instance du parti reconnaît également l’existence flagrant du sous-développement en Kabylie notamment à Tizi-Ouzou. «(…. Cette louable initiative traduit, on ne peut plus clair, la volonté du gouvernement à tout mettre en œuvre en vue d’une part juguler le problème sécuritaire de la région, et d’autre part booster le développement local…. )», peut-on lire effectivement dans sa déclaration rendue publique.

A noter qu’en marge de ces travaux inscrits dans le cadre des orientations des cadres et militants du parti, Miloud Chorfi a animé un point de presse. Dans ce face-à-face avec la presse, le porte-parole du RND a bien montré ses dons de maître de la circonlocution. L’homme ne s’est pas du tout gêné à éviter les questions gênantes. « La langue de bois est toujours de rigueur », a laissé glisser Miloud Chorfi avec une charmante risette à l’endroit des journalistes. La séduction et le charme est une recette dont laquelle puisent les hommes politiques pour faire passer inaperçues leurs périphrases. En tout cas, s’agissant du Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie (MAK) le bras droit d’Ahmed Ouyahia dit que son parti ne le reconnaît pas. Prié de justifier cette non reconnaissance, le conférencier étale quelques petits propos exagérément logomachiques. En effet, il dit tout bonnement que la Kabylie est une région de braves gens, honnêtes et sincères et que Amirouche et Si l’Houas sont morts pour le compte de l’Algérie entière. Quant la décision judiciaire pesant comme l’épée de Damoclès sur le Président du Gouvernement Provisoire Kabyle, M. Ferhat Mehenni, à savoir le mandat d’amener ordonné par le politique, le conférencier a déclaré tout simplement ne pas vouloir répondre à cette question.

S’agissant du bâton utilisé à Alger contre les manifestants de la CNCD, le conférencier l’a justifié par les motivations de l’Etat quant à la nécessité absolue d’éviter des dérapages et des situations incontrôlables. « Si c’est pour organiser des meetings et faire passer le message, il y a bien des salles pour cela », a souligné le porte-parole du RND. A la question posée par un confrère quant aux pressions que ferait peser son parti sur le wali de Tizi-Ouzou par rapport à l’affaire du maire de Tizi-Rached lequel est issu du RND et qui était impliqué dans une affaire de détournements de deniers publics et qui continue toujours à exercer ses fonctions de premier magistrat de commune, Miloud Chorfi a nié toute intervention de sa famille politique dans ce dossier. « Le RND n’a jamais exercé la moindre pression sur le wali dans cette affaire et, par conséquent, tout propos nous mettant en relation dans cette affaire ne relèverait que d’allégation sans fondement ».

Au moment où le point de presse allait atteindre sa vitesse de croisière, Miloud Chorfi l’a stoppé soudainement. Ça a fait l’effet du dégonflement d’un ballon de baudruche. L’homme a prétendu organiser une rencontre intra-muros avec les cadres de son parti. Cependant, cette pseudo rencontre n’a duré guère plus de trois minutes. En somme, c’est une façon intelligente de se débarrasser de la presse. C’est ainsi que les journalistes ont été laissés sur leur faim. Cependant, dans le couloir certains cadres du RND, plus ouvert à la discussion, ont répondu à la question que nous aurions voulu poser à M. Miloud Chorfi à savoir l’interprétation à donner à la dernière sortie télévisée de Aboudjerra Soltani, le patron du Mouvement de la Société pour la Paix (MSP), où celui-ci a clairement déclaré la guerre au chef de l’Etat et autres détenteurs du pouvoir algérien. Nos interlocuteurs n’ont pas été tendres à l’endroit M. Aboudjerra Soltani. Ils sont allés jusqu’à le qualifier de « lâcheur et de flibustier ».

Nous devons relever que face à l’écran de l’ENTV, le leader du MSP a fait des déclarations fracassantes entre autres le pouvoir limité des ministres dans la pratique de leurs fonctions et les recommandations de leurs partis respectifs foulées au sol. La déclaration d’Aboudjerra Soltani qui a surtout ébranlé le pouvoir est celle recommandant le départ à la retraite de toutes celles et ceux ayant atteint l’âge de 65 ans. « Il faut laisser la place aux jeunes pour tenir les leviers de commande. La gérontocratie a montré ses limites ». Il n’est point besoin d’être Jeremy pour deviner que Le président Abdelaziz Bouteflika, le général-major Tewfik et autres dignitaires du régime sont dans le collimateur du MSP. Si Miloud Chorfi avait été prié de se prononcer sur la position de son parti par rapport à la nouvelle dynamique suggérée par le leader du MSP, il aurait sans doute eu le tournis et le souffle coupé au point de tenter de dénouer le nœud de sa superbe cravate.