« Le pouvoir est paniqué par le drapeau kabyle »

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SIDI AICH (Tamurt) – C’est devant une foule fort nombreuse que MM. Bouaziz Aït-Chebib, Hocine Azem, Farid Djennadi, Mouloud Younsi et Nadir Chelbabi qui sont respectivement Président du Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie (MAK), Secrétaire National aux relations Extérieures, Secrétaire Général, Président du Conseil Régional Béjaia, Bordj Bou Arreredj, Sétif et Djidjel (CRBBSD) et membre de la direction du MAK ont mis l’accent, hier, sur la situation de la Kabylie, la mission et les objectifs du MAK.

C’est Nadir Chelbabi qui prendra la parole le premier pour signaler sans ambages que « la marche du peuple kabyle vers sa liberté ne peut être freinée par aucun obstacle ». Ce cadre du MAK usera même de qualificatifs durs à l’endroit de ces Kabyles qui ont choisi d’être « les pantins du pouvoir ».

Pour sa part, le Président du CRBBSD défendra lui aussi le principe de l’autodétermination de la Kabylie. Toutefois, contrairement à Nadir Chelbabi, Mouloud Younsi tiendra des propos modérés. Il faut reconnaître cependant que c’est avec Farid Djennadi, qui intervient juste après le Président du CRBBSD, que ce meeting connaîtra sa vitesse de croisière. En effet, le Secrétaire Général du MAK rappellera le passé historique de la Kabylie à partir de la décennie 1840 jusqu’à l’indépendance de l’Algérie.

Farid Djennadi signalera dans ce contexte justement ce qu’a subi la Kabylie, entre autres son attachement obligatoire au territoire algérien, la déformation de son étymologie par les Bureaux Arabes mis en place spécialement à cet effet par le colonialisme français, etc. Sur ce même chapitre historique, l’intervenant ne passera pas sous silence la résistance de la Kabylie à l’oppresseur. « Aujourd’hui encore, signale l’orateur, la Kabylie fait face aux mêmes défis, car le pouvoir algérien, héritier naturel et direct de la France coloniale, applique la même politique à l’endroit du peuple kabyle ». Pour appuyer sa thèse, le Secrétaire Général du MAK met en avant la présence de « 40% des effectifs militaires algériens en Kabylie », et, au même temps, « l’insécurité qui y règne », « la construction de prisons et de casernes militaires et en choisissant à cet effet leurs implantations sur des terres agricoles », « la déviation presque dans sa totalité de la recette fiscale kabyle vers d’autres wilayas ; idem concernant ses eaux », (….) ».

Au chapitre éducatif, Farid Djennadi dressera également une situation des plus sombres et jettera au même temps la pierre sur le pouvoir algérien car c’est « lui qui en est encore responsable puisque son objectif final est d’arriver à arabiser et à islamiser les Kabyles ». Abordant ensuite le volet portant sur la capacité de la Kabylie à assumer pleinement son autodétermination, l’orateur citera presque tous les éléments naturels que « le pouvoir algérien tente de détruire » sans oublier le véritable atout et qui n’est autre que la ressource humaine. « Avec seulement 10 % au retour des recettes fiscales que la Kabylie versent annuellement, nous pourrons assurer pleinement le développement de notre pays », a déclaré avec véhémence l’orateur pour signaler ensuite que les véritables enjeux planétaires dans un avenir proches tourneront autour de l’eau. Farid Djennadi citera même comme exemple le conflit du Proche-Orient dont le motif principal n’est autre que le contrôle du fleuve du Golan. « Avec l’exploitation à bon escient de nos ressources hydriques, poursuit Farid Djennadi, c’est la garantie de la prospérité de notre pays ». Le Secrétaire Général du MAK citera une multitude d’autres cas faisant le malheur de la Kabylie et une autre multitude d’autres cas devant faire son bonheur une fois arraché son autodétermination. Toujours est-il que Farid Djennadi a averti qu’à défaut de l’autodétermination, le peuple kabyle périra.

Hocine Azem a quant à lui annoncé dès sa prise de parole que « l’intention de l’Etat algérien est de commettre un génocide en Kabylie ». « ( Il faut comprendre que le Secrétaire National aux relations Extérieures du MAK a donné dans son discours un sens au mot « génocide » autre que celui que l’on comprend en général, c’est-à-dire l’élimination physique de tout un peuple ou d’un groupe ethnique. En effet, le génocide auquel a fait référence Hocine Azem peut être provoqué par ce qu’il a appelé « dépersonnalisation »). « L’arabisation à outrance, poursuit Hocine Azem, signifie dépersonnalisation ; Or nous ne sommes pas des Arabes et nous ne voulons pas le devenir ! ». Cette politique de dépersonnalisation menée par le pouvoir contre le peuple kabyle, le Secrétaire Général aux Relations Extérieures du MAK l’expliquera par « les manifestations culturelles organisées à répétition à Tizi-Ouzou où l’élément kabyle est inexistant sinon déformé, les sites archéologiques et historiques sont détruits où tenus complètement ignorés, idem concernant les vestiges purement kabyles, les programmes culturels kabyles d’une grande médiocrité que diffusent les médias lourds sans oublier leurs commande spéciales et leurs financements très lourds, le système éducatif basé presque entièrement sur l’arabisation et l’islamisation… ». Hocine Azem a également signalé le recours obligatoire à l’arabe dans les institutions comme la justice, la police, la gendarmerie, l’administration civile etc avant de considérer tout cela comme « un état de colonisation ». L’orateur n’omettra pas de signaler également l’obligation faite aux députés et sénateurs de s’exprimer exclusivement en arabe ainsi que l’obligation faite aux élus APW et APC de rédiger leurs délibérations en langue arabe. Le Secrétaire Général aux Relations Extérieures du MAK réitère que « vis-à-vis du droit international, nous sommes des colonisés ». Une fois ce constat établi, Hocine Azem dénonce la politique contradictoire de l’Etat algérien qui reconnaît aux peuples palestinien et sahraoui leur droit à l’autodétermination et rejette la demande du peuple kabyle. Les propos de Hocine Azem ont chauffé la foule. A plusieurs reprises, son discours est interrompu par des ovations. Toujours sur cette politique de l’Etat algérien de deux poids deux mesures, l’orateur s’est interrogé sur ce droit octroyé aux Palestiniens et aux Sahraouis alors qu’il refuse ce même droit au peuple de l’AZAWAD qui lutte pourtant depuis des années pour son émancipation. « L’explication est simple, assure Hocine Azem : le peuple AZAWAD est amazigh alors que les Palestiniens et les Sahraouis sont des Arabes ! ».                                                                                                 Revenant sur le devenir de la Kabylie, le Secrétaire Général aux Relations Extérieures du MAK a affirmé que son autodétermination n’est qu’une question de temps et, au même temps, souligné avec véhémence qu’« il faut avoir à l’esprit que cette Kabylie tant aimée et chérie se construira sur le principe des hommes comme Ferhat Mehenni et Bouaziz Aït-Chebib et non sur celui d’Ahmed Ouyahia ». Le natif de Bouadhnane et non moins chef de cabinet du président de la république sera affublé par l’orateur de qualificatif de « traître ». Hocine Azem critiquera également la réaction tardive du ministre algérien des affaires religieuses vis-à-vis de l’islam modéré toujours appliqué en Kabylie. « Cela fait exactement 35 ans depuis que nous n’arrêtons pas de résister à l’islam radical », a expliqué l’orateur avant de déclarer avec un ton mi-figue mi raisin : « le ministre doit tenir son discours sur le positivisme de l’islam kabyle ailleurs et non pas ici en Kabylie ». (Le discours sur l’islam modéré de la Kabylie a été prononcé par le ministre des affaires religieuses à Béjaia). Le Secrétaire National aux Relations Extérieures du MAK clamera également haut et fort que « nous sommes différents des autres Algériens ! ». Cette affirmation lui vaudra un tonnerre d’ovations. Cette « énième différence entre Kabyles et les autres Algériens », l’orateur l’expliquera par « la condamnation de la Kabylie de l’attentat ayant ciblé Charlie Hebddo alors qu’à Alger, des gens sont sortis dans la rue pour se réclamer comme des « Kouachi » ». Enfin Hocine Azem a signalé que la commémoration du 20 avril I980 ne doit aucunement se faire dans un esprit folklorique car « le 20 avril 1980 n’a jamais été une fête ! ».

Et avant de céder la parole à Bouaziz Aït-Chebib, le Secrétaire National aux relations Extérieures du MAK a appelé à la mobilisation générale pour commémorer le Printemps kabyle.

S’agissant enfin du Président du MAK, dont l’intervention était très attendue, il a commencé son intervention par mettre en avant la grandeur de Sidi-Aïch, qui a été toujours honoré ses rendez-vous avec l’histoire. « Même feu Mohand-Arab Bessaoud a témoigné de la présence de nombreux militants originaires de cette région de Sidi-Aïch au sein de l’Académie Berbère », a signalé Bouaziz Aït-Chebib. A partir de là, le premier responsable du MAK se lance dans une véritable plaidoirie en faveur de l’autodétermination de la Kabylie. Bouaziz Aït-Chebib se montrera plus que jamais prolixe dans son intervention. Il commencera par dire que la confiance « en nous-même est impérative, ce n’est pas nous seulement qui sommes convaincus que nous constitutions un peuple à part entière ; les autres aussi nous voient avec cet esprit ». A propos du MAK et de sa dimension, l’orateur dira que c’est bien ce « MAK qui a redoré le blason de la Kabylie ». Quant à sa création et son existence, Bouaziz Aït-Chebib rappellera que c’est suite aux événements du Printemps Noir et « ce même Printemps Noir qui nous a ouvert les yeux en nous permettant de voir enfin qui nous sommes réellement ». Le président du MAK parlera effectivement du silence total observé aussi bien par les intellectuels que le personnel politique des Algériens pendant que les Kabyles, dont la plus part étaient à la fleur de l’âge, tombaient sous les balles des gendarmes. « Ces mêmes intellectuels et politiques envahissent les rues quand un Palestinien est tué par une balle israélienne, poursuit l’orateur avant de conclure précisément sur cette différence entre les Kabyles et les autres Algériens : « Ces autres Algériens veulent un Etat arabe et islamique alors que nous les Kabyles, nous voulons un Etat Kabyle, démocratique, social et laïc ». Par ailleurs, Bouaziz Aït-Chebib usera de la métaphore pour signaler que le Front des Forces Socialistes et le Rassemblement pour la Culture et la Démocratie sont dans l’erreur en continuant à s’accrocher à cette chimérique « Algérie, une et indivisible ». « Où étaient donc Ahmed-Taleb Ibrahimi, Mouloud Hamrouche, Sid-Ahmed Ghozali, Abdallah Djaballah, Ali Benflis et tant d’autres personnages que le FFS et le RCD ont pourtant fait des alliés pendant que nos jeunes se faisaient tuer ? », s’interrogea Bouaziz Aït-Chebib, interrogation qui est au même temps une réponse. « Ces gens-là ne viennent en Kabylie et ne s’adressent aux Kabyles, poursuit le Président du MAK, que lors des élections » pour clamer aussitôt que « l’évidence est que la Kabylie ne peut être construite et défendue que par ses propres enfants ! ». Plus loin, Bouaziz Aït-Chebib s’attaquera au mythe du Maghreb. « Antérieurement au 19ème siècle, révèle-t-il, aucune carte géographique n’a mentionné les appellations « Maroc », « Tunisie » et « Algérie » puisque ce sont les Français qui ont été derrière ces noms après qu’ils aient envahi l’Afrique du Nord ». « Antérieurement à l’arrivée de l’envahisseur français, explique encore l’orateur, les cartes géographiques ne mentionnaient que « la Berbérie » pour désigner l’Afrique du Nord ». Concernant plus précisément la Kabylie, le Président du MAK martèlera qu’elle n’a jamais été considérée comme « une région d’un pays quelconque mais vue et considérée bel et bien comme un pays ». Une fois ces explications fournies, Bouaziz Aït-Chebib parlera longuement de l’important segment économique de la Kabylie une fois son autodétermination arrachée. Et à l’endroit des Kabyles, pessimistes par nature et par calculs égoïstes, l’orateur leur lancera une critique d’une superbe métaphore : « Il n’y a pas au monde un homme plus indigent que celui qui n’a pas d’honneur ! ». « C’est l’Algérie qui a besoin de la Kabylie et non le contraire », a indiqué le Président du MAK avant de signaler presque toutes les actions qu’entretient le pouvoir algérien pour maintenir la Kabylie rattachée à l’Algérie. Une fois superbement démontré cette « réalité », Bouaziz Aït-Chebib annoncera le lever officiel du drapeau kabyle lors de la commémoration du 35ème anniversaire du Printemps kabyle. « Le pouvoir algérien, poursuit l’orateur, est pris de panique à présent d’où les menaces de représailles qu’il commence déjà à proférer et les intimidations lancées à l’endroit d’un bon nombre des militants du MAK dont moi-même ». L’orateur a affirmé qu’ « aucune menace ni aucune intimidation ne peut nous faire fléchir ou détourner de nos objectifs ». « Aussi bien la mort que l’emprisonnement ne nous sont étrangers », a clamé le premier responsable du MAK pour ajouter aussitôt : « Nous n’avons pas peur car nous sommes dans le juste et notre combat repose sur une bonne base ». L’orateur a indiqué que ces menaces du pouvoir sont surtout orientées vers les Kabyles de Boumerdès, Sétif, Djidjel, Bordj-Bou-Arreridj et au même temps signaler que le MAK ne peut en aucun cas laisser à leur sort les citoyens ayant subi des menaces ou des intimidations. Signalons enfin qu’avant de souligner que « personne ne peut arrêter la marche d’un peuple qui revendique son émancipation », Bouaziz Aït-Chebib a fait cette déclaration : « Nous faisons aujourd’hui ici à Sidi-Aïch le serment que le sang des Kabyles, assassinés par le pouvoir, ne sera pas vain ! ».

De Sidi Aich, Said Tissegouine