Le pouvoir recycle la haine égyptienne

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Fidèle au Nnif, le sens de l’honneur dont il se vêt comme d’une seconde peau, le peuple kabyle a manifesté son soutien à l’équipe nationale dont une bonne partie de l’effectif est kabyle et fière de l’être. Mais il y a manifestement ceux que cette ferveur sportive spontanée et partagée par le peuple kabyle avec ses compatriotes d’autres régions gène au point où ils sont arrivés à prétendre que cette fugace joie d’un jour est un discrédit pour la revendication autonomiste et le mouvement qui la porte.

Il faut être particulièrement insidieux et avoir l’esprit torturé par une haine schizophrénique pour oser cette liaison de cause à effet. Dans les faits, le MAK qui prend de plus en plus d’ampleur fait peur au pouvoir central d’Alger qui actionne la presse arabophone pour le dénigrer. Le mensonge dure un temps, la vérité le rattrape tout le temps. Le torchon d’insanités arabophone « Echourouq el yaoumi », multirécidiviste dans ses basses attaques contre le MAK et constant dans son discours haineux antikabyle, tente vainement de tromper l’opinion publique en faisant de l’excitation des supporters de l’équipe nationale en Kabylie, une remise en cause de l’idéal autonomiste.

Il faut donc conclure qu’à chaque fois que la JSK, la JSMB, le MOB ou d’autres équipes de divisions inférieures jouent, c’est la revendication autonomiste qui est mise en avant par leurs fans lorsqu’ils scandent : « nous ne sommes pas des arabes ! » et «imazighen !» etc. La JSK qui avait l’habitude de jouer à guichets fermés le fait devant des gradins quasiment vides depuis qu’elle est sponsorisée – vampirisée serait plus juste – par ce vecteur de l’antikabylisme primaire.

Au moment où l’honneur de l’Algérie a été bafoué en terre égyptienne, il se fait le gardien infatigable d’une chimérique « fraternité arabe » conformément à la lâcheté de ses maîtres. Il montre à l’évidence que son obsession à réduire l’influence du MAK peut passer avant la défense de la dignité des Algériens. Pour sa gouverne, brandir le drapeau algérien n’est pas antinomique avec l’aspiration du peuple kabyle à prendre son destin en main. L’autonomie n’est pas l’indépendance. Le peuple kabyle n’est pas prêt à sacrifier l’Algérie qu’il a irriguée de son propre sang et libérée du joug colonial. Son combat actuel consiste à mettre un terme à un néocolonialisme qui ne dit pas son nom en édifiant une Algérie réelle et plurielle qui passe impérativement par l’accession de la Kabylie à un statut d’autonomie.

La politisation du sport-roi touche à son comble. À l’unisson, les Saadane, Raouraoua, Djiar, … martelaient sans arrêt la litanie : « que le meilleur gagne pour représenter le monde arabe ». Les opérations de replâtrage d’une « fraternité » fracassée qui a montré toute sa vacuité se relayent à qui mieux mieux. Après la qualification de l’équipe nationale algérienne, Bouteflika en Arabe zélé, a adressé une lettre de remerciements à son homologue soudanais pour avoir bien veillé sur la « fraternité arabe » : « Puisse Dieu, cher frère, vous préserver ainsi que nos frères soudanais et vous rétribuer de tous ses bienfaits. Je vous félicite pour avoir réussi à organiser cette grande fête sportive entre deux pays arabes frères, inscrivant ainsi une autre page glorieuse au registre de la véritable fraternité arabe ». Dans le même délire de grandiloquente rhétorique, il félicite le Onze national qui a vaincu une équipe « sœur » et l’exhorte à représenter grandement la Oumma el arabia. Doit-on comprendre que les joueurs kabyles sont en train de défendre un honneur qui n’a jamais été le leur ?

Cette équipe qui a égayé un pays en deuil voit sa victoire détournée de sa dimension sportive pour servir de cheval de bataille idéologique. Le peuple kabyle est exclu de cet « exploit » usurpé par les tenants de l’arabo-islamisme. « Izem d Mhend i t-yengan, cciea-s d Avusliman ». Même si l’Algérie officielle et les Algériens arabophones se revendiquent du monde arabe, aucun pays arabe en revanche ne leur porte un regard fraternel. À ce sujet, les péripéties du Caire sont plus qu’édifiantes. Les Égyptiens n’ont jamais été nos frères. Ils n’en ont même jamais exprimé le souhait. Leur haine trouve ses racines dans les origines amazighes de l’Afrique du nord. Dans une case de leur subconscient qui a rejailli à cette occasion, ils affrontent une équipe amazighe qui n’a rien à voir avec l’arabité. Et ils l’ont fait savoir avant, pendant et après le match. L’Algérie est algérienne. Il est vain de l’accoutrer de défroques autres que la cuirasse qu’elle s’est elle-même forgée par sa propre histoire et son identité. Une rencontre qualificative pour le Mondial a failli provoquer une guerre entre deux « états frères ».

Le comportement des Égyptiens est intolérable. En l’absence d’une réponse officielle adéquate, la violence a pris le dessus sur la raison. Cette hystérie de la rue algérienne est encouragée par un pouvoir incapable d’assumer ses responsabilités. Au lieu d’une riposte intelligente et digne, il exploite ce sentiment revanchard pour mieux duper le citoyen et détourner l’opinion des maux qui anéantissent l’Algérie. La grève légitime des enseignants que seul le MAK a soutenue n’a suscité aucune réaction de la part du chef de l’État, de son gouvernement et même de la société civile. Le match de barrage a captivé toutes les attentions au détriment de l’école algérienne. L’Algérie sombre dans le chaos.

Au-delà de la liesse qu’elle peut générer, une qualification au Mondial ne changera rien à la réalité misérable de notre société. Après l’euphorie, c’est le retour à la panade. Encore une fois, le football est érigé en opium du peuple, un fixateur qui empêche les gens de penser à leur débine et un instrument pour noyer la Kabylie dans un ensemble pseudo national arabo-islamique. Le peuple kabyle qui a célébré fièrement simultanément la victoire de l’équipe nationale et la mort absurde de la « fraternité arabe » est conscient et éveillé. Sa clairvoyance politique triomphera de cette conspiration islamo-baâthiste à visage sportif.

Tizi-Ouzou

Bouaziz Ait Chebib

Secrétaire national à l’organique