Le président de la LADDH à l’université Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou : « Il y a régression en matière des droits de l’homme en Algérie »

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TIZI-OUZOU (Tamurt) – Le président de la Ligue Algérienne de la Défense des Droits de l’Homme (LADDH), M. Nourredine Ben Issad estime qu’il y a « une régression en matière des droits de l’homme en Algérie au cours de ces dernières années ». C’est l’ultime conclusion qu’il a tirée jeudi dernier à l’issue d’une conférence qu’il a animée à l’auditorium de l’université Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou autour du thème : « réformes législatives de 2012 : quel impact sur les droits de l’homme ? ».

Cette rencontre initiée par le comité estudiantin de l’institut des sciences politiques à l’occasion de la commémoration de la journée internationale des droits de l’homme a été l’occasion pour le conférencier de dénoncer le système de la gouvernance en Algérie qui « a freiné ou carrément chamboulé les mécanismes mis en avant à partir des années 1990 et 1991 pour assurer les libertés individuelles et collectives ». Le conférencier n’est pas allé avec le dos de la cuillère pour signaler qu’en Algérie, l’exécutif a pris réellement le dessus sur le législatif et le judiciaire.

Le Parlement est réduit par le président de la LADDH à « une simple chambre d’enregistrement » et, au même temps , a souligné que la justice n’est pas « indépendante » d’où les « égarements que l’on connaît ».
Pour appuyer sa thèse, M. Ben Issad cite l’exemple de l’administration et sa bureaucratie qui, appuyées par les dernières lois votées au Parlement, vont dans le sens de la restriction des libertés collectives et individuelles et surtout la mise à l’écart de tout appareil devant assurer l’équilibre des pouvoirs. Dans ce contexte précis, le conférencier cite l’exemple de la mainmise de l’administration sur le monde associatif ainsi le non respect dans la plus part des cas du non respect des délais quant à la délivrance d’agréments au associations quand il ne s’agit même pas de refuser l’activité associative.

S’agissant du phénomène de la corruption, le président de la LADDH l’impute à la dépendance de la justice du politique. Le conférencier ira jusqu’à définir le mot « corruption » « qui est, assure-t-il, d’origine grecque, qui signifie « destruction ». Tout en affirmant que la corruption n’est pas propre à l’Algérie, le président de la LADDH avertira quand même l’assistance sur le danger qu’elle présente. « La corruption peut être carrément la destruction de la société », dit-il en substance.

S’agissant de la pratique politique et des revendications politiques, M. Ben Issad estime que personne n’a le droit d’empêcher un individu ou un groupe d’individus d’exercer la politique ou tout simplement de faire des revendications politiques. Pour préserver et défendre les droits de l’homme, le conférencier a préconisé que chaque individu, chaque association et chaque parti politique doit s’y impliquer. Sur un autre plan, M. Ben Issad a affirmé que nonobstant la levée de l’état d’urgence qui a laminé pendant 20 ans le pays, rien n’a encore changé. Voulant mettre en avant la dichotomie existante entre le gouverneur et les gouvernés ainsi les droits confisqués aux citoyens, le conférencier cite l’exemple des élections. « Si 70% des Algériens ne votent pas, dit-il, c’est par ce qu’ils savent que leurs voix ne sont pas prises en considération par l’administration dans le choix des personnes à élire ». De ce fait, M. Ben Issad déclare qu’ en matière d’élections, l’Algérie est loin des standards internationaux.

Saïd Tissegouine