Le président du MAK à Ighil-nath-Amar (Bouira) : « Nous ne voulons pas d’argent du pétrole au prix de notre reniement !»

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Au programme, un meeting dédié à la mémoire du martyr Aïssa Amir, natif de ce village et mort héroïquement à la fleur de l’âge par balles criminelles des gendarmes lors du Printemps Noir.

Dès leur arrivée à Ighil-Nath-Amar où l’accueil fut des plus chaleureux, M. Bouaziz Aït-Chebib et les membres de sa délégation, mêlés dès lors aux organisateurs de la manifestation et de l’ensemble des habitants, se dirigèrent tous ensemble à la demeure du martyr pour présenter leurs hommages à sa famille. Le paternel n’était à ce moment-là à la maison. Toutefois, il ne tardera pas à se manifester. C’est donc la mère et les frères du défunt qui ont accueilli les visiteurs.

M. Bouaziz Aït-Chebib, toujours maître de son verbe, a prononcé un discours pour la circonstance. Il a rassuré la vielle mère, toujours plongée dans l’affliction de la perte de son enfant, que la Kabylie, toujours fidèle à ses serments, n’oubliera jamais ses martyrs et que feu Aïssa Amir « est mort pour la bonne cause ». De son côté, la vieille mère a témoigné que son défunt enfant, de son vivant, « consacrait sa vie à la Kabylie. D’ailleurs, c’est pour cette chère Kabylie qu’il est mort ». Les tendres et courageuses paroles de la vielle mère augmentèrent d’intensité l’émotion de l’assistance. Sur la grande table du salon, était posé le portrait du martyr. Après des échanges de mots pour la circonstance, le président du MAK a remis, à titre de reconnaissance et de mérite, un drapeau aux couleurs kabyles à la vielle mère qui l’accepta avec joie et honneur.

Après cette cérémonie exécutée avec beaucoup de solennité, le président du MAK et le reste de l’assistance quittèrent la paisible et fière demeure pour se retrouver sur la place du village pour l’animation du meeting. Après une observation d’une minute de silence, le président du MAK se lança dans un long discours où les motivations justes et légitimes du MAK et les supercheries du pouvoir d’Alger ainsi que la lâcheté et les cupidités de ses complices ont été démontrées et portées à la connaissance de l’assistance. Celle-ci, fort nombreuse et attentionnée, a appris effectivement, hier en fin d’après-midi, de la bouche de M. Bouaziz Aït-Chebib, les raisons de la création du MAK, ses objectifs, les concepts de l’autonomie, comment sera la Kabylie autonome, tant sur les plans économique, social, culturel, politique, administratif, sécuritaire, religieux etc. De même, l’orateur a donné un aperçu historique sur la Kabylie avant d’expliquer ensuite la situation présente aussi bien du côté du peuple kabyle que du côté du pouvoir et de ses supplétifs.

Le président du MAK, avec des arguments scientifiques à l’appui, a démontré, encore une fois, que les Kabyles forment et constituent réellement un peuple. Et du coup, il a démontré que la revendication du MAK quant à l’autonomie de la Kabylie ne relève pas de l’inédit puisque beaucoup de pays ont instauré depuis longtemps ce mode de gouvernance qui leur a formidablement réussi. M. Bouaziz Aït-Chebib a cité des cas d’exemples dont l’Espagne, le Danemark, le Canada, les Etats-Unis d’Amérique, la Suisse et l’Italie. « Seule la France parmi les pays développés économiquement, avance-t-il, continue à gouverner selon le modèle du jacobinisme. Or, il se trouve que cette France viole les droits des minorités à l’instar des Basques, des Bretons, de l’Occitan, de l’Auvergnat etc. ». Le président du MAK ajoute que « justement les dirigeants algériens qui sont les supplétifs de cette France tentent à tout prix de maintenir le jacobinisme en Algérie ».

A propos des élections législatives, l’orateur a également démontré leur insignifiance dès lors que la constitution stipule qu’une loi votée par la première chambre (APN) ne peut entrer en vigueur que si elle avalisée par la deuxième chambre (sénat). « La deuxième chambre, continue le président du MAK dans son explication, vote la loi si elle réunit elle aussi au moins 75% de ses voix ». Mr Bouazi Aït-Chebib donne encore les raisons véritables de la création du sénat ; à savoir le blocage des propositions des députés lesquels sont choisis par le peuple quand elles (les propositions) n’arrangent pas le pouvoir. « Cela, révèle l’orateur, remonte à 1997, à l’occasion des élections législatives remportées en réalité haut la main par le Mouvement de la Société pour la paix ».

En racontant l’anecdote qui va suivre, le président du MAK ne révèle pas sa source et ne cite pas les partis se réclamant de la « mouvance démocratique ». Ayant crié à la fraude pratiquée massivement au profit du Rassemblement Nationale Démocratique (RND), les responsables des partis se réclamant de cette « mouvance démocratique » se sont présentés devant le Commandant Azeddine et le Colonel Boubnider, patrons de la commission nationale de surveillance des élections pour demander « réparation ». Une fois dans le bureau de ces deux responsables, ceux-ci ont tiré de leur tiroir deux listes. L’une porte les vrais résultats des urnes et la seconde, ceux déclarés publiquement et officiellement, c’est-à-dire ceux par qui le RND « s’octroya la victoire ». « Que choisissez-vous ? La fraude avec le RND majoritaire ou la vraie avec les islamistes majoritaires ? », Ont questionné, le Commandant Azeddine et le Colonel Boubnider. « Dans ce cas, nous laissons passer la fraude », répliquèrent les indélicats responsables politiques se prenant pour la « conscience démocratique ». C’est à partir de ce cas d’ « école » que les dirigeants algériens ont pensé au moyen de contrecarrer plus intelligemment la politique des islamistes, trouvé en cela, le sénat. De cette anecdote devenue presque une maxime est prouvée aussi la malhonnêteté et l’hypocrisie des hommes et femmes jouant à la démocratie de façade car « leur vrai rôle consiste à légitimer et à donner une bonne image de marque vis-à-vis de l’étranger de la politique sordide et diabolique du pouvoir ». Pour le président du MAK, ce sont encore ces « pseudo-démocrates » qui appuient aujourd’hui le pouvoir dans ses attaques contre le MAK. Cependant, M. Bouaziz Aït-Chebib défie le pouvoir de laisser le peuple kabyle s’exprimer sur son avenir, et ce, « pour peu qu’il nous donne accès aux salles publiques et nous laisse porter nos voix par le biais des médias ».

Dans son long discours, l’orateur s’est attaqué aux détracteurs du MAK qu’il a accusés de faire dans la malhonnêteté politique et intellectuelle puisqu’ils font « l’amalgame d’une façon délibérée entre l’autonomie que nous revendiquons réellement et l’indépendance pour dresser contre nous l’opinion alors que quand il s’agit du Sahara Occidental, ils ont rejeté la proposition du Roi Mohamed VI consistant à accorder un statut de large autonomie au peuple sahraoui pour exiger l’indépendance ». De cet exemple, M. Bouaziz Aït-Chebib a démontré que ces détracteurs maîtrisent en réalité parfaitement les concepts de l’indépendance et de l’autonomie. Le président du MAK a également prouvé que la destruction de l’espace et les richesses de la Kabylie par le pouvoir en place a une corrélation directe avec « la dépendance » du peuple kabyle des rentes pétrolières. « Nous ne voulons pas d’argent du pétrole au prix de notre reniement !», a crié à ce moment l’orateur pour ajouter ensuite sur le même temps : « Nous ne sommes pas des Arabes !».

La fin du discours est précédée d’un appel à la présence massive des Kabyles à Tizi-Wezzu le 20 avril pour marcher et exiger l’autonomie de la Kabylie.