Le Projet de la grande mosquée de Marseille sur fond d’inquisition en Kabylie

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MARSEILLE (Tamurt) – Une concurrence rude et effrénée est engagée entre deux pays d’Afrique du nord, en l’occurrence le Maroc et l’Algérie, pour la détention du projet.

Chacun d’eux veut investir dans ce projet pour pouvoir contrôler par les prêches religieux la population musulmane du sud de la France, suivant ses besoins politiques.

D’ailleurs les conflits internes au sein de l’association détentrice du projet sont les témoins de cette rivalité.
Le projet a faillit être annulé par le tribunal administratif de Marseille cet été pour insuffisance de places de parking suite aux pressions exercée par le Front National.

Aux dernières nouvelles, cette mosquée de forme cubique rappelant la Kaaba, doublée d’un centre culturel islamique, sera financée par l’Algérie. Elle aura des chances de voir le jour en 2015 dans le 9e et 10e arrondissement.

Mais comble de l’ironie, l’actualité venant de la rive sud de la méditerranée durant le mois de ramadan, cet été, a été très chargée par les multiples procédures judiciaires d’inquisitions rappelant tristement celles du moyen âge contre les Kabyles chrétiens ou athées non jeûneurs.

Le premier procès a été celui de Hocine Hocini et Salem Fellak à Asqif n Ttmana (ex Michelet), qui ont été arrêtés le 12 août dernier par la police algérienne pendant qu’ils déjeunaient dans le chantier privé où ils travaillaient, en ayant pris soin de se cacher entre deux piles de briques pour éviter tout regard.
Déférés immédiatement devant le procureur de la même ville qui leur demanda pourquoi ils n’ont pas respecté les percepts islamiques, l’un deux lui a rependu qu’il était chrétien, alors le procureur énervé lui suggéra vivement de quitter ce pays car – dit-il -« ici c’est une terre d’islam ».
Même si la constitution a consacré un article pour la liberté du culte, ces deux citoyens kabyles sont poursuivis par la justice Algérienne pour atteinte et offense à l’un des préceptes de l’islam en application de l’article 144 bis 2 du code pénal.
Lors de leur comparution le 21 septembre dernier, le procureur a requis contre eux une peine de trois années d’emprisonnement, le verdict a été mis en délibération pour une date ultérieure.

Le deuxième procès concerne une dizaine de jeunes d’Ouzelaguene arrêtés aussi pour avoir mangé dans un local privé puis conduits au commissariat et traduits devant le tribunal, pour non observance du jeûne pendant le mois de Ramadan.

Ces deux procès contre les non-jeûneurs se sont soldés par un non lieu et une relaxe grâce à de grandes mobilisations des citoyens kabyles menées par le MAK (mouvement pour l’autonomie de la Kabylie), ce qui n’a pas été le cas d’un jeune de 27 ans, à Oum El Bouaki, en dehors de la Kabylie, qui a été condamné à deux années de prison ferme et 1000 € d’amende pour le même délit, à savoir atteinte à un percept de l’islam. Il est toujours en prison.

Un troisième procès concerne cette fois-ci des Kabyles de Larvɛa Nat Iraten, auxquels les autorités ont fermé leur lieu de culte et les ont poursuivis en justice pour avoir transformé un domicile privé en un lieu de prières chrétiennes.
Leur jugement était prévu initialement pour le 26 septembre dernier, il a été reporté au 10 octobre pour être reporté une seconde fois pour le 28 novembre 2010, où le procureur a demandé une peine de un de prison et vingt mille dinars d’amende, le verdict sera rendu le 12 décembre.

Comme si ces poursuites judiciaires d’inquisition ne suffisent pas, le haut conseil islamique Algérien a réagi vivement contre ces citoyens kabyles en condamnant leur conduite qu’il a jugée immorale.

Si dans les sociétés occidentales, le multiculturalisme, les diversités religieuses et ethniques sont considérés comme des atouts pour renforcer la cohésion sociale et des facteurs positifs pour le bon vivre ensemble, force est de constater qu’en Kabylie le rejet et l’exclusion de l’autre pour des motifs religieux est une règle que veulent imposer non seulement les terroristes et autre salafistes, mais aussi l’État algérien par ses tribunaux d’inquisition.

La communauté kabyle de Marseille regrette l’absence de réciprocité entre la France et l’Algérie dans le domaine de la religion.
L’instauration de cette réciprocité entrainerait l’Algérie à revoir l’article 144 bis 2 de son code pénal avant de financer le projet de la grande mosquée de Marseille.

Cet article du code pénal n’est qu’un outil juridique dressé par les tenants de l’islamisme au sein du pouvoir Algérien, dans le seul but d’entraver la liberté de culte consacrée par la constitution.

Les Kabyles, habitués à défendre les valeurs républicaines et la laïcité aussi bien dans leur pays d’origine que dans leur pays d’accueil, souhaitent que la construction de cette mosquée soit conditionnée par des engagements concrets de l’état Algérien à respecter et à ne plus violer la liberté de culte qui est une valeur ancestrale en Kabylie.

Il est de notre droit et même de notre devoir de défendre le principe de la réciprocité, afin que les minorités religieuses juives, chrétiennes, bouddhistes ou athées vivant en Kabylie, aient les mêmes considérations et les mêmes droits que nous ici en Europe, ce qui est la condition sine qua non pour construire une société de tolérance et du bon vivre ensemble.

Par Kader Dahdah de l’association Amitié Kabylie-Bouches du Rhône.

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