Légitime défense

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C’est dans un climat chargé de douleur, d’émotion et de révolte que des milliers de personnes ont accompagné, hier, à leur dernière demeure, Brahim, Karim et Rabah, les trois victimes de l’incursion terroriste contre le village d’El-Bir, à Maâtkas.

Voir une telle foule venue des quatre coins de la région est de nature à apporter quelque réconfort aux familles ciblées et surtout à rassurer l’opinion locale quant à la qualité de la vigueur, de la solidarité, ce ressort ancestral puissant qui a toujours permis à la Kabylie de résister et de vaincre les plans diaboliques de ses ennemis d’hier et d’aujourd’hui.

Mais, jusqu’à quand la Kabylie continuera-t-elle de voir ces imposantes processions macabres ponctuer le quotidien dans ses villages ? Jusqu’à quand sera-t-elle réduite à compter ses morts en ravalant sa colère ? Jusqu’à quand ses enfants désireux de contribuer à son développement seront-ils contraints d’aller investir ailleurs pour échapper aux rapts dont les auteurs restent invisibles ?

Autant d’interrogations qui posent la problématique du dispositif sécuritaire en place. Pour ne prendre que l’exemple de cette meurtrière semaine qui vient de s’écouler avec une montée en puissance sans précédent de la violence, on a du mal à comprendre que les terroristes puissent avoir une telle facilité de manœuvre.

Aujourd’hui, il y a plus que jamais nécessité d’un réaménagement, d’une réarticulation de la politique sécuritaire dans la région pour une plus grande dissuasion. Car les barrages fixes tous les cent mètres, ce n’est pas efficace et c’est même contre-productif à certains égards.

Il y va donc de la responsabilité de l’État, tenu d’assurer la protection des biens et des personnes. Faute de quoi, la population va devoir penser à s’armer. Ce sera de la légitime défense. Un tel scénario n’est pas souhaitable, au demeurant. Mais qui sait ? Et l’histoire nous apprend malheureusement que quand il y a la grippe au sommet de l’État, la Kabylie éternue.