«Les Algériens avaient réclamé la semoule, on leur a offert la démocratie » dixit A. Bouteflika – Vrai engagement ou simple manœuvre de Bouteflika?

1

«La levée de l’état d’urgence sera une nouvelle page ouverte sur la voie des réformes globales, lesquelles ne sauraient être fructueuses en l’absence de réformes politiques », a indiqué Bouteflika dans un message adressé aux participants à une conférence organisée à Mostaganem à l’occasion de la fête de la victoire, et lu par son conseiller, M. Mohamed Ali Boughazi.

Selon lui, les réalisations matérielles en cours vont de pair avec le processus politique visant «l’édification d’un pays fort et d’un Etat fort avec des citoyens forts». Jeudi, en visite à Tunis, la secrétaire d’Etat américaine a exprimé son souhait à ce que « les autorités algériennes accordent plus d’espace » au discours politique, à l’opposition, à l’intégration économique et au développement des entreprises. «Nous savons qu’il y a une liste de pas à accomplir pour accroître les chances de succès des efforts de réforme en cours et nous espérons les voir franchis dans les semaines et mois à venir», a-t-elle déclaré.

Cette sortie de Bouteflika procède-t-elle donc de la manœuvre dont il est familier ou a-t-il agi sous la pression ? Il faut dire que bien avant les recommandations américaines, l’ancien Premier Ministre français, Jean Pierre Raffarin, en visite à Alger, avait déclaré que le Président Bouteflika allait «annoncer des initiatives d’ampleur, mais dont je ne connais pas le contenu». Les soutiens politiques du Président dont notamment les deux partis de l’alliance présidentielle, le FLN et le MSP, ont plaidé il y a quelques jours pour une réforme « profonde » de la Constitution. Seul pour l’heure Ouyahia, visiblement en froid avec ses pairs, ne s’est pas exprimé sur la question. Indice de ce malaise : jeudi, il n’a pas participé à la conférence sur la criminalisation du colonialisme à laquelle ont participé Belkhadem et Bouguerra Soltani.

Conjugués à la pression de la rue et les bouleversements régionaux, on peut accréditer la thèse selon laquelle Bouteflika entend devancer les événements, en procédant à des réformes de nature à opérer la rupture escomptée. Mais c’est compter sans le profil du personnage. En 2001, au faîte des événements de Kabylie, il avait choisi le lointain Nigeria pour participer à un sommet sur le sida au lieu de répondre à la revendication des jeunes manifestants kabyles. Il aura fallu la mort de 126 jeunes pour qu’enfin il concède à constitutionnaliser la langue Tamazight

Récemment encore, lors des émeutes de janvier, il s’était empressé, via ses relais politiques et médiatiques, de réduire la contestation à la simple dimension sociale. «Les Algériens avaient réclamé la semoule, on leur a offert la démocratie », avait-il déclaré un jour, à propos des événements d’octobre 1988, selon Me Ali Yahia Abdenour. De là à dire qu’il est disposé à déconstruire un système qu’il a lui-même fondé, il y a un pas qu’il est difficile de franchir. Mais au-delà, il s’agit surtout de savoir la nature des réformes souhaitées. Et si elles ne feront pas encore une fois la part belle à l’islamisme, au détriment d’une République résolument tournée vers la modernité.

COMMENTER

Veuillez entrer votre commentaire!
Veuillez entrez votre nom ici