Les architectes en colère

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CONTRIBUTION (Tamurt) – Les architectes algériens en général et particulièrement ceux de Tizi-Ouzou (Tizi-Ouzou) sont très en colère. Rien ne va plus dans le métier et la pratique de l’architecte. La situation est telle qu’ils ont décidé de se rendre à Alger pour organiser une marche de la place du 1er Mai jusqu’aux sièges du Premier ministère et du ministère de l’habitat afin de crier leur ras-le-bol aussi bien à la face d’Ahmed Ouyahia qu’à celle de Nourrdine Moussa.

En tout cas, c’est la décision arrêtée hier après-midi par les architectes de la wilaya de Tizi-Ouzou à l’issue de leur réunion tenue à l’hôtel Lalla Khedidja de Tizi-Ouzou. Sous la présidence de Mme Leïla Bouterfa, présidente du conseil local des architectes, les différents intervenants, à l’instar d’ailleurs de leur présidente, ont, à l’unanimité, souligné que la situation du monde architectural est « si catastrophique » qu’il est temps d’y mettre « un holà ». Chaque intervenant a pu mettre de sa touche pour recenser les différents maux dont souffrent les architectes. En clair, ils demande la réhabilitation de l’architecte et la moralisation du métier. Bien sûr, le premier responsable de cette situation qui ne peut plus durer est l’Etat algérien, plus exactement le département ministériel que dirige M. Nourredine Moussa. Fidèle à sa politique de « diviser pour mieux régner », l’Etat algérien a commencé par « briser » en deux l’Ordre des Architectes, organe à considérer comme la « colonne vertébrale » du monde architectural. En effet, aujourd’hui le Conseil National des Architectes (CNA) est divisé en deux ailes. La première est présidée par M. Kamel Ben Boulaïd et la seconde par M. Athmane Touileb. Chacun de ces deux hommes crie à qui veut l’entendre que c’est le président « légitime » du CNA et, naturellement, chacun des deux hommes a derrière lui un certain nombre d’adhérents. A l’échelle nationale algérienne, on dénombre cinq mille (5.000) architectes. La wilaya de Tizi-Ouzou compte à elle seule 253 architectes. A l’issue des débats, nous avons retenu que seulement un nombre restreint d’architectes, et ce, à l’échelle nationale algérienne, est reconnu comme tel puisqu’ils bénéficient des marchés. Quant aux autres, ils sont livrés à eux-mêmes.

De quoi s’agit-il exactement ?

L’ Administration, principale donneuse de marchés, fait le sélectif douteux. Un architecte « proche d’elle » obtient des marchés qui lui permettent de se faire une bonne situation. Les autres sont complètement ignorés. Les participants à cette réunion ont parlé de concurrence « déloyale ». Pire encore/ l’administration offre des marchés aux bureaux d’architecture étrangers alors que les architectes nationaux n’ont pas le droit de prétendre à un contrat étranger. A vrai dire, les marchés juteux sont octroyés aux architectes étrangers. Pour rendre légale l’exercice architectural étranger en Algérie, le département ministériel de M. Nourredine Moussa leur remet une autorisation. Et naturellement la rémunération de bureaux d’architecture étrangers sont payés en divises. Aussi, il n’est point besoin d’être Jérémie pour deviner les réelles motivations des partisans de contrats avec les étrangers. L’autre point crucial soulevé par les architectes de Tizi-Ouzou est l’interdiction qui est faite au CNA de pouvoir contrôler et vérifier l’identité du bénéficiaire du marché (le bureau d’études). L’Administration autorise seulement « un regard » sur le chapitre financier et la prestation. Donc pour le CNA, ou du moins les architectes de la wilaya de Tizi-Ouzou dénoncent ce qu’ils appellent « le non respect du code des marchés publics ». Ces pratiques dictatoriales ont fini à la longue par créer d’autres maux dans le monde des architectes. En effet, de simples techniciens de bâtiment, y compris ceux des services techniques des institutions publiques, se permettent de faire des plans de construction à des particuliers contre paiement. Le pire, c’est que pour rendre le travail tout aussi légal qu’acceptable, ils apposent sur le document établi le cachet d’un architecte. Celui-ci demande à cet effet une certaine rémunération. Dans cette pratique courante, nous pouvons remarquer deux anomalies. La première : un simple technicien de bâtiment est loin de jouir de la compétence d’un architecte. La seconde : l’illégalité d’apposition d’un sceau d’un authentique architecte sur un plan de construction exécuté par un non architecte.

Pourquoi une telle pratique ?

Les prix demandés par les techniciens de bâtiment pour l’établissement d’un plan de construction sont dérisoires par rapport à ceux reconnus et admis par les normes. Aussi, de telles pratiques ont obligatoirement entraîné un autre phénomène. Les clients, c’est-à-dire les gens appelés à établir des plans de constructions, s’adressent à ces techniciens de bâtiment. Etant souvent des néophytes sur le profil de l’architecte et de son savoir, les clients obéissent à la loi du « mieux-disant », c’est-à-dire ils optent pour les bas prix. Devant cette fuite de clients, certains architectes – certainement la plus part d’entre eux — ont été contraints d’afficher les mêmes prix que leurs concurrents et qui ne sont autres, bien entendu, ces techniciens de bâtiment. A titre d’exemple, le prix demandés en 2005 pour l’étude d’une construction par les architectes était d’un montant de I2.000, 00 DA. Aujourd’hui, la même étude est faite pour un prix ne dépassant guère 5.000, 00 DA. « Il faut aller vers l’instauration d’un barème », ont proposé les participants à la réunion tenue à Lalla Khedidja. Un intervenant a cité comme exemple le barème fixé par les architectes de la wilaya de Sétif. Il a même exhibé à l’assistance le modèle de ce barème porté sur un feuillet. A Sétif, c’est l’ensemble des architectes qui est tenu au respect strict des prix. Les architectes de Constantine ont également établi leur propre barème dès l’année dernière, selon un autre intervenant. Le souhait formulé par certains architectes de Tizi-Ouzou est d’arriver à l’instauration d’un seul barème à l’échelle nationale algérienne. Enfin, ils déclaré qu’ils est temps que le ministère de tutelle détache le statut d’architecte dans l’organisme dit « Bureau d’Etudes Techniques (BET) dans lequel il est dilué car ce dit organisme est une personnalité morale alors que l’architecte est d’une personnalité physique.

Un tel souhait peut-il être réalisable ?

«Le combat sera long et difficile », a lancé un intervenant installé à la tribune aux côtés de la présidente de séance. Pour d’autres participants, l’entente à l’échelle nationale algérienne relève de l’utopie et, par conséquent, militent pour une entente à l’échelle de la Kabylie, à savoir Tizi Wezz, Bougie (Béjaia) et Tuβiret (Bouira). D’ailleurs, certains architectes nous ont déclaré en aparté que seuls les architectes de Kabylie mènent une lutte pour mettre fin à la « clochardisation » du métier de l’architecte. Il est vrai que certains métiers obtenus à l’université ont été dévalorisés à outrance. Mais faut-il s’en étonner quand l’Etat algérien et ses institutions sont dirigés majoritairement par des bandes de sacripants ? Il semble à présent clair que seule l’autonomie de la Kabylie peut mettre fin à l’immoralité légalisée en Algérie dès les premières heures ayant suivi l’indépendance.