Les At Argane jurent d’ouvrir une route vers Tikjda

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Tikjda
Tikjda

AT ARGANE (Tamurt) – La route reliant At Argane à Tikjda est un projet qui tient à cœur les habitants de ces deux localités. Deux localités kabyles, la première relevant de Tizi Wezzu et la deuxième de Tuvirett que le régime veut à tout prix séparer. Le projet de cette route remonte, au fait, à l’année 1985. Il devait être financé par la wilaya. C’était un immense espoir pour les habitants de la région qui étaient enclavés. Mais l’espoir n’a été que de courte durée. Le projet, pour des raisons inconnues, a été confié à la commune dans le cadre du Plan Communal de Développement, (PCD). Les travaux ont été abandonnés pour des raisons obscures, au départ, et sécuritaires par la suite. Ils n’ont jamais repris depuis. Toutes sortes d’excuses qui ne tiennent pas debout ont été évoquées par les autorités afin de convaincre les villageois de la région. Mais ces dernier ont fini par comprendre que le régime a décidé de geler ce projet et de ne jamais le réaliser pour des raisons de stratégie politique. 

Les villageois avaient sans cesse insisté auprès des autorités, pour la reprise du projet.  Ils ont aussi sollicité  les différents acteurs ayant le pouvoir de sa réalisation. Il s’agissait pour les At Argane de l’avenir de leurs enfants livrés en pâtures aux affres de l’isolement. Las d’attendre depuis des décennies, les At Argane ont décidé, seuls, de réaliser ce projet, avec leur propres moyens et de défier l’Etat algérien qui voit ce rapprochement d’un mauvais œil. Ils ont fait appel à leur solidarité ancestrale, ultime planche de salut en pareilles circonstances. A la question de savoir pourquoi réellement les autorités refusent de réaliser ce petit projet d’une grande utilité? les villageois sont unanimes: « le pouvoir veut nous isoler des régions de Tuvirett ». Ce sont des reflexes de cloisonnement qui en rappellent d’autres plus douloureux.

Les habitants d’At Argane, alors,  ont retroussé leurs manches et ont organisé plusieurs journées de volontariat. Chaque villageois à participé à ce projet qui consiste à ouvrir une piste en plein montagne du Djurdjura pour  sortir de l’isolement et relier leur localité à celle de Tikjda, du côté Tuviret. Une piste de 07 kilomètres seulement, mais qui a demandé d’énormes efforts, vu la topographie qui caractérise la région. Bien sur,  comme il fallait s’y attendre, les autorités ont essayé de saboter ce projet par tous les moyens.  La piste a été jugée  « illégale »vis-à-vis des lois algériennes. L’excuse du  Parc National Djurdjura (PND),  que la piste va traverser sur 7 kms, est avancée pour arrêter le projet. La directeur du PND évoque les nuisances sonores que provoqueraient « des véhicules qui emprunteraient cette piste, carrossable à double sens, des régions kabylophones de Tizi ouzou et de Bouira, la piste ne pourra par voir le jour ». Pourtant, ces mêmes  hauts responsables du PND « n’ont soufflé mot  sur le désastre écologique de réalisation d’une grande mosquée baptisée Ibnu Nafa dans une zone du parc de Tikjda très sensible aux décibels des haut-parleurs des minarets. Une nuisance sonore insupportable pour les oreilles des animaux, selon les promoteurs de ce projet », répliquent les habitants d’At Argane.

Pis encore, bon nombre  de personnages de la nomenklatura du régime algérien  possèdent  des chalets dans la zone centrale du territoire du parc national.  Le  colonel Bencherif,  ancien patron de la Gendarmerie nationale algérienne,  durant l’époque de Boumediene, possède un grand chalet en plein parc du Djurdjura. Ces enfants viennent souvent passer des week-ends avec leurs amis dans ce haut lieu de villégiature, selon un élu de la région. La progéniture de ce colonel, de triste mémoire,  jouit encore de la nue propriété de ce chalet villégiature. Le bétonnage dévore tous les jours le territoire du parc du Djurdjura,  censé être  protégé par les lois algériennes.

Il est à rappeler que cette piste avait été initiée par le Maire du Parti unique en 1985, avec les deniers de l’Etat algérien et  tous les documents administratifs y afférents dont même  des explosifs pour briser les grands pierres afin de réaliser la première piste carrossable dans d’utilité publique des régions limitrophes du mont du Djurdjura.

Faut-il rappeler que les RN26 et 33 traversent le territoire du parc  Djurdjura. La réalisation de ces deux routes s’est passée sans coup férir, d’autant plus que la direction du PND n’a pas opposé un veto pour interdire ces projets de routes nationales. Les  habitants des At Argane dénoncent les politiques de deux poids deux mesures des autorités algériennes qui autorisent un tronçon  d’autoroute Est/Ouest traversant la réserve biosphère du Parc d’El-Kala, ayant le même statut avec le Parc Djurdjura,  dans la région arabophone d’El Taref. Autorisation signée par le Ministre des Travaux public algérien, Amar Ghoul, issu du parti islamiste du Hamas.

Les At Argane  expriment également leur indignation envers  un quotidien national algéien, La Dépêche de Kabylie, journal proche des cercles du régime algérien qui a déversé son fiel en toute partialité et partie pris en rapportant des contre-vérités dans ses colonnes sans faire dans le professionnalisme et s’empêtrant dans la manipulation avec un tissu de mensonge sur la réouverture de cette piste carrossable reliant la région de la Commune d’Agouni Gueghrane vers la commune de Haizar.

L’Etat algérien veut ériger une muraille de Chine pour séparer les Kabyles du coté de Tizi Ouzou de ceux de Bouira afin de favoriser sa politique de dilution des Kabyles de Bouira dans le processus d’arabisation. Il veut notamment maintenir les chemins  impraticables depuis Tizi Ouzou  vers Tikjda et le mont du Djurdjura en général, dont l’accès n’est favorable qu’aux régions arabophones, pour montrer que les touristes sont tous plutôt arabophones.

Plus que jamais déterminés les villageois des At Argane sont sur le pied de la mobilisation générale des deux cotés du mont Djurdjura pour maintenir la réouverture de cette piste carrossable reliant la population de Tizi Ouzou à celle de Bouira en quelques minutes par cette route praticable d’été comme d’hiver si les autorités publiques sont prêtes à déneiger et à apporter les commodités d’ouvrages nécessaires pour cette route de désenclavement de toutes les régions limitrophes kabylophones séparées administrativement et politiquement  par les pratiques discriminatoires à l’égard de la Kabylie par l’Algérie.

Les promoteurs de cette initiative esperent relier les régions kabylophones limitrophes par cette voie de communication aussi rapide que praticable. Ils appellent les Kabyles épris de liberté et de dignité à se solidariser avec les habitants des villages des At Argane et rester mobiliser pour d’éventuels soutiens en cas ou il serait nécessaire d’agir dans l’intérêt de la Kabylie victime d’un mure de séparation à l’instar de celui de la bande de Gaza érigé pour des considérations ségrégationnistes envers les Kabyles des deux régions kabylophones.

Enquête réalisée par Kaci At Hend