Les événements du 20 août 1955 : vrai séisme historique

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Tamurt – Deux dates marquantes, voire symboliques dans l’histoire de l’Algérie sont incontestablement le 20 Août 1955 et le 20 Août 1956. Deux braves et indomptables hommes dont l’étendue militaire et politique va peser sur le devenir d’une Révolution volcanique : Zighout Youcef et Abane Ramdane.

Ce sera le point de non-retour d’une révolution populaire qui va être l’enceinte d’une manœuvre historique et un cortège d’un précepte doctrinal devant conduire à un processus de libération nationale d’une Algérie ensanglantée mais tenace.

Le 20 août 1955 : un grand tournant dans la révolution algérienne

Le 20 août 1955 commençait l’un des épisodes les plus criminels et les plus barbares de l’histoire algérienne : les massacres du Nord-Constantinois. Cet évènement majeur de la révolution algérienne (1954-1962) fut, de par sa cruauté extrême, le véritable tournant d’une révolution longtemps étouffée sinon niée.

Dix ans après le terrible carnage du 8 mai 1945 qui a résulté d’un nombre considérable voire spectaculaire de victimes à Sétif, Guelma et Khérata, le rapport de force sorti du champ de bataille est inscrit dans la structure institutionnelle du pays – ce « deuxième collège sans ambiguïté », écrit Claire Mauss-Copeaux, qui fait que « la majorité démographique est transformée en minorité civique, afin que la loi et l’ordre restent entre les mains des Européens dans tous les domaines1 ».

zighoud youcef

C’est dans ce contexte que le nouveau chef de la Zone II, Zighoud Youcef (après la mort deDidouche Mourad le 18 janvier 1955) et son adjoint Lakhdar Bentobbal, prennent l’initiative d’organiser une offensive-attaque d’une grande ampleur contre plusieurs objectifs de la colonisation dans la région qui comprend principalement les villes de Constantine, Skikda, Guelma et Collo.

Il s’agit d’apaiser la pression et de desserrer l’étau sur la région voisine des Aurès-Nememcha et la Kabylie où l’armée française déploie un imposant dispositif de razzia qui étouffe le maquis autant que la population locale. Aussi est-il de la volonté de fer des maquisards de la Suppression définitive de la légende de l’invincibilité de l’Armée Française.

Ceci dit, l’insurrection – qui voit, dans l’ensemble, des dizaines de milliers d’Algériens rejoindre les combattants de l’Armée de libération nationale (ALN) a lieu le jour du deuxième anniversaire de la déposition du sultan du Maroc (exil du Roi Mohamed V à l’Ile de Madagascar), manifestant ainsi le soutien des Algériens aux Marocains. Les objectifs visés par les révoltés sont eux-mêmes très significatifs voire hautement symboliques.

Au-delà des figures révoltantes de l’imaginaire colonialiste, les récits d’août 1955 hantés par la tornade noire prévue par des Algériens rebelles intègrent un dispositif précis, qui vise manifestement deux objectifs : D’un côté, il s’agit de l’opposition intégrale et formelle aux manoeuvres de Jacques Soustelle et à ses reformes politiques et économiques qui visent la division des Algériens. D’un autre côté, il s’agit d’attirer l’opinion publique vers la cause Algérienne surtout après la décision du « congrès de Bandung » des pays non-Alignés en Juillet 1955, revendiquant le droit à l’autodétermination du peuple Algérien, et l’inscription de la question Algérienne à l’ordre du jour de l’organisation des Nations-Unies durant la session de Septembre 1995.

Le bilan d’une répression

Le prix que nous avons payé était très lourd. Après le 20 août, pas moins de 12 000 morts ont été inscrits sur nos registres avec le nom et l’adresse de chacun d’eux, car leur famille devait recevoir une allocation. C’est la raison pour laquelle nous avons insisté pour que le recensement soit exact2, dira Lakhdar Bentobbal, adjoint de Zighoud Youcef à l’époque.

La révolution devient véritablement une guerre d’indépendance, embrase toute l’Algérie et sème l’insécurité et la terreur dans plusieurs régions. L’armée française riposte avec promptitude. Dès le 23 août 1955, le gouvernement colonial décide le rappel du demi-contingent libéré en avril et le maintien sous les drapeaux du premier contingent de 1954.

mouvement insurrectionnel

Cette « toussaint rouge » sera le tournant principal de la lutte nationale algérienne. Cet événement donnera à la Révolution non seulement un caractère populaire, mais basculera aussi tout le peuple algérien dans la lutte armée et les dirigeants politiques dans les rangs du FLN. La tragédie du 20 août 1955 réussira également à attirer l’attention de l’opinion internationale sur l’Algérie, une attention qui se matérialisera par l’inscription de la «question algérienne» à l’ordre du jour de l’assemblée générale de l’ONU le 30 septembre 1955. À partir de cette date, la révolution prendra véritablement son envol. Elle sera organisée lors du congrès de la Soummam.

En conclusion, le 20 Août 1955 donnera à l’Algérie une autre image, et la révolution connaîtra une étape nouvelle, celle d’être soutenue entièrement par le peuple qui provoquera un retentissement international. De nombreux messages de sympathie et d’appui seront adressés aux délégations du FLN à l’extérieur par l’Egypte, la Syrie, l’Arabie Saoudite, le Pakistan, l’Inde, la Chine et même les USA qui manifesteront leur soutien à la cause algérienne. Sans nul doute, le 20 août 1955 sera le germe d’une révolution en pleine ébullition qui viendra une année après théoriser sa plate-forme politique et militaire à l’occasion du Congrès de la Soummam dont le maître d’œuvre sera le « tigre de la Kabylie », Abane Ramdane.

Laakri Cherifi

1 – Algérie, 20 août 1955. Insurrection, répression, massacres par Claire Mauss-Copeaux, Payot, 2011, p. 279.

2 – Ghada Hamrouche, Guerre d’indépendance : Tout ce jouera le 20 août 1955, La Tribune, 18 août.