Les fausses révolutions du « Printemps arabe » (2ème partie

3

Il est donc naturel que les islamistes (les forces politiques les mieux organisées grâce aux aides des frères arabes), qui ne sont pas des révolutionnaires mais des conservateurs qui rêvent de revenir au Califat d’il y a quinze siècles, récupèrent à leur profit la chute des régimes militaires entraînée par ces révoltes.
Or les islamistes (toutes tendances confondues) veulent retourner à une société du moyen âge idéalisée jusqu’au mythe, mais qui n’a jamais existé que dans l’esprit et la plume de ceux qui ont falsifié l’histoire de l’islam même, qui n’est autre que l’histoire politique et militaire d’un empire colonial des plus sanglants. Est-ce cela la révolution ? On a vu comment les islamistes une fois arrivés au pouvoir, essaient rapidement de mettre en place les structures à travers lesquelles ils cherchent à installer la « charia ». Car tout islamiste qui se respecte rêve d’appliquer la charia, autrement, ce ne serait pas un islamiste. On a vu comment Monsieur Morsi, normalement le Président de tous les égyptiens, a refusé de serrer la main de Madame Clinton, fidèle en cela aux préceptes de l’islam radical.

En fait, les valeurs véhiculées par l’islam politique radical sont des valeurs nées dans une société à la misogynie poussée à l’extrême par une société arabe patrilinéaire de nomades du désert qui n’hésitaient pas à enterrer leurs filles vivantes par peur de la honte. Le voile intégral, la burka et autres symboles inhérents à l’islam salafiste et wahabite, comme le pouvoir concentré dans les mains d’un seul patriarche, ne sont pas islamiques mais arabes car antéislamiques.
On le voit déjà dans les pays où les islamistes sont arrivés au pouvoir, la chariâ est exigée comme source du droit, la liberté et l’égalité hommes-femmes, la diversité culturelle, linguistique, ethnique et même politique n’est pas reconnue ou l’est uniquement par tactique politique eu égard à un Occident et des libéraux et démocrates nationaux, inquiets de la tournure que prennent les événements.

Ce qu’on appelle donc les « révolutions arabes » ne sont que des révoltes sans lendemains, de fausses révolutions qui font le lit de régimes islamistes « dit modérés » mais qui ne tarderont pas à vomir à la face du monde les mêmes perversions que les talibans ou les fous barbus du désert qui ont détruit Tombouctou devant les yeux d’une communauté internationale médusée par la bêtise, mais qui ne réagit que par des déclarations mitigées, et qui n’ pas pris au sérieux les appels à l’aide et les mises en garde des touareg laïcs du MNLA.
Aussi bien les régimes déchus que les islamistes qui leur disputent le pouvoir depuis longtemps, l’islam politique était- est- toujours un enjeu fondamental, un instrument politique à double tranchant entre ceux qui tirent les ficelles : les monarchies du Golfe, ceux qui croient et agissent de par le monde par ignorance de la vérité historique du salafisme et du wahabisme qui ont pris l’islam en otage depuis le bannissement de tout rationalisme de la pensée religieuse musulmane, et un Occident qui ne sait pas encore comment se comporter face au nid du terrorisme international qu’est le Proche Orient arabe, et qui, déjà, dicte ses lois au monde, Occident en tête . Le rouleau compresseur islamiste est l’œuvre de l’autre face de l’arabisme : l’islam politique.

Dans « les hommes représentatifs », Emerson «écrit ceci : « Tout livre est une citation…et tout homme est une citation tirée de tous ses ancêtres. »

L’Afrique du Nord n’est pas arabe. Le rationalisme amazigh, exprimé par Saint Augustin et tant d’autres penseurs nord africains est depuis quinze siècles en lutte contre la pensée religieuse et mythique arabe. Le Mouvement Amazigh est là pour témoigner de ce combat difficile et inégal entre la liberté et le despotisme, entre la citoyenneté et le communautarisme religieux, entre les valeurs humaines universelles et les tenants de la oumma arabe d’abord, islamique ensuite, en guise de soutien à la première, véritable projet de dominer le monde.

S’il existe une exception marocaine dans ce grand désordre appelé « Printemps arabe », on le doit au rationalisme amazigh, à cette permanence amazighe dont a parlé Jean Duvignaud il y a plus de trente ans dans son livre « Chebika » : « Sur cette terre -l’Afrique du Nord-carrefour de toutes les civilisations, se sont mêlés les dieux égyptiens, puniques, grecs, … le dieu des juifs, des chrétiens et des musulmans à la religion nord africaine des anciens imazighen… Est donc berbère ce qui n’est pas d’origine étrangère, c’est-à-dire ce qui n’est ni punique, ni latin, ni vandale, ni byzantin, ni arabe, ni turc, ni européen…Soulevez ces différentes strates culturelles, certaines insignifiantes, d’autres d’une puissance et d’un poids considérable, et vous retrouvez le Numide et le Gétule, dont les descendants, avec un entêtement narquois, sous d’autres noms, sous d’autres croyances, pratiquent le même art de vivre, conservent dans l’exploitation d’une nature peu généreuse, des techniques d’une étonnante permanence ». Dans « Chroniques berbères », Jean Duvignaud ajoute qu’à travers : « Ce dynamisme berbère qui survit à deux mille ans de convulsions et d’histoire, sous des formes diverses et contradictoire … à travers Carthage, Rome, l’islam, les turcs, la présence européenne, et même aujourd’hui les indépendances du Maghreb, se développe patiemment, opiniâtrement, la « nébuleuse berbère ».

Ali khadaoui

Maroc