Les maquis de Kabylie « infestés » par des groupes armés

5

KABYLIE (Tamurt) – Il y a six jours de cela, avons-nous appris auprès d’une source crédible, que des hommes armés ont dressé un faux barrage sur la route reliant les villages de Taourirt et Tigrine dans la commune de Mekla. A l’issue de cette opération hors-la-loi, un transporteur de voyageurs, originaire du second village cité, a été délesté de son véhicule de travail après avoir été obligé ainsi que les autres voyageurs à mettre pied à terre. Plus tard, le fourgon en question sera retrouvé à la sortie du village de Taourirt, à partir d’où on peut facilement rallier la forêt de Larbaâ. Une source proche des services de sécurité a laissé entendre ce matin au siège de la wilaya à l’occasion du regroupement des journalistes qui s’inscrit dans le cadre de la journée internationale de la presse, que ce genre d’acte relève de la banalité. Cela sous-entend que ces groupes armés n’ont jamais quitté le territoire de Kabylie. Cette petite phrase lâchée sans doute sans la moindre arrière-pensée balaye la thèse des dirigeants algériens selon lesquels le terrorisme est réduit à l’état résiduel. Ce qui semble surtout curieux c’est que ces « terroristes islamistes » ne semblent pas être dérangés par les pratiques prohibées par l’islam.

En effet, à Tizi-Ouzou-ville, les bars où l’on sert comme chacun le sait de l’alcool, les hôtels, les pizzerias, les salons de coiffure féminins où la prostitution bat son plein n’ont jamais attiré ces pseudo-artisans et partisans d’un état islamique. Même sur les routes considérées dans les années I990 comme des coupe-gorges, il y a de ces produits prohibés par l’islam en veux-tu en voilà. Il y a toutes sortes de produits alimentaires et de boissons. Même la viande de sanglier est servie en abondance. Tout dépend de l’appétit du client et de la grosseur de son portefeuilles. On peut se remplir la panse ou se « mouiller » le gosier dans ces relais routiers à n’importe quelle heure de la journée ou de la nuit. Aussi, il est légitime de s’interdire de conjecturer que parmi les habitués de ces relais routiers figurent certains de ces « terroristes-islamistes ». L’autre élément permettant de douter de l’inexistence dans les maquis kabyles d’authentiques terroristes islamistes est la présence massive de militaires. Il ne serait pas erroné d’affirmer que la Kabylie est militarisée.

En effet, dans les forêts d’Aguergour, Sidi-Ali-Bounab, Takhoukht, Mizrana, Yakouren, Adekkar et tant d’autres régions boisées, le nombre de campements militaires et la logistique les accompagnant donnerait l’impression que l’armée algérienne est en guerre avec un puissant ennemi extérieur. En plus de cela, les multiples barrages militaires fixes dressés sur les routes nationales, départementales et communales font dresser les cheveux sur la tête au plus vaillant des civils.

Devant cet état de fait, les questions que voici méritent d’être posées aux dirigeants de l’Administration d’Alger. Si le terrorisme est vaincu, pourquoi les militaires ne rentrent pas dans leurs casernes ? Si ce terrorisme n’est pas encore vaincu, pourquoi continuer à faire confiance à l’Armée Nationale Populaire (ANP) pour l’anéantir ? Pourquoi cette situation de ni guerre ni paix en Kabylie semble seulement empêcher les investissements et la relance économique ? Il est vrai que la circulation en toute sécurité de simples citoyens est réelle en Kabylie. Nous l’avons prouvé et démontré ci-haut. Cependant, cela n’est pas vrai pour les personnes identifiées comme intéressées par un éventuel investissement.

Enfin, en quoi la relance économique pourrait gêner les terroristes islamistes? A supposer effectivement que les islamistes prennent le pouvoir et réussissent à instaurer un Etat islamiste, ils auraient pour premier souci d’acheter la paix sociale. Et ils doivent savoir certainement que cette paix sociale ne peut être conditionnée que par l’offre d’emploi et l’assurance d’un salaire pour celles et ceux en âge de travailler et arrivant sur le marché du travail.

En clair le terrorisme véritable ne s’attaque jamais à des cibles économiques sur son propre sol. Non seulement, il évite les infrastructures et installations économiques mais il évite aussi des cibles humaines innocentes.

En général, seuls les personnages importants et reconnus comme ses ennemis sont ciblée. Il se trouve que jusqu’au jour d’aujourd’hui, soit après dix-neuf ans de violence, aucun hiérarque de l’Administration d’Alger n’a été envoyé dans l’au-delà par les balles de ces « terroristes islamistes ».

Les responsables de l’Administration d’Alger ont beau se payer les services de « cerveaux » devant les disculper de leur félonie vis-à-vis de l’Algérie en général et de la Kabylie en particulier, ils ne peuvent cependant pas continuer indéfiniment à mener à contre sens l’implacable logique des sciences exactes. Eh oui!, ça doit faire un bail depuis que les mathématiciens kabyles et algériens, formés à l’école de l’honnêteté, pleurent en silence. D’ailleurs, ceci nous fait penser à présent au célèbre poème d’Ahmed Azzegah : « L’aveugle et l’oiseau ».