Compte rendu de la visite des Mozabites au Parlement europeen (Bruxelles) et au haut commissariat des droits de l’Homme (Genève)

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BRUXELLES (Tamurt) – A Bruxelles le 18 novembre 2015, La rencontre a été organisée par l’Alliance Libre Européenne (ALE), et accueillie au Parlement Européen par le Député Catalan Jordi Sebastia, en partenariat avec le CMA (Congrès Mondial Amazigh).

Ont participé à la réunion : François Alfonsi (Président de l’ALE) et ses collaborateurs, Jordi Sebastia (Député au Parlement Européen) et ses collaborateurs, d’autres parlementaires européens, Gustave Alirol (Président de RPS), des représentants d’ONG internationales, les représentants du CMA (Moussa Ag Assarid, Khalid Zerrari et Belkacem Lounès), Maitre Salah Dabouz (avocat des détenus du Mzab et Président de la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme), Brahim Cherifi (anthropologue), Dabouz Mohammed et El-hachmi Bahamida (militants Mozabites et membres de l’association Izmulen pour les droits des At-Mzab) et Yella Houha (indépendentiste chawi et fondateur du MAC (Mouvement Autonomiste Chawi)).

La réunion a commencé par l’intervention du député François Alfonsi, qui a souhaité la bienvenue à la délégation et exprimé son soutien à tous les combats pour les droits de l’homme dans le monde. Le député Jordi Sebastia, dans son intervention qui concerne le problème du Mzab, rapporte que l’ambassadeur algérien a été interpelé sur les massacres qui ont eu lieu au Mzab et les arrestations des Mozabites. Ce dernier a déclaré que ce sont des terroristes responsables de ces massacres qui ont été arrêtés. Grave accusation mensongère. I MULEN Pour les droits des At-Mzab

Lounes Belkacem secrétaire général du CMA, dans son intervention a fait un exposé sur le Mzab (Histoire, géographie et société). Il dénonce la politique de l’Etat algérien de déstabilisation du Mzab.

Maitre Salah Dabouz, dans son exposé, a parlé de la situation générale des droit de l’homme en Algérie en citant comme exemple l’affaire des avocats du barreau d’Oran, puis le piétinement des droits humain au Mzab par le pouvoir algérien, en apportant des preuves irréfutables des arrestations arbitraires, des traitements inhumains des prisonniers, dont deux ont trouvé la mort à la prison de Ghardaia, ainsi que de l’instrumentalisation de la justice par le pouvoir algérien. Il démontre, en se basant sur un document officiel mais illégal, émis par le procureur général, que Kamaleddine Fekhar, Kacem Soufghalem, Noureddine Khbiti, Nacereddine Hadjadj, Noureddine Kerrouchi et beaucoup d’autres mozabites sont des détenus d’opinions qui ont été arrêtés en violation de la loi et des droits humains. Les photos montrées ne laissent aucun doute quant au parti pris des services de sécurité contre les Mozabites. Elles montrent l’encadrement des criminels qui s’attaquent aux mozabites par les forces de l’ordre.

Mohammed Dabouz et El-Hachmi Bahamida, militants d’Izmulen et en tant que témoins des évènements témoignent sur la complicité des autorités, politiques, sécuritaires et judiciaires ,et leur implication dans ces événements, en citant comme exemple l’arrestation de l’ex P/APC de Berriane, Nacereddine Hadjadj en 2014 en instrumentalisant la justice. Il sera libéré après 72 heures, et sera de nouveau arrêté le 25 juillet 2015, suite à la vague d’arrestations contre tous les activistes mozabites. Ils dénoncent la grave accusation mensongère de l’ambassadeur algérien à l’encontre des Mozabites arrêtés arbitrairement, en les traitant de « terroristes », et font remarquer que les mozabites sont plutôt agressés par des terroristes soutenus par l’Etat algérien (Les photos montrées aux députés sont parlante sur cette complicité de l’Etat algérien). Ils dénoncent aussi la torture subie par des dizaines de jeunes mozabites de Guerrara dans les locaux de la police arrêtés en 2013, ainsi que le délogement forcé de milliers de familles mozabites de leurs maisons et la radiation de plus de mille registres de commerce de mozabites, qui ontpréféré quitter le Mzab et s’installer ailleurs.

Yella Houha en s’adressant aux européens fait remarquer qu’ils (les européens) nous appellent Arabes ou Maghrebins…. Alors que nous ne sommes pas Arabes et qu’on s’appelle Imazighen.

Après ces interventions, les députés ont posé des questions pour avoir plus de précisions et ont promis d’engager des actions auprès du parlement européen et d’interpeller leur ambassadeur à propos de la question du Mzab.

A Genève le 20 novembre 2015 Au siège du haut commissariat des droits de l’homme, la délégation (Lounes Belkacem du CMA, Maître Salah Dabouz de la LADDH, El-Hachmi Bahamida et Mohammed Dabouz d’Izmulen) s’est réunie dans la matinée avec les responsables des différentes thématiques (Défenseurs des droits de l’homme, Torture, Exécutions sommaires, détention arbitraire et droits des peuples autochtones)

Mme Hee-Kyong YOO (agent des droits de l’homme à la section Groups and Accountability) qui présidait la réunion, a commencé par souhaiter la bienvenue et présenter les représentants des différentes thématiques. Monsieur Belkacem Lounes commence par faire un exposé du Mzab, peuple et culture et la guerre menée par l’Etat algérien contre les mozabites depuis 1962.

Maitre Salah Dabouz président de la LADDH et avocat des détenus politiques Kamaleddine Fekhar, Kacem Soufghalem, Nacereddine Hadjadj, Noureddine Kerrouchi et autres détenus d’opinion, démontre le caractère politique des arrestations de ces détenus et les différentes violations des droits de l’homme et de la loi. Il a ensuite projeté des photos et séquences de vidéos, où l’on voit clairement l’implication des policiers et gendarmes aux cotés des agresseurs dans les agressions des Mozabites. La vidéo la plus choquante fut celle où l’on voit 13 policiers en train de tabasser à mort un Mozabite avec des matraques. Il s’agit du défunt Khaled Hadj-Said qui a succombé après à ses blessures.

Les responsables ont posé des questions pour avoir plus de précisions, et ont promis d’engager des actions auprès des instances de l’ONU, et d’interpeller le pouvoir algérien à propos des droits de l’homme dans le Mzab.

Dans l’après midi, la délégation a été reçue par Mme Reem Mazzawi (agent des droits de l’homme à la section géographique Afrique du nord et Moyen-Orient (MENA)). Le même exposé lui a été fait. Elle a promit de suivre ce dossier de près auprès des hauts instances onusiennes.

La délégation a été ensuite reçue par Mme Samia Slimane (agent des droits de l’homme à la section des peuples autochtones et des minorités). Des échanges sur le problème du peuple mozabite ont eu lieu entre les membres de la délégation et la responsable, qui a exprimé son intérêt à la question mozabite et promit de suivre ce dossier.

A Genève le 21 novembre 2015 : Rassemblement organisé devant le siège de l’ONU à 11h. Profitant de la visite de la délégation des mozabites à Genève, un rassemblement a été organisé devant le siège de l’ONU par le militant mozabite Omar Toumi et des amis Genevois pour dénoncer les violations des droits de l’homme en Algérie par le pouvoir algérien.

Remerciements Ces rencontres ont été rendu possibles grâce à la solidarité et à l’aide de nos amis Yella Houha, Lounes Belkacem et de Mme Samia Slimane que nous remercions vivement. Les préparations pour ces deux rencontres ont durées de longues semaines. Un rapport détaillé contenant un aperçu sur l’histoire la géographie et le système social du Mzab, ainsi qu’une chronologie des principaux événements violents qu’a connu le Mzab depuis 1975, et des photos montrant la complicité des forces de sécurité, les victimes, ainsi que les dégâts matériels, a été envoyé plusieurs semaines à l’avance au parlement européen. Ce rapport a été préparé par Izmulen, en collaboration avec MM Yella Houha et Lounes Belkacem.

Avertissement Certains militants pourtant acquis à l’idée de l’autonomie s’agitent en faisant des déclarations qui peuvent au minimum freiner l’élan, sinon carrément se retrouver dans la logique du pouvoir algérien qui tente de décrédibiliser tout militant osant le dénoncer et revendiquant l’autonomie. Nous appelons à plus de retenue et de maturité politique pour ne pas tomber dans le jeu du pouvoir. Le Mzab et tous les Imazighen ont besoin de tous les militants sincères. A chacun son parcours et à chacun sa stratégie, ne nous trompons pas d’ennemis. La mentalité de la légitimité historique et de l’unicité (parti unique) sont dépassées par le temps, et ont montré les dégâts colossaux qu’elles sont capables d’engendrer.

Paris le 24 novembre 2015

Pour Izmulen Mohammed Dabouz

El-Hachmi Bahamida