Lettre de Lyazid Abid à Angela Merkel

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TAMURT (Diaspora) – Le Président algérien Abdelaziz Bouteflika était, selon la presse algérienne, votre invité du 07 au 08 décembre 2010. Cette visite s’inscrirait dans le cadre d’un renforcement des liens économiques entre l’Allemagne et l’Algérie. Néanmoins, nous aimerions attirer votre attention sur les points suivants.

Le mandat du Président Bouteflika a été renouvelé une troisième fois au mépris des dispositions constitutionnelles qui, jusque-là, limitaient les mandats présidentiels à deux. Ce coup de force est une énième violation de la constitution depuis l’instauration du multipartisme en 1989. L’interruption brutale par l’armée du processus électoral en 1992 a été présentée comme une nécessité pour préserver la démocratie du danger islamiste. Vingt ans après, la démocratie n’est toujours pas à l’ordre du jour en Algérie. Bien plus, la société est livrée à l’intégrisme islamique que le pouvoir utilise pour combattre la mouvance démocratique et les aspirations des peuples vivant dans ce pays pour davantage de justice sociale et de libertés individuelles et collectives.

La concorde civile initiée par Bouteflika en 2005 a conduit à un rapprochement stupéfiant du régime avec l’intégrisme islamique, sans toutefois mettre fin au terrorisme. Après avoir payé un lourd tribut à une guerre civile qu’on leur a imposé, les Algériens ont pris conscience que la guerre des années 90, entre les islamistes et le pouvoir en place, n’a jamais été contre l’islamisme mais sur son leadership. Ce qui se révèle ces dernières années, c’est plutôt leur connivence idéologique contre la Kabylie, bastion de la démocratie, qui a toujours rejeté la dictature militaire et l’obscurantisme religieux.

Cette soif de liberté exprimée de façon éclatante en avril 2001 par des manifestations pacifiques qui ont mobilisé des millions de personnes, notamment le 14/06/2001, a été réprimée brutalement par Bouteflika au prix de 127 morts et de milliers de blessés dont plus de 1200 handicapés à vie. Depuis ce « printemps noir », le pouvoir qui a toujours été rejeté par le peuple kabyle, s’acharne contre la Kabylie. Les terroristes repentis y sont recyclés pour islamiser, dépersonnaliser ses citoyens et ses enfants, en faire de futurs terroristes, ce à quoi leur culture les a jusqu’ici prémunis.

Après la terreur instaurée par les forces de sécurité dans les villages kabyles en 2001 et ayant épuisé tous les recours légaux pour pérenniser leurs libertés et sauvegarder leur culture, les Kabyles ont finalement décidé de s’organiser d’une façon autonome en créant le Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie, qui s’inscrit dans la perspective d’une Algérie fédérale.

Devant l’inertie du pouvoir et son refus de prendre en considération les aspirations légitimes du peuple kabyle, un Gouvernement Provisoire Kabyle en exil, l’G.P.K., à vu le jour le 01.06.2010 à Paris. Nos instances dirigeantes, au nom du peuple kabyle, comprennent l’intérêt de l’Allemagne pour les énergies fossiles disponibles en Algérie et à plus forte raison pour une énergie d’avenir propre et renouvelable.

Néanmoins, le gouvernement provisoire kabyle souhaiterait que le renforcement des liens économiques entre l’Allemagne et l’Algérie se traduise aussi par une influence positive du gouvernement allemand sur le respect des droits de l’homme et sur ceux du peuple Kabylie.

Madame Merkel,
la Kabylie suit attentivement votre combat pour le rapprochement entre les peuples et notamment pour la liberté.

Pour nous aussi, ce rapprochement doit se traduire par une solidarité concrète entre les peuples. L’exemple de la lutte contre les incendies de forêts qui a fait dire à l’actuel premier ministre israélien que la sauvegarde des forêts concerne toute l’humanité, nous interpelle particulièrement. En Kabylie, ce sont les militaires algériens qui mettent le feu aux forêts, sous prétexte de lutte contre un terrorisme qu’il entretient au vu et au su de tout le monde.

Madame Merkel,
nous aimerions vous faire part de la sympathie qu’éprouve le peuple kabyle pour les instituions démocratiques de la république fédérale d’Allemagne et de son admiration pour les réalisations scientifiques et économiques du peuple allemand.

Nous espérons que vos relations imposées par les nécessités économiques vous permettent de mettre votre partenaire algérien, dont les discours officiels sont démentis par les multiples atteintes aux libertés sur le terrain, devant ses propres contradictions, notamment en Kabylie.

Lyazid Abid,
pour le Gouvernement provisoire kabyle

Munich, le 09/12/2010