Lettre de Saïd Sadi au CNT libyen : Les folies du psychiatre

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LIBYE (Tamurt) – Son soutien au CNT n’a aucune valeur politique et encore moins humaine, puisque, pour la première, Sadi s’engouffre dans des extrapolations qui ne sont pas du ressort d’un parti atomisé comme le sien. Les termes de solidarité politique qu’il emploie dans sa lettre ne recèlent aucune vision quelconque, vu que le même chef a expurgé une formation politique de sa sève, une sève faite de militance kabyle, que ce même Sadi offre en guise de vitrine à un pouvoir qu’il pense, tout bonnement combattre. Mais depuis quand Sadi, qui a déclaré un jour à la face du monde que Bouteflika était un deuxième Boudiaf, veut réserver le sort d’El Kadhafi à son ex-ami ?

Comment le chef du RCD, enfin, l’incontestable, a eu cette superbe idée d’apporter son soutien à un mouvement insurrectionnel qui a mis fin à une dictature de 42 ans, au même moment il siège à l’Assemblée populaire nationale, APN, et continue de percevoir un salaire de plus de 300.000 DA, soit un salaire qui représente 20 fois celui d’un smicard algérien. On ne mord pas une main qui nous nourrit, dit l’adage, mais les motivations de Sadi sont à chercher ailleurs.

La position algérienne de la crise libyenne entachée d’ambiguïté, et les réflexes anciens de la diplomatie ont poussé Sadi à se démarquer en annonçant que son parti, et pas des moindres, soutient le CNT dans sa phase finale de la guerre contre les troupes du dictateur, et ensuite la phase cruciale de la reconstruction d’un pays qui n’a jamais connu d’institutions modernes.
Sadi continue son texte en distribuant « ses solidarités » aux Tunisiens, au Egyptiens, et de poursuivre qu’il ne cesse de crier son indignation devant la barbarie qui frappe les citoyens de Syrie et du Yémen.

D’aucuns estiment qu’en Libye, les islamistes radicaux ont joué un rôle prépondérant dans la chute d’El Kadhafi, en l’image d’Abdel Hakim Belhadj, ancien activiste islamiste arrêté par les services secrets américains et britanniques, avant d’être interné par les services d’El Kadhafi pour être torturé des mois durant. Le rôle du groupe terroriste islamiste de Belhadj a joué un rôle prédominant au sein de l’opposition libyenne armée, surtout lors de la chute de Tripoli.

La dernière déclaration d’El Qaïda estimant que sa présence en Libye est confirmée, Sadi a-t-il mesuré le poids de son soutien si cela s’avère être une réalité chez nos voisins de l’est.
Sadi, qui dénie aux Kabyles jusqu’à leur qualité de peuple apporte-t-il son soutien à un autre peuple déchiré des décennies durant par le déni l’ostracisme et la dictature sanglante d’El Kadhafi ?

Quand Sadi ignore les Amazighs de Libye !

Sadi n’a pas fait référence dans sa longue lettre à la Kabylie et ses innombrables soulèvements contre le pouvoir dictatorial d’Alger. Il a fait référence à octobre 1988, sans pour autant citer ni avril 1980, dont il était acteur, ni l’assassinat du Rebelle et les événements qui les ont suivis…, même les événements sanglants de 2001 à 2003 ne trouvent pas grâce aux yeux de Sadi, qui a préféré imiter les officiels algériens qui balaient la Kabylie dans leur « langage ».

Les années de déni, d’exclusion et de répression féroce qu’ont subi les Amazighs de Libye sont passées sous silence par l’ancien militant du MCB.
La première mouture de la future constitution libyenne est émaillée par les mêmes réactions anti-amazighes que celles du régime de Kadhafi. Aucune référence n’a été faite au caractère amazighe de la terre libyenne. Sur ce point, Sadi apporte son soutien à un Conseil de transition qui ne veut pas renoncer aux pratiques du monstre qu’il vient de combattre.

Ainsi, Sadi, en homme politique « averti », a préféré le soutien islamiste d’un segment du CNT que celui des amazighs impliqués dans la lutte contre El Kadhafi depuis le début de l’insurrection.
Si les Amazighs de Libye ne trouvent pas de soutien chez leurs frères de Kabylie, ni chez nos partis, en cécité par le complexe du « grand nabot », qu’adviendra-t-il de ce peuple amazigh de Libye ? Tout comme le peuple kabyle qui a consenti le sacrifice suprême pour libérer le pays pour, finalement, se retrouver en marge de l’histoire post-indépendance, les Amazighs de Libye risquent la même sentence de l’histoire en marche.

Les folies de Sadi sont sans limites.
Son soutien à la concorde civile, qui a accouché de la fameuse loi sur la réconciliation nationale et sa participation au gouvernement de Bouteflika, président issu « de la dernière fraude du siècle », resteront comme des taches indélébiles qui témoigneront de la versatilité du discours de Sadi…, mais jusqu’à quand ?