Lettre d’un jeune kabyle au premier ministre algérien

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CONTRIBUTION (Tamurt) – De votre service national effectué à Alger vous gardiez le fait que vous étiez remarqué pour accéder au sérail. Les autres jeunes algériens crèvent après le devoir national. Une mini-chaîne et un blouson en cuir comme signes de notoriété acquise dans les casernes qui renferment la saleté d’un régime obsolète. Non, le DRS ne vous sponsorise jamais. Expliquez nous pourquoi, donc, les corps constitués ont voté en faveur du FLN et pas pour votre parti ; le RND ?

Dés lors vous sortiez de l’anonymat. Dés lors vous offrez ce que vous avez appris à l’ENA à un régime qui vous conteste dans le fond. Il vous accrédite dans la forme, ce n’est pas parce que vous valiez la peine mais vous êtes une marionnette que les automates qui vous ont fabriqué usent à satiété. Vous n’êtes pas sans savoir que vous ne sauriez jamais président de l’Algérie. En 20 ans de carrière politique, bâtie sur la versatilité et la corruption en tout genre, vous deveniez en si peu de temps le suppôt du système. C’est dans le comportement infra-humain de la roublardise et de l’hypocrisie que vous teniez la tête du peloton. Vous avez ignoré que la vie est faite de projets, vous en avez rien sauf celui de la clochardisation de la vie publique et l’asservissement par un régime qui tend à anéantir la Kabylie qui t’a malheureusement enfanté.

Vous êtes derrière tous les saccages qui ont touché le pays. Vous n’êtes pas sans souvenir du vrai Rassemblement national démocratique que Benhamouda voulait comme un rempart contre l’islamisme. Son idéal, étant trahi et lui-même assassiné par ceux qui voulaient un RND à ta guise. C’est ce combat démocratique que vous travestirez pour s’accrocher au pouvoir. Le cachet de la honte est cette tâche indélébile sur le front des opportunistes du RND. Elle restera pour la postérité témoigner de cette infamie de laquelle vous êtes issu.

Quelques temps après, vous emprisonnez des milliers de cadres algériens. Vous priviez ainsi le pays de sa sève. Vous liquidiez nos entreprises que vous vendiez au dinar symbolique. Vous arabisiez l’école quant votre progéniture est scolarisée dans les plus grandes universités anglaise et américaine.
Une année plus tard, vous signez une loi généralisant l’utilisation de la langue arabe. Par mépris et par bannissement de votre langue maternelle, celle de vos ancêtres et de ceux de toute l’Afrique du nord. Une année après, vos opportunistes applaudissent l’arrivée d’un monstre d’Oujda.

Chef du gouvernement, ministre plusieurs fois. Mais vous étiez garde des sceaux lorsque les troupes de votre pouvoir tuaient à bout portant les jeunes kabyles. Vous couvriez ces crimes, lorsque votre président s’est envolé pour une rencontre sur le Sida. Oui cette maladie tue, mais pas autant que vous et vos gendarmes.

Ensuite vous avez pris l’engagement avec les représentants du mouvement citoyen d’accéder à leurs revendications, mais rien n’est fait depuis. La traîtrise te colle à la peau.

L’équation islamiste et la déstabilisation régionale

Ainsi vous avez brisé un mouvement qui aurait pu être un rempart contre ce que vous décriez aujourd’hui, l’islamisme.
Vous sponsorisez l’islamisme que vous êtes sensé combattre, au nom des martyrs, dont la mémoire ne cesse d’être torpillée par vos soins.

Vous aviez intégré les islamistes au jeu du sérail et vous en portez la responsabilité. Les Algériens les ont combattus lorsque vous les receviez dans vos bureaux de la capitale et vous négociez avec leur bras armé.

Vos députés sont des bâtards. Les Algériens qui les ont élu ne sont pas des nôtres. En Kabylie précisément, on vous boude, on vous méprise et on vous combat. On vous dénie votre kabylité, qui se conjugue, chez nous, aux principes d’hommes, et n’ont pas à la lâcheté comme base et projet politique. On vous la dénie parce que vous en faites un moyen pour nous oppresser. Qui des bons kabyles n’est pas ciblé par votre méchanceté?

Avril 80 n’est pas le votre. Il est notre départ vers la vie libre. C’est par Avril 80 que nous vous combattions. Du courage de ses animateurs nous puisions le notre pour vous détruire.

Bâtardise politique est le quitus donné à Bouteflika pour un 3e mandat. Le viol auquel vous aviez pris part, sans avoir le pied levé, est la forme sacrée de la bâtardise dont vous êtes le chef. Vous en assumiez la responsabilité de ce recul provoqué pour un pays assis sur un volcan. Vous l’êtes aussi parce que vous ouvrez l’économie aux rapaces des multinationales, et devant les caméras de votre télévision, vous prônez le nationalisme économique. Nos entrepreneurs recevaient la marchandise avant de payer, avec vous, ils payent et ils attendent. Vous avez vendu le pays aux pays de l’Otan.

Vous assumiez aussi la situation dramatique en Kabylie. En premier vizir, vous en faites un lieu de prédilection pour tous les maux du régime. Votre région natale est la cible de vos diaboliques machinations et intrigues. Ses enfants massacrés ou poussés à l’exil, ses potentialités décimées, son âme souillée. Politiquement vous êtes la honte de l’Algérie. Vous l’êtes parce que vous êtes un facteur de déstabilisation régionale. Vous attaquez nos voisins pour couvrir votre détresse. Vous souillez leurs révoltes pour se prémunir de l’effet domino. Vous insultez les Libyens et les Tunisiens par méchanceté. Vous les méprisez parce que vous pensez qu’ils sont comme les peuples algériens que vous avez asservis, dominé et violenté. Vous insultez les Touaregs maliens parce que leurs frères d’Algérie s’en inspirent.

Vous lâchiez vos ambassadeurs en captivité parce que la France vous le dicte.
Voici ma lettre à vous monsieur le politique. Mon propos est politique, autre considération ne le sera pas d’autant que vos parents ne cesseront de se retourner dans leurs tombes. Même votre frère voulait prendre ses distances de vous. Il voulait sa liberté que votre nom politique lui confisque.

Amnay Ait Ifilkou