Lettre ouverte du président du GPK aux candidats à la présidence Française de 2012

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Azul,

La France est l’une des puissances mondiales au rang prestigieux. Elle mérite vos compétences que vous mettez au service de sa santé politique, sociale et culturelle. Elle a besoin de vous pour son rayonnement international et pour davantage de performance et de prospérité. C’est à ce titre que je souhaiterais vous proposer une modeste idée de géostratégie sur les futurs rapports à avoir avec les anciennes colonies françaises afin que, sous votre présidence, la France aille davantage dans le sens de l’histoire. Aller dans le sens de l’histoire c’est d’abord répondre aux impératifs de la mondialisation qui éviteront à votre pays d’être distancé dans une évolution toujours plus accélérée du monde.
La mondialisation qui tend à uniformiser les modes de vie et les modes de pensée, à universaliser les normes, les valeurs et les outils, met la France en compétition avec d’autres puissances pour frayer à l’humanité la voie la moins douloureuse vers un avenir de paix, de liberté et de progrès.

Sur le plan international, l’un des défis de la France d’aujourd’hui est de ne pas rater de virage parmi ceux que la dialectique est en train d’imprimer à la géopolitique.

En effet, en plus des pays émergents qui commencent à s’imposer en arrachant d’appréciables parts de marché aux économies les plus performantes dont fait partie celle de la France, il y a les remous qui agitent déjà l’écrasante majorité des pays anciennement colonisés où les peuples niés, muselés, écartelés et discriminés par les frontières coloniales se remettent en marche vers leur liberté. Cela ne servirait à rien d’essayer de les entraver.
L’intervention internationale en Afghanistan, puis en Irak, le génocide rwandais, le chaos somalien, l’insoluble problème du Cachemire… sont autant de signes et de messages d’un monde mouvant incorrectement décryptés jusque-là. La récente lettre ouverte de l’ambassadeur de France, M. Pierre Maillard, ancien conseiller diplomatique du Général De Gaulle, rappelant les six principes de la politique étrangère de la France, témoigne d’un besoin de constance qui, de nos jours et sur certains points, pourrait s’avérer contraire aux intérêts qu’elle est censée défendre.

Nous avons assisté à une forme d’accélération de l’Histoire dans les pays anciennement colonisés et que l’on a tort de traiter de printemps et d’arabe. Il y a lieu de prévoir que, dans les 5 à 10 années à venir, le phénomène se généralise à l’ensemble des pays africains et asiatiques dessinés par la colonisation. Plutôt que d’intervenir militairement pour empêcher des peuples à se libérer, ce qui abimerait l’image de la France pour une génération chez eux, ne serait-il pas plus sage de les accompagner dans leurs impérieux changements ? Non pas en leur prêtant main forte mais en observant au moins une neutralité bienveillante à leur endroit, et en les aidant à négocier au mieux des intérêts des uns et des autres pour éviter la guerre ! Le cas de l’intervention en Côte d’Ivoire serait à éviter car, cela n’a politiquement rien réglé. Cette intervention n’a fait que reporter l’échéance d’une refonte de la géopolitique dictée par les impératifs de l’Histoire et le respect des droits humains et ceux des peuples. L’actuelle guerre du MNLA dans l’Azawad en est le signal de départ.

La force d’anticipation de ces futurs bouleversements devra, à coup sûr, permettre à la France non seulement de garder son rang mondial mais de lui procurer dans ce domaine une confortable avance sur le reste des grandes puissances, par conséquent une sphère d’influence plus accrue.
Dans la prochaine reconfiguration de l’Afrique, dans sa région Nord, il y a la Kabylie qui, même en état de légitime défense, avait pris sur elle, en 2001-2003, le choix de la solution politique sur celui de la guerre. Le sentiment d’échec généré par ce choix, plus de 10 ans plus tard, risquerait dans un proche avenir d’avoir raison d’une telle option. Sachant que la Kabylie est le cœur de la francophonie, de la laïcité et des valeurs occidentales dans le bassin Sud de la Méditerranée, connaissant l’importance de la communauté kabyle dans l’Hexagone (environ 2 millions de personnes) et l’absence chez elle de besoin de manifestation de sa présence, il serait regrettable que la France ne fasse pas de la promotion politique des Kabyles et de la Kabylie un de ses atouts, et un de ses intérêts majeurs dans la région.

Je me tiens à votre disposition pour en parler de vive voix.

Avec tous mes compliments

Paris le 26 mars 2012.

M. Ferhat MEHENNI

Président de l’ANAVAD