L’hommage de Ferhat Mehenni à Taleb Rabah

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DIASPORA (Tamurt) – Taleb Rabah, le chanteur populaire kabyle à la voix dorée nous a quittés à l’âge de 82 ans. Orphelin de mère dès sa petite enfance, il est pris en charge par son père commerçant qui, pour ne pas le confier à une marâtre refusa de se remarier. C’est à l’âge de 11 ans qu’il a fêté son mariage , le même jour que les nouvelles noces de son père.

Ayant accédé â la responsabilité familiale précocement, il trouva le moyen de se construire une voie à travers la chanson dans laquelle son modèle  était Slimane Azem. De  « ifuk zzit di lmesvah » à « ay Asmi ddren lefhul » il faisait partie du quatuor magique de la chanson kabyle des années soixante avec Cherif Kheddam, Akli Yahiaten et Kamel Hamadi. Slimane Azem était considéré comme étant au-dessus d’eux.

C’est par effraction que Taleb Rabah révolutionna l’orchestration de la chanson kabyle. Il fut le premier chanteur à se passer d’un orchestre et à ne s’accompagner que de sa seule guitare solo. C’est sur un coup de colère qu’il avait fait faire ce bond à la chanson kabyle. A l’occasion d’un concert à la salle Atlas, à Alger, retransmis en direct à la télévision, il dut subir un sabotage éhonté du chef d’orchestre qui voulait ridiculiser le seul chanteur kabyle qui était au programme.  Ne supportant pas le massacre de son passage, il ordonna fermement, au milieu de la chanson, d’arrêter l’orchestre et il s’accompagna seul à la guitare. C’était si beau que la Kabylie tomba sous le charme. Depuis, ce n’est que rarement qu’il enregistra avec orchestre. La mode est lancée, une sorte de one man show qui fera fortune avec la plupart des chanteurs qui le suivront, non seulement sur le plan instrumental mais aussi sur celui du style.

« Ma tecfam ay igudar », « llin-d akw medden allen nsen », « aqli am ttir n lqefs » resteront des œuvres immortelles. Taleb Rabah était l’artiste populaire de son temps. La Kabylie est triste de le perdre. Elle se consolera à l’écouter pour le faire vivre dans son coeur. Personnellement je perds un ami et un aîné. Je lui rends l’hommage dû aux grands de notre famille artistique. Tizit, son village natal où il va reposer à jamais, lui édifiera un monument digne des immortels

Ferhat Mehenni